A chaque attaque que son orchestre, à chaque crise de son groupe, Nyoka Longo a toujours réagi avec détermination, passion et même avec fougue en contradiction avec son flegme légendaire.

Jossart Nyoka Longo a totalisé (vendredi 7 septembre 2007) 54 ans. D’habitude, les jours d’anniversaire l’on fait une sorte de bilan de sa vie sinon, de toute façon, les gens s’en chargent et murmurent dans ton dos si le « bilan » est plutôt désespérant. Pour les artistes et les sportifs, c’est généralement la presse qui ressort palmarès, statistiques et mesure le chemin parcouru. De quel droit d’ailleurs ? Car comme l’avait déclaré l’acteur et humoriste français Coluche en 1974 sur la radio Europe 1, il y a une nette différence entre « Réussir dans la vie » et « Réussir sa vie ». Surtout, il y a des choses qui ne peuvent être mesurées. À l’occasion de cet anniversaire de Jossart, une tentative de faire le point sur sa vie serait tout simplement prétentieuse car l’intéressé s’en est déjà chargé dans sa chanson « Nalali pongi », une chanson autobiographique d’une rare intensité dramatique qui narre la vie d’un adolescent dont la famille s’est dépeuplée le plongeant dans un vide affectif abyssal.
Ci-dessous, je m’autorise une traduction en français qui ne peut qu’être imparfaite de cette chanson dédiée à son unique sœur décédée après la mort de leurs deux parents : Même si tu m’as abandonné ici-bas, Adresse-moi au moins un salut tous les jours au coucher du soleil, Demande aussi, à notre père Longo, ton homonyme, De m’envoyer des nouvelles avec le vent de la tempête, J’attendrai ses messages posté, prostré devant la maison, Comme pour guetter votre improbable retour à la maison, Tous les jours, au réveil, je sens le poids de ma solitude, Et le soir, au coucher, je mesure la dureté de ma vie, Que mon destin n’est pas simple.
La vie de Nyoka Longo a donc été très vite et très fortement marquée par la mort. La chanson va lui servir d’exutoire, et avec « Nalali pongi », il réussira l’une de ses meilleures créations comme il l’a reconnu dans plusieurs interviews. Mais Ya N’Yoch n’a jamais été guéri de ses blessures, n’a peut-être jamais réussi à faire véritablement le deuil comme le disent les psychiatres. Ainsi cette chanson est sans doute la moins jouée de toutes les compositions de Jossart. Son auteur craindrait-il la remontée des émotions poignantes sur scène ? Vraisemblablement. Ainsi quand il sort de prison en Belgique et éclate en sanglots devant les amis et les caméras venus l’attendre, il y a de fortes chances que ça soit à cause de l’ensemble de l’œuvre du destin qui ne l’a pas toujours gâté.
J’ai retrouvé un homme vraiment apaisé
Comme le dit la chanson, la carrière de Nyoka Longo a connu beaucoup d’épreuves. Entre scission, séparation téléguidée, accusations de débauche, de malversations et de pratiques mystiques… rien ne lui a été épargné. Et pour l’avoir suivi de près lors de la scission de Zaïko Langa Langa en 1988, malgré un stoïcisme apparent, Jossart en a beaucoup souffert. A chaque attaque que son orchestre a subi, à chaque crise de son groupe, Nyoka Longo a toujours réagi avec détermination, passion et même avec fougue en contradiction avec son flegme légendaire.
Aujourd’hui, c’est un homme serein, pondéré qui a réussi la gageure de maintenir la cohésion de son groupe après cinq ans de séjour en Europe. Et naturellement cela se ressent sur ses compositions : « Ntemba » dans l’album « Eurêka »(2003), « Jusqu’où » dans « Empreinte » (2004) et « Amour pluriel » dans « RencontreS » (sorti ce vendredi 7 septembre 2007 *). Une telle adéquation entre sa vie et son œuvre relève de la marque des grands. Bon anniversaire Jossart|.
Botowamungu Kalome/AEM/MMC
Last edited: 08/09/2007 14:32:46