Le programme de réforme des entreprises publiques participe à la réalisation des objectifs de développement que s’est assigné le gouvernement et dans ce cadre l’implication également des syndicats par le dialogue social s’avère nécessaire.

Le redressement de l’économie nationale exige des options courageuses à lever pour rendre ce secteur vital performant. A l’état actuel de choses, au regard des contre-performances enregistrées par les entreprises publiques, la réforme envisagée demeure une initiative à encourager, car porteuse d’espoir. Mais cette réforme ne se réalise à la sauvette, au gré de certaines humeurs ou calculs mercantilistes qui aliéneraient les intérêts supérieurs de l’Etat.
Toute réforme doit définir clairement ses objectifs et obéir aux principes directeurs de toute action positive Privatisation ? Offre publique d’achat, Opa ? La transparence doit être de rigueur.
Au-delà du test de recrutement de nouveaux mandataires publics dans les entreprises d’Etat, il y a au bout du tunnel la réforme des sociétés du Portefeuille de Etat. Au niveau du gouvernement, une série de projets de lois a été apprêtée. Le premier porte sur la transformation des entreprises publiques. Le second est relatif au désengagement de 1’Etat et enfin le troisième a trait à la réforme du Conseil supérieur du Portefeuille.
Evidemment, c’est le premier projet de loi qui est intéressant pour autant qu’une fois adoptée, modifiera profondément le statut juridique de plusieurs entreprises publiques. Ce projet stipule que les entreprises publiques seront « soit transformées en sociétés commerciales dans lesquelles l’Etat pourra être l’actionnaire unique par dérogation aux principes contenus dans le Décret du 27 février 1887 sur les sociétés commerciales; soit transformées en établissements publics dans le but de régler la problématique du statut juridique de toutes les entreprises dites publiques, mais dont les activités sont en réalité le prolongement de l’Administration publique et n’ont pas de vocation lucrative , soit cédées à titre onéreux totalement ou partiellement, soit tout simplement dissoutes et liquidées dans la mesure où elles sont en faillite de fait, ou que leur activité économique ne se justifie plus... ». Tel est l’extrait essentiel de ce projet de loi.
Privatisation et Opa
Effectivement, la première question qui vient à l’esprit est celle de savoir si le gouvernement a déjà déclenché le processus de privatisation des entreprises publiques. Apparemment, la réponse serait affirmative, car le désengagement de l’Etat de ses entreprises du secteur marchand n’est rien d’autre que la privatisation de ces entreprises publiques.
Mais ce « désengagement » a-t-il été minutieusement étudié ? Certes, cette tâche d’évaluation des sociétés d’Etat a été confiée au Copirep qui a abouti à un certain nombre de conclusions. Notamment, celle portant transformation des entreprises publiques. Restructuration en d’autres termes. Mais sans pour autant mettre en doute la qualité du Copirep et son expertise, le fait d’avoir tenu à l’écart plusieurs partenaires sociaux dans ce travail de restructuration risque de conduire à une « privatisation sauvage ». Ce qui se traduirait certainement par une suppression à grande échelle des emplois, aggravant ainsi le chômage.
L’on craint également que dans cette tentative de privatisation des entreprises publiques, l’on débouche sur les Offres publiques d’achat, OPA. Une éventualité que ce projet de loi n’écarte pas parce qu’il est envisagé de céder à titre onéreux totalement ou partiellement ; soit tout simplement de les dissoudre et liquider dans la mesure où elles sont en faillite de fait, ou que leur activité économique ne se justifie plus.
C’est ici que les choses risquent de basculer dans le favoritisme, le clientélisme, jusqu’à aliénation des intérêts de l’Etat. La crainte consisterait à voir l’économie nationale être contrôlée par un « groupe de personnes » qui finira, au gré de ses intérêts, de dicter sa volonté au gouvernement. Cette réalité conduit indubitablement à un libéralisme « liberticide » avec des effets d’entraînement négatifs sur le processus politique en République démocratique du Congo.
Zaïrianisation, Gecamines et Sizarail:échecs
Pour éviter de tomber dans les erreurs du passé, il est important de se reporter sur le grand échec de la Zaïrianisation, l’atomisation de la Gecamines et la déconfiture de la Sizarail. Dans le premier cas, une réforme précipitée et non mûrement réfléchie mais adoptée sous les effets d’une hystérie politique a sonné l’hallali de l’économie congolaise.
L’atomisation ensuite de la GCM s’inscrit dans la même logique, soutenue par une obsession de quelques égoïstes déterminés à s’enrichir sans mesure, en si peu de temps. La décision a ainsi ouvert la porte à toutes sortes de vautours qui ont dépiécé la GCM et porter l’estocade contre l’économie Congolaise. Quant à Sizarail enfin, les faits parlent d’eux-mêmes.
Le chemin de fer a été démonté dans la mesure où Sizarail, qui avait hérité de la SNCC composée de l’Office des chemins de fer du sud, OCS: la Société des chemins de fer de l’Est, SFE; l’Office des chemins de fer de l’Uélé, CFU, a été cédée à des opportunistes et des mains inexpertes. Pire, ces nouveaux investisseurs n’ont apporté aucun capital. Ils se sont enrichis en utilisant les infrastructures ainsi que les ressources congolaises. Un vrai scandale digne de la maffia.
Au regard de ce qui se trame maintenant dans les cieux congolais, les « artistes de la prédation » s’organisent pour rééditer leur funeste exploit. Surtout qu’évoluant dans les méandres du pouvoir, ils ont plusieurs tours dans leurs manches, si pas de longs bras pour satisfaire leurs ambitions personnelles.
Les syndicats interpellés
Dans cet exercice de reconstruction nationale, la réussite repose sur la transparence et la bonne gouvernance. Il n’est donc pas trop tard que les Syndicats revendiquent à haute voix leur droit de partenariat.
Face à des réformes aussi importantes, il est criminel d’écarter certains partenaires sociaux, à l’exemple des syndicats. Tout le travail du Copirep se réalise à leur insu. A l’image de l’élaboration du projet de budget 2007. Il en sera certainement de même pour l’exercice 2008 quand on sait que ce document doit être déposé quasiment dans 45jours a l’Assemblée nationale.
Démarche solitaire. C’est le cas de le dire de cette réforme des entreprises publiques dès lors que les compétences nationales n’ont jamais été sollicitées ou consultées, c’est selon. Allusion faite ici à ces chambres de commerce qui sont de véritables noyaux des compétences économiques que l’on ignore superbement. Et pourtant, dans le cadre des relations bilatérales qu’elles entretiennent, ces chambres de commerce constituent des pépinières inépuisables, des banques de données incontournables susceptibles de soutenir des réformes d’Etat. Hélas! Elles sont ignorées.
Au demeurant, il n’est pas encore trop tard pour le gouvernement d’éviter des privatisations sauvages et des OPA assassines qui permettront que l’économie congolaise soit contrôlée par des étrangers. Ce qui placerait le processus politique en mal en cours, avec tous les dérapages significatifs qui en découleront. Les 5 chantiers de chef de l’Etat ne seront que des mirages. Puisque s’appuyant sur une économie fragile.
(Th)
Le Potentiel
Last edited: 27/07/2007 17:28:29