« A la suite de leur prépondérance dans l’économie et à cause des interférences politiques dont elles ont fréquemment été l’objet, les entreprises publiques conçues pour être le vecteur et l’instrument privilégiés des stratégies de croissance économique, ont été plutôt des facteurs d’étouffement du développement économique. C’est cet échec pluri décennal qu’il faut rapidement corriger. Voici le sens de cette réforme ».

Ainsi a déclaré la ministre du Portefeuille, Jeanine Mabunda, dans son allocution à l’occasion de la cérémonie d’ouverture du séminaire sur la réforme des entreprises publiques, qui se tient depuis mardi 14 août au Centre catholique Nganda (commune de Kintambo).
La déclaration de la patronne des entreprises de l’Etat est l’expression de la détermination du gouvernement de rendre compétitives ses entreprises devenues, pour la plupart, des canards boiteux, donc, source des problèmes plutôt que des solutions.
En raison de nombreuses causes endogènes, notamment “les interférences politiques” dont elles ont souffert, les entreprises publiques ont cessé d’être “le vecteur et l’instrument privilégiés des stratégies de croissance économique”, pour devenir “plutôt des facteurs d’étouffement du développement économique. Il importe donc de les reformer pour qu’elles puissent reprendre leur place d’antan dans le développement socio-économique de ce pays qui a plus besoin des ressources financières pour son redécollage multisectoriel pour le bien-être de sa population.
Pour Jeanine Mabunda, le processus de cette réforme date de 2002, lorsque le gouvernement l’a initiée pour réaliser son programme de redressement économique. Mais cette réforme achoppait toujours sur l’absence d’une réglementation sur le portefeuille.
Faire des entreprises publiques le moteur du développement économique
Pour pallier à cette carence juridique, le ministère du Portefeuille a initié quatre projets de lois devant définir le portefeuille et ses éléments constitutifs, réglementer son fonctionnement et désigner enfin les organes chargés de le gérer. Il fallait donc “déterminer la nature et le régime juridique de certaines notions comme l’entreprise publique, société d’Etat, société d’économie mixte”. Tout cela justifie, selon Jeanine Mabunda les quatre lois en voie d’être adoptées par le Parlement, après l’avoir été par le gouvernement.
Il s’agit de la loi portant transformation des entreprises publiques à vocation marchande, de la loi relative au désengagement de l’Etat, de la loi portant organisation et gestion du portefeuille de l’Etat et celle portant dispositions générales applicables aux établissements publics. Il s’agit donc, au cours de ce séminaire, de les vulgariser, pour dissiper tous les malentendus et zones d’ombre qui ne cessent d’être entretenus délibérément autour de la réforme envisagée des entreprises de l’Etat. Ainsi, de la lumière sera apportée sur ce processus, aussi bien sur son enjeu.
Par cette réforme, le gouvernement entend mener un grand travail d’assainissement du secteur de ses entreprises pour leur insuffler “le rôle moteur du développement socioéconomique du pays”, c’est-à-dire pour se donner les moyens de sa politique.
En les réformant, le gouvernement attend in fine que ses entreprises deviennent génératrices de richesses, pourvoyeuses des revenus pour lui, en termes d’impôts, dividendes et autres, pourvoyeuses des emplois (environ 87.000) et des revenus pour la population, le fondement du développement des infrastructures socioéconomiques de base, comme les ports, les aéroports, les routes, les voies ferrées, créatrices de nouvelles unités de production et initiatrices de nouvelles participations dans des domaines jugés nécessaires et/ou stratégiques pour l’Etat, comme la téléphonie.
Réforme n’est pas synonyme de bradage, de privatisation...
Dans ce processus de réforme, la ministre du Portefeuille place l’homme au centre des préoccupations. Car, étant “ la pièce maîtresse de tout développement”, aucune action ne peut s’exécuter sans lui. En initiant cette réforme, le gouvernement est loin de provoquer du chômage ni de brader le patrimoine national. Jeanine Mabunda est formelle à ce sujet: ... la restructuration ne doit pas s’apparenter schématiquement et automatiquement au bradage. À la privatisation ou aux licenciements massifs”. Cette réforme est loin de créer une quelconque tension sociale.
Le gouvernement a pris toutes les dispositions pour privilégier la cohésion sociale..., en priorisant les secteurs clés et prioritaire. Cela suppose que toutes les entreprises ne pourraient et ne sauraient être réformées. Madame Jeanine Mabunda est revenue sur l’importance qu’accorde le gouvernement à la contribution de ses entreprises publiques, pour notamment la réalisation des cinq chantiers lancés par le chef de l’Etat, mais devenus ceux du gouvernement. Ces chantiers ne peuvent être réalisés qu’avec l’appui des entreprises réformées.
Les représentants des comités de gestion de ces entreprises, représentants de l’intersyndicale du Congo et ceux du personnel au sein des comités de gestion des entreprises publiques, participant à ces assises, qui clôturent ce mercredi 15 août, entendent-ils le gouvernement de cette oreille ? Il y a lieu de douter, vu ce qui s’est passé le jour de l’ouverture.
Alors que la ministre venait de terminer son allocution, les représentants de l’intersyndicale faisaient leur entrée dans la salle, après quelques heures de concertations, qui étaient nécessaires, selon l’un d’eux, pour aborder avec assurance la partie, estimant que le gouvernement, initiateur de la réforme, a pris tout son temps pour le faire.
(Th)KléberKungu/L’Observateur