En effet, note Jean Ziegler, « l’argent de la corruption et du pillage des Etats du tiers-monde par des dictateurs autochtones et leurs complices est une des grandes sources de la fabuleuse richesse du paradis helvétique.

La Suisse pratique la libre convertibilité des monnaies. Sa neutralité politique, le cynisme et l’extrême compétence de ses banquiers incitent traditionnellement les dictateurs de tout acabit (...) à déposer en toute confiance le produit de leurs rapines au Paradeplatz de Zurich ou rue de la Corraterie, à Genève (Ibidem, p.99).
En d’autres termes, la Suisse est l’un de ces paradis artificiels où se cache l’argent des « invulnérables de ce monde ». Trahir le secret bancaire serait chambarder le fondement néolibéral de la conception politico-économique de ce pays. Mme Micheline Calmy-Rey est-elle disposée à payer ce prix ? Nous en doutons.
Pour une approche globale de la question de l’argent de Mobutu
Les réactions de certains médias congolais aux « révélations de la présidente de la Confédération helvétique » trahissent une approche assez superficielle de la question de l’argent de Mobutu, constituant une importante partie de notre « dette odieuse ». Le dernier Maréchal du Zaïre était « un système ». Si le CADTM, le Sénat belge et Victor Nzuzi exigent un audit sur la dette du Congo, c’est parce qu’il y a des responsabilités à établir et cela à plusieurs niveaux. Qui a donné de l’argent à Mobutu ? Quelle destination cet argent a-t-il pris ? De la Banque mondiale et/ou du FMI aux banques intermédiaires ; de celles-ci aux différents ministres du budget ou des finances du Congo-Zaïre ; de ceux-ci aux différents premiers ministres et directeurs de cabinet il y a toute une filière des dinosaures devant être démantelée si nous voulons que la question de l’argent de Mobutu soit réglée de manière un peu plus globale.
Donc, en plus d’une approche de la dette du Congo impliquant le rôle et l’interpellation des paradis fiscaux (et de tous les autres intermédiaires), il faut trouver « mieux » comme le souligne si bien l’Apostropheur du Potentiel. « Et ce ‘mieux’, de l’avis des observateurs avisés, réside dans les rapports du panel des experts des Nations unies sur le pillage des ressources naturelles de la RDC, des biens mal acquis répertoriés à la Conférence nationale souveraine (CNS), des commissions parlementaires Bakandeja et Lutundula ainsi que dans ceux de la Cour des comptes ».

Insistons. A la suite d’Eva Joly et des membres actifs du CADTM, nous sommes de plus en plus convaincu que le blanchiment d’argent se fait en réseau et qu’ « il vaut mieux frapper là où l’argent se cache » (E. JOLY, « La force qui nous manque », Paris, Arènes, 2007, p. 172.). Il faut « empêcher les paradis fiscaux d’abriter des structures qui favorisent la dissimulation des fonds provenant de la corruption, de l’exploitation illégale des ressources des pays en voie de développement, du détournement de fonds publics et de la fraude fiscale. Empêcher le blanchiment de fonds illégalement détournés des pays pauvres via des investissements dans les pays riches » (Ibidem, p. 175).
Cela n’est possible que dans les interstices que ceux et celles qui ont « la force qui nous manque » créent pour « nouer des alliances avec les pays flouer par l’opacité des trusts et des paradis fiscaux, et peser sur ceux qui refusent le renforcement du contrôle des paradis fiscaux. Empêcher les pays développés d’user d’instruments légaux pour bloquer le rapatriement des fonds » (Ibidem, pp. 175-176).
(Yes)J.P. Mbelu/Le Potentiel
Last edited: 21/07/2007 13:45:28