Nous faisions l’art pour l’art. On ne visait pas le matériel. De nos jours, le facteur commercial est prédominant. En plus, les stars congolaises sont sponsorisées par des sociétés brassicoles et de téléphonie cellulaire, etc.
Impérial dans les années 70 et 80, Canta Nyboma a trôné dans plusieurs orchestres, Baby National, Negro Succès, Lipua Lipua, Bella Bella, etc. Depuis un quart de siècle, il tente une percée en Europe. Après la disparition de son ami Madilu, l’artiste séjourne encore à Kinshasa. Son étoile a-t-elle pâli ? Quels sont ses souvenirs aux côtés du disparu? Curiosité oblige, nous l’avons donc « malmené » pour pénétrer ses secrets. Voici ses réponses à nos questions.
Le Phare : Des artistes musiciens arrives au bout du rouleau s’installent en Europe. Etes-vous de cet avis?Nyboma : A la fin des années 70, les Kamalés se signalent avec des titres comme Andoya, Masudi. C’est ce moment que choisit Sam Mangwana pour demander a certains ténors de Kamale de le rejoindre à Lomé. Et là, nous avions trouvé Bopol Mansiamina, Syray Mbenza et consorts. Sam et Dizey Mandjeku se trouvaient à cette époque à Abidjan. Vers 1980, j’ai réalisé « Doublé Doublé ». Ce disque s’est vendu comme de petits pains. L’éditeur de « Doublé Doublé » m’a dissuadé de regagner le pays. Au terme d’une tournée africaine qui nous avait conduit au Gabon, Bénin, Ghana, Côte d’Ivoire, Mali, etc. Moi, Bopol; Syran Mbenzà et un peu plus tard Wuta Mayi, avons alors décidé de nous installer en Europe.
Vous avez fait danser les mélomanes dans les années 70 et 80. Aujourd’hui, c’est une autre génération qui est au top. Regrettez vous ce passé glorieux ?
Non. Un enseignant doit se flatter de voir un de ses élèves émerger ou devenir une célébrité politique. L’enfant devenu grand, doit quitter le toit paternel pour mieux s’épanouir.
Qu’est ce qui vous différencie de jeunes stars ?
Nous faisions l’art pour l’art. On ne visait pas le matériel. De nos jours, le facteur commercial est prédominant. En plus, les stars congolaises sont désormais sponsorisées par des sociétés brassicoles et de téléphonie cellulaire, etc.
Madilu était un de vos meilleurs amis. Comment est née cette amitié ?
Vous savez qu’il avait créé Mayopi avec le concours de Yossa et Pindu. A une certaine époque, lui et ses amis ne se produisaient plus sur scène. Il a alors toqué à la porte de Lipua Lipua. Au même moment, les ténors de Bakuba Mayopi apprirent qu’ils étaient invités au Gabon. « Nyboma, me confia-t-il, je ne suis jamais monté à bord d’un avion.
Entre-temps, Verckys venait de satisfaire à mes exigences. C’est la raison pour laquelle j’ai commence à prester dans Lipua Lipua. Dois-je rester à vos côtés où aller au Gabon ? « A cette question, je lui répondais qu’il était libre de choisir la filière gabonaise. Depuis cette époque, notre amitié n’a jamais pris des rides.
Je me trouvais en Allemagne avec d’autres sociétaires de Kekele quand il est décédé. J’ai alors tout arrêté et est descendu en catastrophe à Kin. Je garde de lui l’image d’un ami préférant détendre l’atmosphère avec des plaisanteries. C’était un amuseur né.
(Ern.)Jean-Pierre Nkutu/Le Phare
Last edited: 10/09/2007 18:45:18