Retiré pour racisme des rayons enfants de dizaines de librairies britanniques mi-juillet, « Tintin au Congo » embarrasse les éditeurs sud-africains d’Hergé. Human & Rousseau, qui publie d’habitude en afrikaans les aventures du re­porter, a décidé de ne pas tra­duire cet album, tandis que Penguin Books va accompagner sa version anglaise d’un avertis­sement au lecteur.

Sortie en 1931, selon le « Nouvel Observateur », la bande dessinée « décrit les indigènes africains de façon stéréotypée et peu flatteuse », a expliqué samedi 28 juillet Carina Diedericks Hugo, porte-parole de Human & Rousseau, sur la radio SABC. Certes, l’auteur belge franco­phone caricature également les Chinois dans « Le Lotus bleu » et les Indiens dans  « Tintin en Amérique », a-t-elle observé.

« Mais nous avons le sentiment qu’il y a une situation particulière en Afrique du Sud et que nous ne pouvons pas accepter cette description des autochtones ». L’apartheid, politique de ségrégation raciale, a été en vigueur en Afrique du Sud de 1948 à 1991.

Intervention d’un avocat des droits de l’homme à Londres

Penguin Books pour sa part continuera à distribuer la version anglaise de « Tintin au Congo », accompagnée cepen­dant d’un avertissement au lec­teur sur le caractère sensible de certaines références raciales.

A la mi-juillet en Grande-Bretagne, la chaîne de librairies Borders a retiré cet album de ses rayons enfants après la plainte d’un client. Elle va faire de même dans ses 499 magasins aux Etats-Unis, où il sera désor­mais rangé à côté BD pour adultes. Une décision prise après les protestations de David Enright, un avocat spécialiste des droits de l’homme travaillant à Londres. Au cours d’une sortie en famille, il a feuilleté des livres pour enfants chez Borders, où il est tombé sur « Tintin au Congo ».

« Cette lecture suggère que les Africains sont des sous-hommes, que ce sont des imbéciles, qu’ils sont à moitié sauvages », a déploré David Enright lors d’un récent entretien accordé à l’Associated Press.

Cette BD est la deuxième des 23 albums de Tintin. Les aventures du reporter à houppette ont été traduites en 77 langues et se sont vendues à 220 millions d’exemplaires à travers le monde.

Mais aussi bien les fans que les détracteurs critiquent « Tintin au Congo ». Hergé lui-même confessait son embarras. Sortie en 1931, alors que la Bel­gique colonisait encore le Congo, la BD narre les péripéties du pe­tit journaliste blanc dans cette terre africaine où une population noire stupide finit par le vénérer comme un dieu, lui mais aussi son chien Milou.

Certaines éditions ultérieu­res ont été débarrassées des épi­sodes les plus choquants. Cepen­dant, une version non-expurgée a été publiée en 2005 en Grande-Bretagne, assortie d’un avertis­sement et d’une préface rappe­lant le contexte colonial qui avait vu son écriture.

(Yes)

AP/Le Potentiel