8 morts du côté congolais, 2 Ougandais. Tel est le triste bilan des incidents meurtriers survenus le 25 septembre sur le Lac Albert entre les armées congo­laise et ougandaise. Dire que la République démocra­tique du Congo et l’Ouganda venaient de signer le 8 septembre 2007 l’Accord de Ngurdoto/Anusha, en Tanzanie. Accord visant à améliorer les relations en­tre les deux pays. 17 jours après, ces incidents du 25 septembre violent déjà cet accord. Pourquoi ?

Deux incidents graves et meur­triers se sont produits le 25 sep­tembre sur le Lac Albert. 6 civils congolais ont été tués, dans un premier temps, par des soldats ougandais. Quelques heures plus tard, un autre affrontement a eu lieu, occasionnant la mort de deux soldats congolais et ougandais.

Bien que l’on parle de deux incidents distincts, l’on constate dans un premier temps que ces cas malheureux sont survenus l7 jours après la signa­ture de l’Accord de Ngurdoto/Arusha, entre la République dé­mocratique du Congo et l’Ouganda. Accord intervenu au terme du sommet des chefs d’Etat des deux pays, Joseph Kabila Kabange et Yoweri Kaguta Museveni, respective­ment présidents de la République démocratique du Congo et de l’Ouganda. Sommet qui a été honoré de la présence et de la participation active du chef de l’Etat tanzanien, Jakaya Mushiro Kikwete. Aussi, la gravité des faits suscite de nombreuses interroga­tions. Comme si à Arusha, cet accord n’était qu’un marché des dupes.

Des inquiétudes sérieuses

L’on se rappellera qu’au lendemain de la signature de cet accord, de nombreux observa­teurs s’étaient interrogés sur le caractère sincère et franc de cette démarche. En fait, bien avant Arusha, il y avait déjà l’Ac­cord de Luanda et celui de la Tripartite Plus 1. Mais jamais les engagements pris n’avaient été respectés, surtout de la part de l’Ouganda. Ceci avait poussé la presse à poser la question au pré­sident Kabila s’il faisait confiance à son homologue ougandais. « Nous le jugerons aux actes », avait répondu le chef de l’Etat. Les derniers incidents du Lac Albert pourraient donner raison aux sceptiques ; surtout que l’on retrouve les mêmes acteurs des incidents du mois de juin qui avaient fait monter la tension d’un cran entre la RDC et l’Ouganda. C’est-à-dire, les tra­vailleurs de la société pétrolière Heritage Oil Corp, les militaires congolais et ougandais.

D’où cette hypothèse liée a l’exploitation commune du pé­trole du Lac Albert. En effet, ces incidents pourraient être provo­qués par l’Ouganda dans le but de retarder la mise en place de la commission mixte pour l’ex­ploitation commune du pétrole de la Zone « d’intérêts communs » prévue dans l’Accord de Ngurdoto. En principe, c’est le 8 octobre que cette commission devrait se réunir. Celle-ci a pour objectif de s’appesantir sur l’ex­ploitation et l’exploration commu­nes des champs d’hydrocarbures transfrontaliers et de la révision de l’Accord de coopération pour l’exploration des hydrocarbures et l’exploitation des gisements communs, suivant l’accord signé le 23 juin 1990.

Avec ces incidents, l’on craint fort qu’ils occasionnent un retard dans l’application des dis­positions contenues dans cet ac­cord. Dès lors que 1’Ouganda a déjà commencé à exploiter ce pétrole grâce à l’existence des sociétés Heritage oil Corp et Tullow oil, il mettra certainement à profit ce retard voulu pour ex­ploiter seul le pétrole. Et ce en attendant la mise en place de la Commission mixte.

La deuxième hypothèse consisterait à tester la capacité de réaction de la République dé­mocratique du Congo. A dire vrai, si cette réaction attendue n’est pas efficace, dissuasive et prompte, ce genre d’incidents pourraient se multiplier et avec comme objectif de retarder l’ex­ploitation commune du pétrole du Lac Albert.

Aux deux présidents de réagir

Ceci dit, les regards sont tournés vers les deux présidents de la République. Certes, la RDC, par le biais du ministère des Affaires étrangères et à la Coopération internationale vient d’être adressée une note de pro­testation aux autorités de l’Ouganda. Kinshasa attend donc des explications de Kampala.

Mais de nombreux obser­vateurs attendent plutôt, de leur côté, la réaction des deux prési­dents de la République pour sau­ver l’Accord de Ngurdoto qui annonçait déjà des lendemains sereins entre les deux pays. C’est ainsi que le redéploiement des forces ougandaises observé au lendemain de la signature de cet accord, était salué comme un geste d’apaisement et de bonne volonté politique. Malheureuse­ment, quelques jours plus tard, les mêmes forces ougandaises réoc­cupaient les positions qu’elles avaient abandonnées jusqu’à ce qu’interviennent ces incidents du 25 septembre. Acte prémédité? Duplicité? Interrogations pertinentes.

En attendant, quoi que l’on dise, l’Accord de Ngurdoto vient d’être violé. Et si l’on n’y prend garde, il risque de voler bientôt en éclats. Ainsi, la légende selon laquelle le pétrole est souvent source de malheurs risque de se concrétiser.

(Th)

Le Potentiel