La sérénité qui a caractérisé lundi dernier la réunion informelle qui a mis autour d’une même table le ministre du Budget, Adolphe Muzito, et quelques gouverneurs et présidents des Assemblées provinciales n’a été finalement que le calme qui présage l’orage.

Les provinces promettent de ne pas reculer en ce qui concerne les 40% qui leur revient de droit. Cette prise de position, elles l’ont dit haut et fort au cours d’un entretien tenu, mardi 14 août dernier au Restaurant Adeliz dans la commune de Kasa-Vubu, avec quelques journalistes triés sur le volet. Selon le président de l’Assemblée provinciale du Bas-Congo et porte-parole du groupe, François Kimasi Matuiku, qui avaient à ses côtés son collègue de la Province Orientale, Léon-Dehon Basango, et celui du Kasaï Occidental, Omer Mujimbu, « si au mois de septembre le gouvernement central continue à tergiverser sur cette question, nous prendrons le peuple à témoin ».
M. Kimasi promet que les édits vont pleuvoir dans les provinces pour permettre aux gouverneurs de retenir ces 40% à la source. Au mois de septembre prochain, le gouvernement central devra se prononcer de manière sans équivoque sur la problématique de la rétrocession de 40% de recettes de l’Etat aux provinces. Au stade actuel de contact informel entre le ministre du Budget et les présidents des Assemblées provinciales, les observateurs notent que les deux parties sont loin de s’accorder sur cette question.
La première divergence apparaît au niveau de la terminologie. En effet, si pour le gouvernement il s’agit d’une rétrocession, c-à-d que c’est le gouvernement central qui affecte ces 40% aux provinces, les « provinciaux » par contre n’ont pas cet entendement. Pour eux, la Constitution stipule clairement qu’il s’agit d’une retenue à la source de 40%. Le terme « rétrocession », qui émane de l’ancienne loi est caduque et par conséquent nul et de nul effet.
Le deuxième pôle de divergence se situe au niveau de la hauteur de cette rétrocession ou retenue. Le gouvernement central n’est pas prêt pour le moment à rétrocéder 40% et voudrait y aller par étape. C’est ainsi qu’il parle de l’augmentation de cette quotité qui actuellement est de l’ordre de 20%. Les « provinciaux » ne l’entendent pas de cette oreille et exigent les 40% tels que prévus par la Constitution.
Un bras de fer s’annonce à l’horizon
Au cours de ce point de presse de clarification tenue au Restaurant Adeliz, François Kimasi Matuiku, s’est départi de sa langue de bois en déclarant que « les présidents des Assemblées provinciales, qui sont des élus du peuple et, qui doivent- par conséquent- rendre compte, ont le devoir de dire haut et fort les desideratas de la base ».
Pour M. Kimasi, le succès du processus de la renaissance de la Rdc sera perçu, notamment, à travers la réussite de la décentralisation. Celle-ci donne à chaque province la chance de s’auto gérer, de se reconstruire, de s’auto promouvoir. Si le gouvernement central réussi le pari de la décentralisation, au bout de 3 ans parmi les 11 provinces que compte le pays, 7 et même plus vont sortir du bourbier de la misère et les autres pourront suivre.
Voilà pourquoi, soutient-il, il faut donner aux provinces les moyens de leur politique. Au sujet justement de cette retenue à la source, Léon- Dehon Basango (Province Orientale) rappelle que lors de la première concertation, il était entendu qu’une équipe des experts de deux parties devaient se réunir pour étudier la question et faire des propositions concrètes. Ce qui a été fait.
Le G3, une insulte à la nation
François Kimasi fustige le nouveau langage qu’utilise le gouvernement en rangeant les provinces en deux groupes. Le G3 (Kinshasa, Bas-Congo et le Katanga) qui contribuent au budget national à hauteur de 83% et les autres qualifiées de moins nantis qui ne contribuent qu’à l’ordre de 17%. Selon le point de vue défendu par le gouvernement, si on applique cette rétrocession de 40% en ce moment où le gouvernement central n’a pas de moyens, ces provinces seront défavorisées d’où cette invitation à la solidarité nationale.
Pour Kimasi, voir les choses sous cet angle est une insulte. Il n’y a pas de provinces défavorisées. C’est au gouvernement de prendre des dispositions pour éviter que les recettes collectées ici et là finissent dans les poches des individus au lieu d’atterrir dans les caisses de l’Etat.
Théodore Ngangu/MMC
Last edited: 18/08/2007 11:12:11