La nouvelle est tombée comme une bombe à travers la ville de Kinshasa. Madilu System est décédé ce samedi 11 août 2007 à 04h20 aux cliniques universitaires de Kinshasa.
C’est un texto de Mamie Ilela chroniqueur de musique et journaliste en langue à la Rtnc, devenue depuis le week-end dernier, Conseillère chargée de la Promotion des langues nationales au ministère de l’Information, Presse et Communication nationale) que je prends soin de transférer dans différentes rédactions et aux amis et connaissances de l’artiste aux multiples talents, cette nouvelle.
Dans la journée, la nouvelle a été relayée par la presse et confirmée par les images brutes et choquantes du transfert de son corps couvert d’un drap de lit de fortune pour la clinique Ngaliema que diffusaient en boucle les chaînes de Tv locales.
Passons.
Pour revenir à la mort de Madilu, le témoignage que je peux livrer à l’opinion est que le regretté était malade, II souffrait de diabète. Maladie pour laquelle il était constamment dérangé. Ce qui fait qu’il avait toujours dans ses bagages, ses médicaments- et un carnet de santé pour ses premiers soins.
Hommage au Grand Ninja
Né Jean Bialu Madilu, il a vu te jour dans la ville portuaire de Matadi le 28 mai 1952.
Madilu laisse une veuve, Pierrette Biya, et de nombreux enfants. II se refusait de donner le nombre exact de ses enfants: « Eale, ils sont nombreux et vivent tous en Europe avec mon épouse ». C’était sa réponse à propos de ses enfants.
C’est à mes débuts dans la presse durant les grandes vacances de 1976 à la Fikin que j’ai connu Madilu. Je lui dédie ce papier en souvenir de notre amitié et de nombreux entretiens que j’ai eus avec lui autour de sa carrière en tant qu’artiste musicien.
Pour la petite histoire, c’est à cause de son échec a l’examen d’Etat en 1971 qu’il avait décidé de faire de la musique son gagne-pain.
Sa trajectoire ressemble à une vie humaine faite de graduation. En effet, Madilu aura côtoyé les piliers de la musique congolaise ainsi que de grands orchestres pour qui il doit sa grandeur artistique.
C’est au sein de l’orchestre Bamboula de Papa Noël Nedule qu’il démarre sa carrière avant d’aller prester au sein de l’orchestre Bakuba Mayopi, mis sur pieds avec le concours de Yossa et Pindu Pirès.
II y a lieu de signaler ce laconique passage dans I’Afrisa du Seigneur Tabu-Ley Rochereau pour finir sa course dans le TP OK Jazz du Grand Maître Lwambo Makiadi dit Franco de Mi Amor. II sied de préciser qu’après Mayopi, il a tenté de monter plusieurs fois sa propre formation mais, cela s’est avéré sans succès. Aussi, faut-il le souligner, c’est tout petit qu’il avait appris a chanter en qualité de choriste et servant a l’église St Michel de Bandalungwa.
Me parlant de sa carrière musicale en 2003, il me révélera que sa vraie carrière musicale a démarré en 1989 en faisant son entrée dans le Tp Ok Jazz du Grand Maître Lwambo Makiadi.
Mais, c’est au cours de la tournée à Bruxelles en 1973 que le Grand Maître avait découvert ses talents de grand chanteur.
Ce jour là, le Grand Maître était descendu à l’hôtel Brabant, dans les environs de la gare du Nord, pour répéter avec Josky Kiambukuta. Ce dernier était absent. Le Grand Maître est resté pour répéter, bien malgré lui, avec Madilu toute la journée.
De cette répétition est née la chanson « Non » suivie de « Makambo ezali minene, Mario et Mamou » pour ne citer que celles-là. A ce sujet, il me dira : « Depuis, cette chanson, le Grand Maître ne jurait plus que par moi. Résultat, j’ai interprété en solo au sein de Tp Ok Jazz 15 chansons toutes a succès ».
II m’avouera un jour que ce sont ces oeuvres qui lui ont ouvert grandement la porte du bonheur et du pouvoir. Aussi bizarre que cela puisse paraître, Bonheur, et Pouvoir sont les titres de 2 de ses albums.
En 36 ans de carrière musicale, Madilu System était un homme comblé. Comblé sur le plan artistique. II possédait son propre orchestre pour pérenniser l’oeuvre du Grand Maître dont il se réclamait héritier du trône. D’ailleurs, la mont de Franco est restée son plus mauvais souvenir. II lègue une postérité un riche répertoire, un style inimitable contenus dans près de 80 chansons à son actif.
De son vivant, il a publié, en solo, 7 albums dont le tout dernier « Bonne Humeur » qui sera dans le commerce dans les tout prochains jours. A la suite de cette oeuvre, il envisageait de se faire appeler « Tata malamu », quelqu’un au grand coeur, dégageant toujours de la bonne humeur autour de lui.
Que dire d’autre ? Sinon que Madilu était un homme comblé sur les plans artistique et affectif avec sa charmante épouse Pierrette Biya et ses nombreux enfants qu’il chérissait tant. Il possédait 10 villas diseminées à travers la ville notamment à Matete, Yolo, Ma Campagne et Mont Ngafula et parc automobile à faire pâlir d’envie et il prenait plaisir à laver chaque matin ses voitures. Fin gourmet, il ne montait pas à table pour une cuisse de poulet..
Parcours sans faute
A la suite de la mort de Franco en 1989, Madilu est mis a l’écart par ses copains en 1990. II décide de faire une carrière solo et s’exile en Europe en choisissant la Suisse comme pays d’accueil.
De cet exil, il lance pour essayer, l’expression est de lui, I’album « Frère Edouard ». Pour un coup d’essai, c’est un coup de maître. II récidive avec « Ya Jean », ça cartonne. Il n’ y a pas de doute, il est entré dans la cour des grands par la grande porte.
Début 2000, il rencontre un producteur camerounais basé a paris, JPS. Avec ce dernier, Il signe un contrat de mariage avec à la clé, l’album « L’eau ». Comme il fallait s’y attendre, l’album se vend comme de petits pains.
Par la suite, il a actuellement sur le marché un album avec le titre phare « Juste un peu d’amour » qui fait le bonheur de tout le monde. II nous laisse a titre posthume « Bonne humeur ».
Avec cet album, il entre dans les hit-parades internationaux, il est l’invité des chefs d’Etat. En 2006, il a, tour à tour, fait danser les Présidents Bongo Odimba (Gabon), Sassou Nguesso (Congo-Brazza) et Obiang Nguema (Guinée Equatoriale) à l’occasion de leurs anniversaires respectifs et le Président Joseph Kabila, lors de son manage.
Et depuis cinq ans, il s’est produit au Grand Hôtel Kinshasa (qu’il avait choisi comme seconde résidence et bureau d’affaires) pour agrémenter les manifestations officielles et privées. Madilu System était revenu à Kinshasa pour préparer a sortie officielle de son albumà la fin de ce mois d’août par une prestation scénique.
A la demande de Lutumba Simaro, j’avais pris langue avec lui pour le produire en duo au Grand Hôtel Kinshasa avec Lutumba pour interpréter le répertoire de ce dernier. Pour refermer ce papier, je me rappelle la réponse qu’il m’avait donnée le jour où je voulais savoir pourquoi il se faisait appeler System.
II m’avait répondu: « C’est parce que je peux à tout moment changer de systèmes de chanter et ça marche toujours, c’est pourquoi on m’appelle System ».
Enfin de toi, les mélomanes retiendront tes grandes qualités de chanteur doublé d’auteur-compositeur de talent mais, aussi la grandeur d’âme, de partage et surtout de moralisateur et d’éducateur des masses. Que la Terre de nos ancêtres te soit douce et, légère comme le veut la Tradition
ACP
Last edited: 16/08/2007 14:19:46