Ainsi le vide créé par Madilu provoque un séisme dans les arcanes amoureux. Un vide dont les appâtes de sa musique n’arrivent pas à dépister les causes. Ces pauvres âmes désemparées, bouleversées, se perdent en conjecture.

Depuis samedi dernier, le sol s’est dérobé sous les pieds des mélomanes congolais. L’annonce par voix radiophonique de la mort du chanteur Madilu System a plongé le peuple congolais dans une épreuve qui a tenu ses nerfs tendus. Terrifié et frappé d’épouvante devant ce mauvais sort hérissé sur le chemin de nos compatriotes, jusqu’à conjurer le ciel d’avoir permis ces drames répétitifs dans notre pays. Depuis bientôt un mois, les larmes ne font que cureter les yeux des congolais submerges par une tristesse qui n’en fin il pas de s’arrêter. On dirait que dans notre pays s’affrontent ces derniers temps la vie et la mort avec une cohue indescriptible de deuil. Voilà que le deuil vient de renvoyer au crépuscule de sa vie, le chanteur Madilu System. Son corps gît aujourd’hui dans la morgue des cliniques Ngaliema après s’être affligé, d’insurmontables malaises cardiaques. Après tant d’aventures sans nom, Madilu s’évade de ce monde en embrassant les steppes désolées de la mort.
Consumatum est. Tout est fini pour lui.
Tout est fini pour ce chantre idyllique qui ravissait nos oreilles par sa musique enchanteresse avec un brin d’humour, et aussi avec une voix digne de Bel Canto. Une voix veloutée et langoureuse. Mesurez l’amertume qui assiège en ce moment les esprits de ceux qui se régalent de ses anecdotes rebattues de sa fougue sentimentale, de ses scènes érotiques et de ses marivaudages mélancoliques enguirlandes par sa voix mielleuse. C’est dans le domaine quintessencié de l’amour que nous introduisait Madilu sous l’étreinte des touffeurs féminines, des parfums génitaux, les effluves corporelles et l’écume des vagues sentimentales. Un grand adorateur de la femme dans toutes ses dimensions.
Et c’est dans l’apothéose des fleurs, des chants, de rêve et de tendresse. Ce sont des qualités qui frappent et qui auréolent les vies romancées.
Et toute la communauté artistique lui en fait un mérite.
Le râle monte à la gorge de ses admirateurs enivrés d’extase et d’exotisme qui s’en ressentiront affreusement dépourvus de fringales musicales propres à Madilu dans leurs fêtes galantes, dans l’exubérance des fastes festives, dans les dédales du rêve.
Ainsi le vide créé par Madilu provoque un séisme dans les arcanes amoureux. Un vide dont les appâtes de sa musique n’arrivent pas à dépister les causes. Ces pauvres âmes désemparées, bouleversées, se perdent en conjecture et se livrent à des spéculations croyant que le supplice infligé par la mort à l’endroit de leur vedette est d’une autre envergure. Autant d’amalgames que le spectre de cette mort brutale suscite. Heureusement qu’ils iront puiser dans les dalles descellées où sera ensevelie sa dépouille les décibels imputrescibles et inaltérables de sa musique. Ils sont d’avis que la mort n’éteindra pas ce souffle amoureux grâce au support phonographique que la technique a mis à notre disposition.
La musique de Madilu ne sait pas la femme. Elle brandit l’ostensible volonté de plaire, de se prémunir des adversités que l’artiste n’entend point être l’objet.
Une musique épurée des propos sardoniques et des paroles vénéneuses. Une musique authentique qui à la face tournée vers la vie, la nature africaine. Que bénéficiant de t’osmose de son maître Luambo Makiadi qui lui a remis le fanion de sa science, il s’est résolument éloigné des pamphlets acérés, des escarmouches et de la fronde vis â vis de la diète féminine. Et ce sans renier et rallier son vétéra dont il se reconnaissait être l’héritier et le fils bien aimé. Chez Madilu, chaque mot caresse et griffe dans un alliage artistique qui traduit les alchimies de son érudition et dans un cocktail délicieux des oeuvres bien gribouillées qui subliment les sentiments.
Johnny Kokolo/Uhuru
Last edited: 18/08/2007 14:44:51