Suite de l’interview du député national Muyej Mans qui ne se limite pas à préconiser le remaniement du gouvernement mais va aussi à scruter le malaise au sein de la famille politique présidentielle pour recommander de sévères remontrances en vue d’un sursaut salutaire de cette composante.

Après avoir analysé la situation politique en rapport avec les responsabilité de l’organe exécutif du pays, le député national en arrive à aborder les soubresauts de crise qui marquent sa propre famille politique, particulièrement le parti présidentiel, le PPRD qui exige, à ses yeux, de verte remontrances pour prévenir les dérapages et les égarements qui semblent marquer ses membres. La suite ci-après de l’interview du député national PPRD/Katanga présente la position de Muyej sur cette situation.
Il y a encore un autre dossier explosif, celui de la survivance de l’insécurité à l’Est qui menace de déstabiliser le pays dont une certaine opinion craint la balkanisation. Avez-vous les mêmes craintes, surtout que la position de Kinshasa à ce sujet est ambivalente ?
Il faut privilégier le dialogue, encourager les négociations et impliquer la communauté internationale qui nous a accompagnés pendant toute la période de transition pour que des solutions durables soient trouvées. Mais, il faut aussi nous préparer de manière conséquente à nous défendre au cas où cette « nouvelle rébellion » persistait, car il faut que l’autorité de l’Etat se fasse sentir sur tout le territoire de la République.
Des débats orageux, il y en a peu à l’Assemblée nationale. C’est comme si la majorité et la minorité ont convenu de se caresser dans le sens du poil. Qu’en dites-vous ?
Depuis le début, les débats se déroulent bien. J’ai eu l’occasion de faire des éloges au président de l’Assemblée nationale et à tout son bureau. Bien sûr que l’AMP constitue la majorité, mais nous avons à faire à une minorité agressive, intelligente, qui participe au débat et qui fait apparaître un certain équilibre moral entre les deux tendances, majoritaire et minoritaire de l’opposition. Ce qui est bien pour la démocratie.
Comme vous le savez, l’Assemblée nationale ou le Parlement de manière générale, c’est le siège du débat, le siège par excellence de la démocratie.
A y regarder de près, on n’est pas loin de considérer l’Assemblée nationale comme une chambre d’enregistrement de l’AMP. Vrai ou faux ? Faut-il en rire ou pleurer ?
S’il faut en rire, ce sont des gens qui cherchent du sensationnel, qui cherchent des poux partout même sur des têtes rasées.
Je crois qu’à l’Assemblée nationale, le débat se fait de manière transparente. Vous avez eu l’occasion de suivre tout cela à travers les médias. Et jusque-là, je crois que nous avons évolué dans nos discussions de manière tout à fait libre et démocratique. Mais, que voulez-vous ? Les conclusions des débats ont, par moments, frustré ceux qui croient que l’opposition est écrasée ; mais parfois, elles ont créé des agitations au niveau de la majorité où certains animateurs ont même traité le président de l’Assemblée nationale de complaisant.
Je crois que le président de l’Assemblée n’a pas un rôle facile. Il fait en sorte que la nation se retrouve et qu’elle renforce sa réconciliation. Il accompagne les efforts du Chef de l’Etat pour forger une nation forte et soudée.
Décidément, la majorité présidentielle est en perte de vitesse. Est-elle à court de stratégies… ?
Un coup de fouet est nécessaire pour que notre majorité se ressaisisse, qu’elle revoie ses stratégies et qu’elle resserre ses rangs pour les enjeux futurs.
Même si l’on cherche à sauver les apparences, le PPRD est bel et bien dans la tourmente. Quel est votre regard sur un parti qui, visiblement, a l’avenir derrière lui ?
Une léthargie généralisée, tendance à la démobilisation, énormément de frustrations dues souvent à l’incompréhension et au manque de communication. Mais, nous faisons des efforts pour nous ressaisir.
A l’initiative de l’autorité morale du parti, nous nous sommes réunis avec tous les responsables des entités provinciales et les animateurs de la sphère dirigeante du parti. Je peux vous assurer que les conditions d’une nouvelle relance se préparent de manière efficace pour que le PPRD garde sa place de leader.
En ce qui concerne le PPRD/Katanga, il reste une force mais qui sommeille un peu pour le moment parce qu’elle ne fait pas exception à la léthargie a laquelle j’ai fait allusion. Mais, nous en sommes conscients et nous savons où tenir pour que l’élan reprenne.
Que pensez-vous, Honorable Muyej, de la gouvernance du Katanga sous Moïse Katumbi ?
Moïse Katumbi est le profil parfait de leadership pour les entités décentralisées. Il a à l’esprit des modèles de développement qu’il veut absolument appliquer au Katanga, mais il a besoin d’être soutenu. Le Katanga est immense et il a besoin, pour son développement, de mains de tous ses fils et de toutes ses filles.
Originaire du Katanga, que pensez-vous du pillage, à grande échelle, des ressources minières qui s’y développe dangereusement ? Que faut-il faire pour l’endiguer ?
L’élan de fraude dans le secteur minier au Katanga a fortement baissé. Cet élan a fléchi grâce aux efforts de Moïse Katumbi qui a réussi à identifier les manœuvres de tricherie et après avoir pris un certain nombre de dispositions fortes pour empêcher que d’énormes pertes à la suite de l’évasion fiscale continuent à saigner le trésor public.
Pour avoir mis de l’ordre, cela lui a fait des ennemis dans ce secteur, mais il continue courageusement à dénoncer les réseaux maffieux et à barrer la route à tous ceux qui sont dans le trafic illicite.

Ce qu’il faut maintenant est que le gouvernement soutienne les efforts du gouverneur par des mesures, peut-être impopulaires, qui visent à restreindre ou à anéantir les possibilités d’actes irréguliers.
Il n’est donc pas étonnant de voir les recettes au niveau de la province du Katanga aller toujours crescendo depuis l’entrée en fonction du nouveau gouverneur élu à la tête de cette province.
Face aux enjeux de demain, le pays va-t-il continuer à être gouverné par le même Exécutif quand on sait qu’il a montré ses limites ? Faut-il le remanier, et que préconisez-vous pour la réussite de cinq chantiers du chef de l’Etat ?
D’abord en ce qui concerne le dernier volet de votre question, il faut énormément d’agressivité. Il faudrait que le gouvernement redouble d’agressivité. Sur le plan international, il faudra multiplier les contacts avec les investisseurs privés (dans le cadre des partenariats bien négociés) et avec les institutions financières internationales et faire des efforts particuliers pour que les ressources, au niveau national, profitent effectivement à l’Etat et à son peuple.
Il faut renforcer le système de contrôle interne, il faut combattre de manière particulière la corruption sous toutes ses formes, en décourageant les Congolais qui ont tendance à se livrer à des actes de destruction, de gabegie financière et qui en ont fait une culture. Il faut, pour ce faire, bannir l’impunité, le népotisme et le clientélisme. Il faut restaurer l’autorité de l’Etat, assainir la magistrature…
Il faut un leadership de combat au niveau de toutes les institutions. Il faut une harmonie dans le fonctionnement des institutions. C’est de cette manière que nous allons faire entrer le Congo dans le cercle des leaders et que nous accompagnerons efficacement Joseph Kabila dans la réalisation des ses cinq chantiers.
(Yes)MMC/Le Potentiel
Last edited: 21/08/2007 13:45:55