Jusqu’à quand la révoltante tragédie de l’insécurité à l’Est de la Rdc ne constituera-t-elle qu’un spectacle à offrir aux responsables du monde défilant, tels des touristes en mal d’aventures, à la contemplation des cruelles réalités que vivent les victimes de la situation devenues des apatrides dans leur propre pays ?

A peu près 640.000 personnes sont bloquées dans un camp au Nord-Kivu. Ils sont des réfugiés dans leur propre pays parce qu’ils ne peuvent pas regagner leurs villages. 10.000 Congolais viennent de traverser la frontière pour se réfugier en Ouganda depuis le jeudi 22 août. Ils fuient les combats au Nord-Kivu. La même rengaine pour justifier cette situation humanitaire préoccupante : les attaques des FDLR, les exactions des hommes du général dissident. Mais jusque à quand devra durer ce scénario indigeste et révoltant ?
« Je suis touché par la souffrance de ces populations ». Cette déclaration est de William Swing, représentant spécial du secrétaire général de l’Onu et responsable de la Monuc. Il l’a faite au camp Nyanzale, à Rutshuru, dans le Nord-Kivu où sont entassés plus de 640.000 congolais. Il était accompagné d’un sénateur américain, Russ Feingold, expert des questions africaines. Comme toujours, en pareilles circonstances, ils s’y sont rendus pour « évaluer la situation sécuritaire et humanitaire ». Sans plus.
Au même moment, on signalait dans la frontière commune RDC - Ouganda, plus de 10 mille Congolais qui ont traversé la frontière pour fuir les combats. Ils viennent également de Rutshuru ; fuyant les milices de Nkunda et les rebelles rwandais de FDLR, selon leurs propres dires. Jusque samedi, l’on avait enregistré plus de 10.000 Congolais.
Une fois de plus, la situation sécuritaire dans le Nord-Kivu demeure préoccupante. On continue à déraciner les populations entières, à les violenter avant de les tuer. Curieusement, toutes les parties en parlent, mais aucune action concrète n’est prise jusqu’ici pour soulager tant soit peu les misères des populations congolaises, prises en otage par des seigneurs de guerre d’une part, et de l’autre, victimes de la passivité des autorités congolaises et de la complaisance de la Communauté internationale.
La campagne de l’EST
En fait, les images de l’Est, plus particulièrement celles du Nord-Kivu rappellent à bien des observateurs celles de l’ex-Bosnie Herzégovine. L’on s’était contenté de rassembler des populations dans des camps, des stades, sans se préoccuper de leurs conditions humaines. Ils ressemblaient à des animaux dans leurs cages pendant que l’on amenait de cameras pour les filmer. Ces populations ont vu défiler des personnalités tant humanitaires que politiques du monde, sans oublier, la force de paix de l’Onu, commandée par le Général Philippe Morillon, celui-là même qui avait dirigée la mission européenne pour les élections en RDC. Mais rien n’y fit. Jusqu’à ce que, au terme de la rencontre internationale tenue à Vancouver, une ville canadienne, l’on ait décidé de l’éclatement de l’ex-empire yougoslave.
Serait-ce vers cette solution que l’on tend ? Sinon comment interpréter tout ce temps que l’on met, temps émaillé par une série de « visites pour se rendre compte de la situation sécuritaire et humanitaire préoccupante » au Nord-Kivu. Mais rien ne bouge, rien ne change. La tactique de la politique d’usure, certainement.
Aussi, est-il temps de mettre un terme à cette comédie qui n’a que trop duré. On ne peut indéfiniment se permettre ce luxe de s’amuser avec des vies humaines si l’on n’est pas pyromane. Il y a lieu de décréter la « campagne de l’Est », en s’appuyant sur toutes les options susceptibles de ramener rapidement la paix dans cette partie de la RDC et rassurer tous les pays de l’Afrique des Grands Lacs.
Bien entendu, l’initiative doit provenir de la République démocratique du Congo, en tant qu’Etat souverain. Aussi, faut-il prendre au mot le président de la République qui, en réponse à une question de la presse sur la situation sécuritaire, lors de la visite du président sud-africain à Kinshasa, répondait en ces termes : « En ce qui concerne la situation sécuritaire à l’Est de la RDc, le gouvernement est engagé et déterminé à rétablir la stabilité et la paix. Nous nous occupons absolument de ces problèmes sur le niveau politique et des mesures ont été prises.
Diplomatiquement, nous travaillons avec les pays voisins pour rétablir la stabilité à l’Est. Evidemment, avons pris certaines mesures militaires pour limiter l’insécurité et nous estimons voir des résultats d’ici la fin de cette année ».
De son côté, William Swing vient de déclarer ce qui suit : « La première chose que nous devons faire, c’est d’aider le gouvernement congolais et les autorités militaires à finir avec le processus de brassage, et d’encourager les éléments armés étrangers à rentrer chez eux pour qu’il y ait la paix ici au Nord-Kivu ». L’on pense qu’il est temps de quitter les sentiers battus des veux pieux. De cesser de tourner autour du pot. La « campagne de l’Est doit être décrétée dans un élan d’ensemble, en associant l’Onu, l’UA, l’Union européenne, sans sous-estimer aucune option.
A savoir, politique, diplomatique et militaire. Car, il est inadmissible que plus d’1 million de Congolais soient réfugiés dans leur propre pays.
Freddy Monsa/Le Potentiel
Last edited: 28/08/2007 17:10:02