Point chaud : Catastrophe ferroviaire de Kakenge : vérités et contrevérités
Kinshasa, 09/08/2007 / Politique
Il s’est produit, souvenons-nous, entre Kakenge et Bakwankenge (Kasaï Occidental), dans la nuit du 01 au 02 août dernier, un indicible et déplorable accident de train dont le macabre bilan oscille, ce jour, autour de cent soixante morts.
Sur ce funeste accident, toutes les vérités - acceptables mais non excusables - ont été entendues. Notamment que notre chemin de fer est effroyablement obsolète, datant, comme nous le savons tous, de la période coloniale. Notamment aussi que, sans aucun doute, le train qui a fait cette hécatombe devait être en train de rouler à grande vitesse et qu’il était, en plus, surcharge.
Comme il n’est pas permis dans les deux cas. Mais, les contrevérités, mieux les faux-fuyants n’ont pas manqué aussi. En l’occurrence, celui, selon lequel, les compatriotes ayant peu ou ayant été blessés dans cet accident étaient des clandestins. Inouï ! Clandestin, d’après Larousse, signifie tout ce qui est fait en cachette et contre la morale ou les lois établies. A en croire donc les autorités de la Société nationale de chemin de fer du Congo, (SNCC), les infortunés voyageaient en cachette et ne se sont pas conformés aux règlements de leur entreprise. Cette dernière partie de l’explication tient parfaitement la route. En revanche, la première est tout à fait contestable, ainsi qu’il nous sera donné de nous en rendre compte dans les lignes qui suivent.
A notre avis, l’honnêteté intellectuelle commandait que, dans le cas d’espèce, l’on parlait plutôt d’irréguliers. En effet, il convient de noter, en premier lieu, que, depuis des lustres, le trafic ferroviaire dans cette partie éplorée - comme dans de nombreuses autres, du reste - de notre pays, tient déjà du hasard. Au point que tous les voyageurs sont obligés de se vouer à tous les saints, y compris à celui qui s’appelle Train-marchandises.
Il se fait, par conséquent, que celui-ci reçoit, pêle-mêle, des militaires, des policiers et ou avec leurs dépendants, des étudiants, des élèves, des agents de l’Etat en déplacement et tutti quanti. Bref, tous ceux-là qui sont pressés ou qui sont fatigués d’attendre indéfiniment un hypothétique train-courrier. Il va sans dire que la charité ou la tolérance dont bénéficie cette catégorie de passagers auprès des agents de la SNCC à bond du train ne revient pas bredouille. Quelque chose tombe dans la gibecière de ces derniers. Immanquablement. Si pas au vu, sûrement au su de leurs autorités. Quand, en tant que manager, l’on a affaire à de braves agents qui totalisent des mois et des mois d’impaiement, on est véritablement mal placé pour leur faire la morale sur des pratiques qui déjà sont monnaie courante en période de vaches grasses.
Il faut savoir également que, dès qu’un train-marchandises est annoncé, les petits commerçants sont automatiquement alertés. En effet, à bord de celui-ci, ils ont tissé des liens, les uns aussi variés que les autres. Ainsi, à chaque gare, des colis de toute nature prennent d’assaut les wagons avec ceci de très courant que leurs propriétaires ou leurs convoyeurs s’asseyent dessus. Moyennant un paiement ou un pourboire en nature ou en espèce : cela dépend des arrangements.
Pour tout dire, personne ne se cache, personne ne fait rien sans le consentement des agents à bord. Lesquels, a-t-on même remarqué, recourent, dans chaque wagon, à l’assistance de l’un ou l’autre agent de l’ordre pour mieux maîtriser et contrôler la situation. Naturellement, ces agents de l’ordre servent en se servant. De sorte qu’il arrive très souvent, si pas toujours, que ces derniers procèdent à leurs propres recrutements en ce qui concerne aussi bien les passagers que les colis. Sans aucun doute, ces recrutements constituent-ils l’une des formes de rétribution des services rendus.
Ainsi, le train-marchandises n’est pas à confondre avec la cour du roi Pétaud. Surtout pas : tout y est organisé, tout le monde est à sa place, tout le monde fait ce qu’il doit faire, tout le monde à sa part selon sa position. Quand à la part de l’entreprise, ça c’est une autre histoire.
(Th)
Xavier Mirindi Kiriza/L’Observateur
Last edited: 09/08/2007 16:16:14