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Cinq questions à Nzanga Mobutu

Kinshasa, 30/07/2007 / Politique
1.Vous avez accepté et choisi le ministère de l’Agriculture, peut-on connaître vos motivations ? L’agriculture concerne les 2/3 de la population congolaise. Si j’ai accepté de m’occuper de ce secteur, c’est parce que cela re­vient à s’occuper réellement de la population, de ses besoins les plus importants, comme se nourrir, générer des revenus pour envoyer les enfants à l’école, se faire soigner dans des conditions décentes. Je souhaite contribuer à la réduction de la pauvreté dans ce pays ; c’est le ministère qui me paraît le plus à même de résoudre ce problème et c’est cela qui m’a motivé à accepter ce secteur de premier plan.

2. Est-ce que le fait d’avoir passé une partie de votre enfance dans les fermes familiales a pesé dans votre choix ?

En effet, dans toute mon en­fance, j’ai été baigné dans une ambiance agricole. Mon père entretenait de nombreux projets et concessions agricoles. Ce qu’il décidait, il le faisait toujours et dans des délais bien précis. C’est ce que je souhaite égale­ment : planifier une série d’ac­tions pour relever l’agriculture dans notre pays, les exécuter en temps et heure, car nous avons trop perdu de temps.

3. En arrivant à ce ministère, vous avez 5 ans pour convain­cre ce paysannat qui produit 95% des productions agrico­les du pays. Quelle est la poli­tique que vous comptez mettre en place pour y arriver ? Est-ce que cet horizon de 5 ans vous satisfait ?

Le délai est même plus court que cela. Et c’est peu pour le milieu agricole car, les investissements se valorisent tout au long d’une vie, ou même d’une génération à l’autre.

Dans un premier temps, ce qu’il nous faut, c’est remettre en place un cadre institutionnel cohérent, avec par exemple une fiscalité qui protège l’agriculture, des lois qui permettent de mettre en valeur notre territoire, tout en préser­vant le patrimoine productif pour les générations futures, la res­tructuration de notre administra­tion, à commencer par le ministère de l’Agriculture.

Je voudrais aussi que l’Assem­blée nationale vote une loi-cadre qui fixe l’horizon des actions du secteur agricole à 25 ans, ceci pour une meilleure cohérence de notre politique pour rassurer les paysans mais aussi les investis­seurs potentiels. Cinq ans, c’est un délai réaliste pour restructu­rer ou harmoniser notre politique avec les bailleurs de fonds et re­donner confiance au paysannat, relancer une agriculture qui tienne compte des atouts de no­tre pays au plan international, selon les avantages comparatifs dont ils disposent mais surtout c’est déjà un délai qu’il faut res­pecter pour que les revenus des agriculteurs s’améliorent.

4. Comment voyez-vous évo­luer le revenu du paysan con­golais dont la plus-value an­nuelle ne représente aujourd’hui que 200 dol­lars américains par an et par travailleur agricole alors que cette plus-­value dépasse 800 $US/travailleur agricole au Cameroun et qu’elle atteint 10.000 $US en Argentine ?

Vous l’avez dit, la tâche est im­mense, le chiffre de 200 $US par travailleur et par an que vous ci­tez, correspond par exemple à la valeur de 2 tonnes de maïs soit la production annuelle d’un agri­culteur au Nord de l’Equateur. C’est ce qu’on peut produire avec un peu plus d’un hectare, une superficie habituelle dans notre pays. Cela représente aussi à peine 20 $US/mois, c’est dérisoire. Pour réduire la pauvreté dans ce pays, il faut forcément accroître les revenus des paysans c’est cela mon objectif principal.

Pour commencer, il faut que le paysan puisse améliorer le ren­dement de ses cultures, de son travail ; cela commence par des instruments aratoires en bon état, des semences de bonne qualité. Ensuite, il doit évacuer sa pro­duction à meilleur prix. C’est donc important de lui communi­quer les informations sur les prix et marchés. C’est aussi très im­portant de l’aider à créer de la plus-value sur sa production ; cela veut dire stocker, transformer et emballer pour que le produit agri­cole prenne plus de valeur.

Il fau­dra aussi organiser des campa­gnes d’information de nos pro­duits congolais, un marketing du « made in Congo », à l’instar du footballeur ivoirien Didier Drogba, porte-étendard du cho­colat made in Côte d’Ivoire.

5. Le gouvernement de la RDC s’est engagé à Maputo, comme les autres pays de la SADC à consacrer 10 % de son budget à l’agriculture. Lors de la table ronde agricole de Kinshasa en 2004, les bailleurs de fonds se sont engagés à faire de même. Pourtant les enveloppes actuelles sont bien en deçà de 5 % ?

Justement ! Vous y voilà ! Le gouvernement doit forcément respecter ses engagements de Maputo, à savoir consacrer au moins 10 % de son budget au secteur agricole mais cela ne sera pas suffisant ; il faut que les bailleurs de fonds nous accom­pagnent, participent dans la re­lance des filières de pêche, d’agriculture et d’élevage. Et il faut que cette action des bailleurs de fonds soit concer­tée avec le gouvernement, no­tre administration, et aussi les représentants du secteur privé, des associations paysannes.

Nous devons inventorier nos ressources propres ; il faut que certaines taxes qui frappent des activités extractives non renouvelables comme les mines puissent servir à des infrastruc­tures qui développent aussi le secteur agricole.

(Yes)

La Voix du Congo profond/Le Potentiel

Last edited: 30/07/2007 17:32:45

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