Ainsi qu’il l’avait promis, Digital Congo.net publie la suite de l’interview que lui accordée King Kester Emeneya dont le nouvel album « Le Jour le plus long » ne cesse de convaincre les mélomanes. De la Hollande où il se trouve, l’un de ces amoureux de la musique nous écrit exactement ceci : «  Je suis entrain de lire votre magnifique entretien avec Kester Emeneya, et je vous dis d'avance que vous avez raison d'affirmer que son Album se vend très bien en Europe. Dans la maison africaine de ma ville, le stock est épuisé, car mêmes les blancs en achètent ». Comme quoi, ainsi que nous le disions dernièrement, King Emeneya Kester et Kiki Touré le producteur de son album peuvent s’estimer heureux », eu égard à ce bilan positif de la commercialisation de cet opus.

Dans cette deuxième et dernière partie de cette interview, King Kester Emeneya que l’on connaît pour son franc-parler dit des vérités sur certains producteurs véreux qui exploitent les artistes qui eux ne peuvent pas vivre de ses œuvres. Il évoque également le combat que ses collègues musiciens lui ont livré afin de lui empêcher de réaliser cette œuvre.

MMC : Mais il semble que les 2 .000.000 posent problème. Parce qu’on a cru que c’était seulement une affaire des musiciens alors qu’il y a aussi d’autres artistes comme les plasticiens...
KKE : Je ne sais pas ce qu’ils le gens se sont dits puisque moi j’étais en France

MMC : En tout cas on n’a pas précisé mais à la télévision on a vu seulement une délégation des artistes musiciens. Ce sont eux qui ont été reçus par le ministre du Budget en compagnie de son collègue de la Culture.
KKE : Il y a d’autres catégories d’artistes comme les artistes peintres mais qui refusent le terme artiste. En tout cas beaucoup n’aiment pas ce terme. Voilà pourquoi on les oublie. Mais lorsque les musiciens s’imposent, il faut qu’ils songent aux autres. Toutes fois, je remercie le ministre du Budget. Des initiatives de ce genre sont louables.

En France il y a une société qu’on appelle Adami dont je suis membre, il y a la Sacem qui elle s’occupe des droits des artistes. L’Adami a été crée. Les deux millions de dollars que le gouvernement vient de disponibiliser pour les artistes musiciens congolais est une aubaine qui va compenser les pertes qu’ils  subissent par le fait du piratage de leurs œuvres. « Kubasadilanga Kubadilanga », ( celui qui travaille à l’hôtel mange à l’hôtel ).

Maintenant pour dispatcher cette cagnotte, l’Etat peut donner à chaque patron d’un orchestre une part. On peut aussi partir de nombre de chansons ou albums composés. Je ne sais pas si la gestion de ces deux millions de dollars revient au ministère du Budget ou celui de la Culture. Mais ce qui est certain, si on laisse la gestion aux musiciens eux-mêmes, ils vont s’entretuer.

Cette aide du gouvernement aux artistes musiciens est comme le Plan Marshall. Elle vient de couper l’herbe sous les pieds des sociétaires de Maisha Park. Le gouvernement devra déterminer qui a droit à cette cagnotte.
J’attire aussi l’attention du gouvernement sur le fait qu’il faudra aussi songer au peuple. Par exemple, en instaurant le système de crédit comme cela se fait en Europe.

MMC : Revenons un peu à l’album « Le jour le plus long ». Sa sortie était prévue pour le 6 juin. Que ce qui s’est passé pour qu’à cette date l’album ne puisse pas être sur le  marché ?
KKM : Le 6 juin était la date prévue pour le « débarquement ». Mais nos détracteurs et autres pourfendeurs voulaient nous mettre les bâtons dans les roues. C’est pourquoi, nous avons opté pour la date du 21 juin qui marque la fête de la musique. Mais les mêmes détracteurs étaient aux aguets pour détourner l’attention des mélomanes. En fait un combat inutile entre nous.

MMC : Qui sont-ils ces détracteurs ?
KKE : Ce sont des « Kadia mpemba » (des démons, des diables). Ils n’ont pas d’autres noms. Leur objectif est de voir Emeneya sombrer. Ils me combattront mais ils ne me vaincront pas. Le pouvoir vient d’en haut, de l’Eternel des armées qui créa au commencement le ciel et la terre. Personne sur cette terre ne peut contrecarrer son plan. Mes détracteurs ont tout fait pour que l’album ne sorte pas. Mais, ils ont échoué lamentablement. L’album se vend comme de petits pains. Vous êtes d’ailleurs en contact avec mon producteur Kiki Touré. Il vous a donné les chiffres.

MMC : Oui, 9.000 exemplaires vendus à peine deux jours après la sortie de l’album à Paris.
KKM : Quand il parle de 9.000, il faut multiplier par trois parce que dans chaque package, il y a trois Cd. Ce qui fait au total 27.000 pour les deux jours seulement. D’où, à Kiki Touré toutes mes félicitations.

MMC : Mais Combien d’exemplaires vous avez vendu ici sur place en Rdc ?
KKM : Je n’ai pas encore le chiffre exact. C’est le studio Ndiaye qui s’occupe de la distribution. Et comme vous le savez, ici les distributeurs ne donnent jamais les chiffres réels pour des raisons que vous pouvez deviner. Quand vous vendez 1.000 exemplaires, on vous dira que vous en avez vendu 500.

Je peux vous donner un exemple. En 1997, je venais de l’Europe et j’ai rencontré le vieux Molende Kwi Kwi qui est un grand producteur de la place que je félicite avec Mampa. Mampa avait produit Lidjo Kwempa avec la chanson « Ceci -cela » et Molende Kwi Kwi avait produit Tabu Ley avec la chanson « Mpeve ya Longo ». Ils avaient menacé de m’amener en justice parce que je suis indiscret. « Naza vova trop ». Ces chansons étaient sorties en 1983. Ils me diront que comme je venais de regagner le pays, ils devaient me produire. Selon eux, Tabu Ley avait vendu 100.000 exemplaires et Lidjo Kwempa plus de 100.000 exemplaires.

Pourtant en Afrique, 100.000 exemplaires c’est déjà un disque d’or. Comme je parle beaucoup, je suis passé au journal télévisé et j’ai donné cette information. J’ai eu des problèmes sérieux parce que les producteurs ne voulaient pas que cette information soit diffusée. C’est donc pour vous dire que les œuvres sont bien vendues mais les artistes n’en profitent pas. La faute incombe à la Soneca (Société nationale des éditeurs auteurs compositeurs et artistes) ainsi qu’aux usines qui fabriquent les K7. Elles ne disent jamais la vérité.

Je peux prendre un autre exemple , celui de ma chanson « Kimpiatu » qui pendant 5 ans est restée la meilleure chanson du Congo. Mais pour mon Grand frère Verckys « Wa zola nzimbu », ( cupide ou qui aime l’argent), je n’avais vendu que 5 exemplaires.

Je crois qu’il faut être correct et craindre Dieu le Tout Puissant. Il ne faut pas tout prendre pour soi et laisser des miettes aux autres. Kiki Touré, par exemple, vous a donné le chiffre de 9.000 exemplaires vendus. Cela peut être plus que ça, par exemple, 15.000 mais au moins il donne un chiffre plus ou moins réaliste. Ce qui n’est pas le cas pour nos producteurs kinois.

MMC : Vous allez encore faire d’autres clips où le public va se contenter des clips que vous avez produits.
KKE : Les clips qui nous avons produits accompagnent seulement la sortie de l’album. Ce ne sont pas les derniers. C’est là, justement, que se pose le problème de la musique congolaise. Nous faisons comme tout le monde. Pourtant  les producteurs Congolais comme les consommateurs en Rdc n’ont pas d’argent. Nous faisons de longues chansons si bien qu’il faut un package. En Europe ça coûte 20 euros.  Je ne sais pas combien cela va coûter ici à Kinshasa. Tout cela, parce que nous faisons de longues chansons. En plus de cela, il y a un Dvd l’intérieur. Quel est ce producteur qui voudra des chansons de 140 minutes accompagnées d’un Dvd. Là c’est la faute aux artistes congolais. A l’époque ont a eu des Kallé Jeef et Rochereau.  S’ils ont eu des disques d’or c’est parce qu’ils ont fait des chansons de 3 minutes. Cela facilitait aussi la tâche des producteurs.

MMC : Pour terminer qu’est-ce que « Le jour le plus long » apporte de neuf à la musique congolaise» ?
KKE : Chaque artiste à sa touche personnelle. Mais, on peut puiser dans la culture des autres. Moi, par exemple, j’ai importé le « beatle funk » et le disco. Mais j’utilise le folklore congolais c-à-d Luba, Pende, Yanzi, Mongo, Ngoli, Mbala etc.

Pour cet album, je voulais reproduire les chansons que nos ancêtres  les esclaves chantaient en dansant et en pleurant dans les plantations de coton et de canne à sucre en Amérique.

Mais les musiciens qui m’ont accompagné ne parvenaient pas à reproduire ces chansons, ce lyrisme. Voilà pourquoi, je suis revenu à Kallé Jeef, Rochereau et Tabu Ley.

N’oubliez pas que Tabu Ley à l’Olympia m’avait légué tout le pouvoir. Aujourd’hui, les petits qui viennent après nous chantent à 7 . C’est très facile de cacher ses carences en ce qui concerne le talent.

Aujourd’hui les jeunes font la musique pour aller en Europe acheter une chaussure même s’il n’a pas le don de la musique.

La musique à notre époque servait de support pour l’éducation. A travers les chansons on éduquait la masse. Est-ce qu’on peut dire que c’est le cas aujourd’hui.

 Boni Tsala et Théo Ngangu/MMC