La récente et remarquable implication du président Joseph Kabila dans la recherche des voies de pacification du Nord-Kivu est perçue par l’Envoyé spécial de l’Union européenne dans la région des Grands Lacs comme une avancée majeure dans la pacification recherchée dans l’Est de la Rdc.
Envoyé spécial de L’Union Européenne dans les Grands Lacs depuis mars 2007, l’ambassadeur Roeland Van De Geer s’investit dans la pacification de la région. Au Burundi, au Rwanda, en Ouganda et en RDC, il invite les dirigeants politiques et militaires au dialogue et à la recherche des solutions concertés.
Monsieur l’Ambassadeur, depuis quand travaillez-vous en Afrique ?
Je travaille dans ce continent depuis 1978. Après avoir enseigné à l’Université nationale de Lesotho, durant quatre ans, j’ai assumé les fonctions de directeur Afrique-Australe chargé de la politique et du développement au Ministère des Affaires étrangères, puis comme ambassadeur des Pays-Bas au Mozambique. De 2002 à 2005, j’étais le directeur Afrique au ministère des Affaires étrangères au moment où mon pays assumait la présidence de l’Union Européenne.
Avant d’être nommé Envoyé spécial de l’Union Européenne dans la région des Grands Lacs, j’assumais les fonctions d’ambassadeur des Pays-Bas en Afghanistan.
Les Grands Lacs est une région difficile, mais avec l’engament des 27 pays de l’Union Européenne, j’ai reçu la mission d’appuyer et coordonner les efforts européens pour ramener la paix en RDC et dans les autres pays de la région, notamment au Burundi, au Rwanda et en Ouganda. J’ai aussi reçu la mission de stimuler les contacts entre l’Union Européenne et les pays de la région, spécifiquement dans les domaines politique, diplomatique, militaire et de développement.
Depuis quand assumez-vous les fonctions d’Envoyé spécial de l’Union Européenne dans la région des Grands Lacs ?
J’ai pris mes fonctions en mars 2007 : Mon prédécesseur Aldo Ajello a occupé ce poste pendant 11 ans. J’étais déjà avec lui au Mozambique, il y a 14 ans.
A l’époque, il était le représentant spécial du Secrétaire général de l’ONU au Mozambique, et moi, j’étais l’ambassadeur des Pays-Bas dans le même pays.
Que peut-on retenir des rencontres que vous avez eues avec les principaux protagonistes de la région ?
Pendant les sept mois que je viens de passer dans la région, dans le cadre de mes nouvelles fonctions, j’ai noté une amélioration considérable du climat politique entre les différents protagonistes.
Je cite, par exemple, la récente visite du ministre rwandais des Affaires étrangères à Kinshasa en septembre, la rencontre entre le président Joseph Kabila de la RDC et Yoweri Museveni de l’Ouganda à Arusha, en Tanzanie, et l’entretien que le chef de l’Etat congolais a eu avec son homologue du Rwanda la semaine passée à New York.
J’ai eu également l’opportunité de m’entretenir à plusieurs reprises avec les quatre chefs d’Etat de la région, mais aussi avec les ministres congolais des Affaires étrangères, de la Défense et de l’Intégration régionale.
Sur le plan politique et diplomatique, il y a des progrès quant à la résolution des problèmes qui se posent dans la région. Maintenant, il faut mettre en œuvre les solutions préconisées, spécifiquement pour l’Est de la RDC. J’étais dans cette partie du pays où il y a six semaines. Sur place, j’ai eu des entretiens avec les gouverneurs des provinces du Nord et du Sud-Kivu, ainsi, qu’avec les généraux responsables des Forces armées de la RDC et de la MONUC. Ensemble, nous avons noté que la situation humanitaire est extrêmement grave.
Nous avons aussi noté que le Gouvernement jouit d’une forte légitimité après les élections et qui, le Pacte de Sécurité de la Conférence des Grands Lacs, a été signé en décembre passé à Nairobi.
Il faut maintenant que des mesures concrètes soient prises du côté du gouvernement congolais et de la communauté internationale afin de faire face à la situation de précarité que vivent les populations de l’Est de la RDC, du fait notamment de la présence des FDLR (Forces Démocratiques pour la Libération du Rwanda, NDLR) et des forces de Laurent Nkunda.
Comment l’Union Européenne perçoit-elle la décision des chefs d’Etat-major de la région de traquer les forces négatives ?
Je tiens à souligner ici l’importance de la « Tripartite plus » au niveau des chefs d’Etat-major des Armées des quatre pays de la région des Grands Lacs, au niveau des ministres des Affaires étrangères, mais surtout, à l’avenir, au niveau des chefs d’Etat. Nous avons participé, il y a deux semaines à Kampala, en Ouganda, à la « Tripartite plus » comme observateur lors de la rencontre ministérielle.
Ces rencontres permettent aux pays de la région de collaborer étroitement comme prévu dans le cadre de la Conférence des pays des Grands Lacs.
Et cela, avec l’appui de la communauté internationale dans le cadre de la recherche de la paix durable. Nous croyons que la création du cadre politique de concertation, qu’est la Conférence des pays des Grands Lacs, est très importante.
En plus, ce cadre politique et diplomatique doit être active afin de renforcer les liens entre les quatre capitales de la région. Enfin, la communauté internationale doit aussi poursuivre son aide aux pays de la région en ce qui concerne leur développement, et stimuler ainsi les investissements privés. Aussi, concernant les forces négatives qui opèrent à l’Est de la RDC, il faut une approche intégrale, laquelle explore les voies politique, diplomatique, militaire et économique.
Nous croyons que, dans ce cadre, la « Tripartite plus » est importante, tout comme l’est la collaboration entre les Armées de quatre pays de la région. Je crois qu’il y a possibilité, pour le moment, de régler la situation de l’Est avec peu de violence. A notre avis, l’ultimatum que Kinshasa a lancé aux forces négatives qui opèrent à l’Est est très important.
Quelle solution préconisez-vous pour mettre fin aux affrontements qui opposent les FARDC aux hommes de Nkunda ?
L’Union Européenne est très préoccupée par la nécessité de stabilité et de développement de l’Afrique, et soutient toutes les démarches qui visent à trouver une solution efficace aux problèmes posés aux habitants des deux Kivu par les FDLR et le général Nkunda.
Pour les FDLR, une collaboration sincère entre Kinshasa et Kigali est souhaitée afin de favoriser le retour volontaire des FDLR au Rwanda, et qu’ils soient accueillis et traités comme les autres citoyens rwandais.
Dans ce cadre, nous revenons à l’approche intégrale pour résoudre le problème de toutes les forces négatives qui opèrent à l’Est de la RDC, en incluant aussi le cas Nkunda.
Si le président Joseph Kabila prend la responsabilité de rencontrer son homologue du Rwanda pour régler le problème des FDLR, il est possible de convaincre Nkunda pour qu’il coopère avec le gouvernement de Kinshasa.
A ce sujet, la visite effectuée dernièrement par le président Joseph Kabila à Goma et à Sake, dans le Nord-Kivu, est très importante. L’envoi de 500 militaires au brassage par le général Nkunda peut être considéré comme un signe de volonté de coopérer avec Kinshasa.
(Milor)Rombaut KASONGO et Yves KALIKAT/Le Potentiel
Last edited: 06/10/2007 16:09:38