Comment peut on expliquer, et admettre que des personnes qui vivent dans un milieu où tout pousse normalement puissent recevoir le Chef de l’Etat avec des slogans du genre :nous avons faim ?

La République vit sous le signe d’une succession des malheurs dont chacun d’entre nous se doit de tirer une leçon. Avec Kakenge, on comprend mieux comment certains serviteurs de l’Etat ou mandataires publics désorganisent intentionnellement le fonctionnement des rouages de l’Etat. En effet, les rapports écrits et verbaux, sont une chose. Ce qui est vécu sur le terrain en est une autre.
Kakenge, on l’a senti, a été un choc pour tout le monde. Une honte pour la manière dont les choses y ont été gérées. Un scandale sans nom, pour les dirigeants de l’Etat et de la SNCC. Mais Kakenge a été surtout une révélation pour Kabila. Qui a pu ainsi se rendre compte comment à distance, la République, même dans des conditions dramatiques, est gérée par ses serviteurs. On dirait, loin des yeux du gendarme, tout tourne au ralenti, et même au drame comme c’est le cas à Kakenge.
Il y avait partout un parfum de légèreté, d’insouciance et de démission totale. On est ainsi scandalisé, et pas étonné outre mesure, de constater que des jours après l’accident, les secours, qui ont coûté une fortune à l’Etat, n’étaient toujours pas déployés sur le terrain. Des corps en putréfaction, comme Kabila a pu s’en rendre compte lui-même tardaient sans raison, à être dégagés et enterrés dignement. Tout cela constitue une grande leçon pour tout le monde. De vivre en direct de manière concrète comment dans l’adversité fonctionne notre Etat. Que nombre de Congolais voudraient coûte que coûte maintenir dans le statut de l’Etat providence. Un Etat qui se substitue aux obligations des citoyens.
Comment en effet peut-on expliquer, et admettre en plus, que des personnes qui vivent dans un milieu où tout pousse normalement puissent recevoir le chef de l’Etat avec des slogans du genre : nous avons faim ? Si elles qui sont censées nourrir les villes se mettent à tout attendre de celles-ci, où allons nous ? Et que devenons-nous à terme ?
La situation est à ce point préoccupante que l’on n’a pas vu, dans ce coin là, des champs avec des cultures pouvant nourrir les gens. Ceux-ci, et c’est dommage, sont toujours dans la culture de la cueillette qui participe de la loi du moindre effort. Tout attendre de tout le monde, excepté d’eux-mêmes. Voilà, à Kakenge comme partout ailleurs, où l’Etat providence nous a conduits. C’est-à-dire à une démission collective devant ce qui relève de notre propre responsabilité. Nous avons cessé de nous assumer. Nous attendons tout, de tout le monde, sauf de nous-mêmes. Kakenge, c’est la leçon. Qui vaut, à quelques rarissimes exceptions près, pour tout le pays.
De même, n’est-il pas légitime de se demander, au stade où nous en sommes, pourquoi tous les grands barons du coin n’ont là-bas ni fermes, ni champs dignes d’eux ? Que se passe-t-il pour que tout Congolais, riche ou pauvre, ait une préférence pour la soupe populaire ?
Au moins, Kabila aura retenu la leçon : il faut que les gens travaillent. Et travaillent beaucoup et durement. A force de le dire partout où il passe, le message finira par porter. Et Kakenge y aura énormément contribué. Tant mieux.
(Yes)Mankenda Voka/L’Observateur