Le député national PPRD/Katanga Richard Muyej Mangeze remonte au créneau pour appeler à un rapide sursaut de l’exécutif qu’il faut remanier impérativement pour le rendre plus agressif dans le redressement de la situation socio-économique du pays qui semble aller à la dérive !

De plus en plus des voix s’élèvent, telle celle très significative du leader PPRD du Katanga en la personne du député national Richard Muyej Mangeze Mans, pour en appeler à un sursaut salutaire d’urgence de l’organe exécutif par un remaniement de ce dernier à l’échéance de septembre envisagée comme étape cruciale de la redynamisation de l’action du gouvernement jugé jusqu’ici inefficace pour sa mollesse. Affichant la vigilance d’un veilleur alerte et avisé, tel un gardien d’Eglise, l’homme politique Muyej a analysé avec un esprit très critique la situation de l’heure en constatant que beaucoup de problèmes qui fâchent aussi bien dans le secteur social que celui économique ne rencontrent pas les réponses adéquates attendues du gouvernement. Il y a la récurrente question de l’insécurité, le semblant de blocage face à la montée de la grogne sociale, et même la résistance à laquelle sont poussées les institutions provinciales à propos de la quotité des 40 % des recettes fiscales leur due, tout simplement parce que le gouvernement rechigne à avaliser ce droit pourtant reconnu dans la Constitution. On eût dit que le pouvoir se fourvoie et va droit au mur. Ces préoccupations sont encore plus aggravées par le climat qui s’avère malsain au sein de la famille politique présidentielle où s’installent les suspicions et la guerre de clans qui ne dit pas son nom.
M. Richard Muyej Mangeze Mans (52 ans) est détenteur d’une licence en histoire. Ce leader politique est président du Conseil provincial du PPRD/Katanga PPRD/Katanga. Il est député national élu de la circonscription de la ville de Lubumbashi. Ancien mandataire public, directeur général de l’entreprise minière Kisenge Manganèse de 1997 à 2001, il a été membre du Conseil d’administration de la Gécamines de 2001 à 2005.
Le député Richard Muyej trouve que la situation que traverse le pays ne doit plus laisser indifférents ceux qui participent au pouvoir à quelque degré que ce soit. D’où sa réaction à sa manière, en sonnant le cor et l’olifant pour le sursaut salutaire, dût-on en venir à un incontournable réaménagement de l’exécutif, l’organe auquel a toujours été reconnue en premier lieu la direction des affaires. Le leader katangais présente ces préoccupations et sa position à travers l’interview ci-après qu’il a accordée au quotidien Le Potentiel. Son message est si pertinent et d’un intérêt de telle brûlante actualité que Digitalcongo.net le reprend pour son large public à prendre à témoin de l’évolution évoquée de la situation. Voici ci-après le texte de ladite interview.
M. Muyej, 47 ans d’indépendance pour un pays, ce n’est pas peu de choses. Mais il n’en est pas le cas pour la RDC qui continue à donner l’image d’un pays qui marche à reculons. Votre commentaire ?
J’en fais un bilan très mitigé, en trois grandes étapes. La première étape de 1960 à 1965, une période particulièrement difficile, émaillée de troubles, de rébellions, de sécessions, de conflits internes et d’oppositions fortes qui ont perturbé la vie de la population au point que certains Congolais regrettent même de n’avoir pas accepté de prolonger la colonisation. Cette période s’arrête le 24 novembre 1965 avec le coup d’Etat de Mobutu qui prend le pouvoir et qui inaugure une autre ère, la 2ème République, de 1965 à 1997, soit trente-deux ans.
De 1965 à 1967, il tente de redresser la situation, d’asseoir l’autorité de l’Etat, mais par la force parce que c’est une période caractérisée par de nombreuses arrestations, de pendaisons et l’autoritarisme. En 1967, il crée le Mpr, précédé une année avant par le Cvr (Corps de volontaires de la Révolution) en 1966. Avec la création du MPR, il va asseoir le monisme politique qui va servir de socle pour la dictature politique. Un semblant de redressement économique qui s’arrête brutalement en 1973 avec les effets de la crise énergétique mondiale de 1972, mais aussi avec une décision qui va s’avérer très vite une malheureuse expérience pour l’économie congolaise : la zaïrianisation.
Celle-ci va être suivie de la rétrocession, de la radicalisation et tout un tas d’hésitations et de tâtonnements sur le plan économique qui feront finalement que le pays va connaître un long moment de destruction, qui va déboucher sur la paupérisation du peuple congolais, sur la chosification de la femme et de la jeunesse, sur une crise généralisée…
Mais tout cela ne s’est pas fait sans laisser des traces…
Toutes ces situations feront que naisse au Congo l’opposition interne incarnée par les 13 parlementaires qui font la toute première opposition ouverte et qui se ramènera petit à petit à l’opposition de l’UDPS avec Etienne Tshisekedi et Kibassa Maliba au départ, puis Etienne Tshisekedi tout seul, jusqu’à l’arrivée de l’Afdl en 1997. Laurent Désiré Kabila ouvre une ère d’espoir qui tient à marquer une rupture avec le passé. Mais, ses belles idées n’ont pu être toutes matérialisées parce que LD Kabila est mort brutalement en 2001. Joseph Kabila qui lui succède, prend l’engagement devant la Nation et la communauté internationale de pacifier, de réunifier le pays, de réconcilier le peuple congolais avec lui-même et d’organiser les élections pour la démocratisation du pays.
C’est désormais chose faite, nous venons de vivre il y a peu les élections après la fin de la guerre, après la réunification du pays et la réconciliation nationale.
Avons-nous réellement avancé ? Sur le plan politique, c’est une évidence, mais il y a encore de nombreux efforts à fournir pour la reconstruction de notre pays, mais aussi pour gagner le pari de la lutte contre la pauvreté.
Six mois après l’installation de nouvelles institutions, rien de bon ne semble venir. Y a-t-il espoir pour l’avenir politique de la RDC ?
Oui, il y a des raisons d’espérer, mais nous devons conjuguer des efforts pour accompagner l’action du chef de l’Etat et du gouvernement de la République concernant la pacification sur l’ensemble du territoire national et la démocratisation du pays ; des élections municipales doivent encore être organisées.
Il y a aussi cet autre effort visant à transformer l’homme pour le rendre conscient et capable de participer à son propre épanouissement et au développement de son pays. Quant au gouvernement de la République, tout en soutenant le maintien du Premier ministre Gizenga dont le tandem avec le président Joseph Kabila symbolise le rapprochement de notre peuple et la recherche permanente de la cohésion nationale, nous plaidons pour le réaménagement du gouvernement dans le sens de la révision à la baisse du nombre de ses membres en vue de le rendre agressif, mais aussi pour l’organisation du travail en pools ou commissions spécialisées animées par des personnes responsables de résultats efficients.
Dans trois ans, la RDC va fêter ses 50 ans d’indépendance, il faut, à l’occasion, inaugurer au niveau de chaque province des ouvrages qui marquent la volonté de croissance.
Le gouvernement ne parvient pas à rassurer la population. Ne pensez-vous pas qu’à la base se trouve un problème d’hommes et de politique efficiente pour s’attaquer avec succès aux défis économiques et sociaux ?
Il s’agit d’une question de relance et de redressement de la situation générale de notre pays. Nous devons nous sentir tous concernés de manière à nous engager et à éviter de garder du développement l’image d’un match de football où le peuple se transforme en spectateurs dans les gradins d’un stade observant passivement le chef de l’Etat et le gouvernement de la République, considérés comme les acteurs sur terrain. Et ce peuple n’attendrait que des actions positives pour applaudir et des échecs pour huer et crier à la sanction.
Il nous faut adhérer activement et ensemble au schéma de la reconstruction et de la lutte contre la pauvreté. Nous devons nous exiger davantage de discipline, d’abnégation, de sens du devoir et de l’excellence dans l’accomplissement de nos tâches respectives.
Alors que le pays a opté pour la décentralisation, le processus a visiblement du plomb dans les ailes, surtout que, jusque-là, le gouvernement n’a donné que très peu de signes de bonne volonté. Doit-on déjà déchanter ?
Nous n’avions pas d’autre choix. La centralisation à outrance a amené le pays là où il est, il fallait absolument adhérer à ce nouveau défi, celui de ramener l’administration tout près des administrés, celui de faire en sorte que la gestion de proximité se réalise effectivement. L’avantage de la décentralisation, c’est de faire que les problèmes soient posés et les solutions trouvées assez rapidement. L’avantage de la décentralisation, c’est aussi de faire que l’implication de notre peuple à l’effort de développement, à partir des communautés locales, soit effective.
Ce qu’il nous faut au niveau des animateurs des entités décentralisées, c’est un profil d’agressivité et de réalisme, un profil de gens qui peuvent effectivement se mettre au service de notre peuple de manière à le mobiliser constamment pour le programme de développement.

Deux défis majeurs sont à retenir : la reconstruction et la lutte contre la pauvreté. Si nous réussissons à atteindre ces objectifs, nous pourrons nous féliciter d’avoir sorti notre peuple de la misère. Cela est faisable.
Le Congo a énormément de potentialités. Je fais confiance au gouvernement et au parlement quant au programme de revisitation des contrats de partenariat. Je suis convaincu que ce processus pourra déboucher sur des recommandations susceptibles d’aider l’Etat et le peuple à trouver leurs comptes.
Il faut aussi un vaste programme d’exploration et de prospection pour identifier d’autres sites à mettre en valeur. Il est aussi temps de réfléchir sur la valorisation des secteurs jusque-là négligés : le tourisme, le bois, la pêche et les activités agro-pastorales, par exemple.
Le gouvernement doit sécuriser nos frontières, renforcer la cohésion nationale et œuvrer pour faciliter la communication entre les provinces afin de soutenir l’élan de solidarité nationale.
A voir la guerre de tranchées que se livrent le gouvernement central et les provinces, la retenue à la source de 40% des recettes à caractère national ne risque-t-elle pas de s’arrêter au niveau d’un simple vœu au regard de la résistance du pouvoir central ?
Nous n’avons pas le droit de tromper notre peuple dans sa bonne foi. Nous devons arriver à ce que tous les engagements pris à travers la Constitution qui a été adoptée par référendum soient respectés et honorés. Mais, comme je l’ai dit, ne faisons pas les choses de manière brutale. C’est tout un processus. Il faut qu’au niveau des entités décentralisées les services soient créés, des animateurs formés pour que la gestion de tous ces fonds se fasse sans heurts.
Cependant, il ne faudrait pas que ce temps d’attente se prolonge indéfiniment. Cela risque de créer un doute au niveau des entités de base, lequel doute risque de créer un sentiment de révolte vis-à-vis du pouvoir central. Ce qui entraînerait la démobilisation face aux défis à relever. Nous recommandons que les difficultés dans la phase d’application soient bien identifiées et suffisamment expliquées aux animateurs des entités de base et à toute la population. (Lire l’article suivant).
(Yes)MMC/Le Potentiel
Last edited: 21/08/2007 13:45:45