Jamais la frontière commune que partagent la Rdc et ses neuf voisins n’avait offert autant de perspectives économiques que depuis la découverte des gisements pétroliers ou miniers transfrontaliers.
Il est normal que cette manne aiguise les appétits des pays riverains et, pourquoi pas, des multinationales qui détiennent les moyens d’exploitation. De la capacité de Kinshasa à négocier sa participation à l’exploitation de ces nouvelles ressources dépend l’avenir économique de la RDC et de ses populations.
Héritée de la colonisation, la très longue frontière que la Ré-publique démocratique du Congo partagée avec neuf pays limitrophes, fait l’objet de diverses tentatives de modification à l’initiative, cavalière certes, de certains voisins. Cette nouvelle situation est apparue avec plus de virulence depuis le début des années 1990.
Toutefois, les raisons de cette subite montée de convoitise sont à rechercher dans les besoins plutôt économiques des pays intéressés. Pour brouiller les cartes, leurs intentions ont souvent été camouflées derrière une certaine quête de sécurité à leurs frontières.
A titre de rappel, le soutien multiforme apporté depuis les années 96 aux mouvements insurrectionnels congolais pour changer de régime à Kinshasa est à inscrire dans ce schéma. En effet, l’activisme militaire du Rwanda, de l’Ouganda et, dans une moindre mesure, du Burundi, n’avait d’autre visée que le contrôle économique des régions congolaises riches en minerais.
Situation propice au dialogue constructif Rdc et voisins
Force est de reconnaître qu’après des années de pillages des richesses de la République démocratique du Congo par ses voisins de l’Est, la menace de continuer le carnage, sous de nouvelles formes, n’est pas écartée. Témoin la persistance des « Forces négatives » ougandaises et rwandaises sur le territoire congolais, principalement à la frontière dans les Kivu et en province Orientale.
Leur existence est sous-tendue par l’exploitation illicite des minerais du sous-sol congolais, qu’elles exportent ensuite par des voies détournées, afin de survivre économiquement et politiquement.
Néanmoins, la situation semble propice, depuis que le début 2007, a un dialogue constructif entre la RDC et ses voisins. Au centre de cette évolution deux facteurs. D’une part, la relative stabilisation politique du pays et la suite d’un processus électoral particulièrement laborieux. D’autre part, la découverte d’importants gisements de l’or noir à la frontière commune Angola RDC et Ouganda-RDC; ainsi que du gaz méthane dans le lac Kivu, commun au Rwanda et à la RDC. Sans oublier l’industrie de pêche dans le lac Tanganyika, commun à la Tanzanie et à la RDC.
De belles perspectives économiques, avec à la clef la promesse d’industrialisation et de développement des pays concernés, obligent désormais les Etats riverains à cultiver la paix tant à leurs frontières qu’à l’intérieur. La coopération devra donc se substituer à la guerre, à la méfiance réciproque.
Avec des moyens appropriés, la communauté internationale est en train de pousser à la roue de la coopération. Les initiatives telles que la Conférence internationale de paix et de sûreté dans les pays des Grands lacs, la relance de la Communauté économique des pays des Grands lacs, en chantier, illustrent bien cette tendance. La tâche revient finalement aux acteurs politiques nationaux d’intérioriser les besoins de leurs peuples et d’y faire face.
Partager équitablement le fruit de la frontière commune
Ainsi vu, les frontières héritées de la colonisation, au lieu de devenir la cause des conflits récurrents, serviraient de moteur de développement dès lors que les pays limitrophes décident d’œuvrer en synergie pour le bonheur de leurs nationaux.
A ce sujet, les accords signés entre l’Angola et la RDC ainsi que ceux, récents, entre l’Ouganda et la RDC, sans minimiser ceux, attendus, avec le Rwanda, donnent la chance aux pays concernés de partager équitablement le fruit de leurs frontières communes.
En ce qui concerne la RDC, le moment est donc venu de capitaliser cette nouvelle donne. A cet égard, la Commission des frontières, que pilote le ministère de l’Intérieur, doit être étoffée d’éminents experts et investie suffisamment de pouvoirs, en vue de négocier efficacement avec ses interlocuteurs africains et européens.
Ceci veut dire que l’assistance des experts étrangers, sollicités auprès des ex-puissances colonisatrices pour aider à la vérification du tracé des frontières, n’exclut pas, loin de là, que la Commission des frontières ait en propre du personnel qualifié en son sein.
S’il arrivait que Kinshasa, hanté par la création des emplois politiques, se hasarde à placer des courtisans politiques sans référence dans la Commission des frontières, il est d’avance acquis que la RDC perdra ses négociations futures, relatives a l’exploitation en commun des ressources transfrontalières avec les pays limitrophes. Prudence donc avant d’aborder la guerre économique des frontières !
(Th)Le Potentiel
Last edited: 19/09/2007 16:21:17