Le traitement administré par le président de l’Assemblée nationale aux sensibles dossiers des députés invalidés et de Kahemba débattus à la chambre basse du Parlement sauve sans doute l’honneur de celle-ci mais n’appelle pas moins l’urgence de rééquilibrage des institutions.

Sacré Kamerhe. Le Président de l’Assemblée nationale a incontestablement du talent et tous les observateurs l’admettent. Il a aussi de l’avenir et cela ne choque personne. Vital, il vient de démontrer à quel point il n’a pas usurpé son prénom en conduisant à son terme, là où son adjoint avait fait part de ses scrupules sur la question des arrêts de la Cour Suprême, à son terme une session extraordinaire plus que délicate avec des dossiers comme l’invalidation des 18 députés et le rapport Kahemba.
Dans le premier cas, les observateurs reconnaissent volontiers à Vital Kamerhe le mérite d’avoir su éviter une crise politique et, dans le deuxième, d’avoir réussi à redonner de la voix à une Assemblée nationale, déjà soldée dans l’affaire Kahemba, sans en arriver au bras de fer tant redouté avec le gouvernement.
Comité central
Il restera, naturellement, à compter les gains et à capitaliser les dividendes, en termes de fonctionnement de la démocratie, d’un exercice qui n’a pas toujours été sans reproche, dans sa tentative de surajouter de nouvelles règles, non écrites, dans le fonctionnement des institutions de la République, au risque de verser dans te mélange des genres. C’est-à-dire sans que l’on sache qui va écrire ces nouvelles règles et quel équilibre, quel nouveau régime ces dernières pourront induire alors que nous n’avons pas fini d’expérimenter celui du 18 février 2006.
Sans doute Vital Kamerhe est-il là dans son véritable rôle, celui de vrai chef de la majorité, soucieux de rééquilibrer le jeu institutionnel au profit du Chef de l’Etat, sans nécessairement prendre garde à ne pas présidentialiser un régime dans lequel le gouvernement a souvent paru à la traîne sur des sujets sensibles comme les événements du 22 mars, les affaires Kahemba et Bundu dia Kongo. On peut, ainsi, se demander à quelle catégorie constitutionnelle appartient la réunion interinstitutionnelle proposée au sortir de la dernière session extraordinaire de l’Assemblée nationale. C’est-à-dire, à contrario, si une telle structure peut prendre des décisions, de quel genre et pour les imposer à qui dès lors qu’elles sortiraient visiblement du cadre constitutionnel.
Ce ne sont pas les exemples qui manquent. Ainsi une majorité claire qui se prononce, à l’Assemblée nationale, pour le rejet des arrêts de la Cour Suprême, mais qui n’a pas le courage d’aller jusqu’au bout de sa logique en termes de demande de clarification du jeu institutionnel. Une majorité qui choisit, en désespoir de cause, d’exécuter les mêmes arrêts qu’elle n’a cessé de vilipender, posant du coup, et c’est un minimum, un problème à la fois politique et moral.
A la limite, l’Assemblée nationale n’avait qu’à aborder la question selon les compétences et les limites que lui reconnaît la Constitution; à faire son rapport au Président de la République qui prendrait à son niveau des initiatives conformes à ses prérogatives, y compris en matière de révision constitutionnelle ; à faire des recommandations au gouvernement ainsi qu’aux Cours et Tribunaux pour les inviter à faire le constat de ce qui ne marche pas dans leur fonctionnement et d’en tirer les conséquences.
A la place, le Président de l’Assemblée Nationale a privilégié une initiative, certes flatteuse pour le Chef de l’Etat replace au cœur du jeu institutionnel, mais qui n’en constitue pas moins une entorse à la Constitution dès lors qu’elle invente une structure interinstitutionnelle aux contours et compétences mal définis. Au risque de nous ramener à l’époque révolue d’un Comité Central décidant de tout et sur tout.
Nouvelles règles

Idem pour le dossier Kahemba. Court-circuitée par le gouvernement qui avait décrété, dès le 16 juin 2007, qu’il n’y avait ni occupation ni déplacement des frontières ou des populations, l’Assemblée nationale n’avait plus d’autre alternative que de courir derrière une crédibilité mise à mal. Et l’exécutoire aura été cet exercice d’apparence démocratique mais qui n’a été en réalité qu’un défouloir collectif pour des députés décidés à déverser toute leur bile sur un gouvernement accusé de haute trahison mais qu’ils n’ont jamais eu à cœur de sanctionner.
Là aussi, l’artiste a un nom : Vital Kamerhe, plus que jamais déterminé à ramener le pouvoir là où il doit être. L’honneur sauf ( ?), chacun peut donc s’en tirer à bon compte et Vital Kamerhe se féliciter à juste titre d’avoir réussi à éviter aux institutions de se regarder dans les yeux. Mais en encourageant l’Assemblée nationale à se dessaisir de certaines de ses compétences, au mieux en faveur du Chef de l’Etat, au pire en faveur d’une structure institutionnelle mal définie, le Président de l’Assemblée nationale n’est-il pas en train d’inventer, sans l’avouer ou sans le savoir, un nouveau régime? Enfin, la jeune démocratie congolaise sort-elle gagnante d’un exercice qui consiste à reconcentrer le pouvoir au sommet là où le principe est de le partager et de le décentraliser?
On peut, pour le moins, en douter. Surtout lorsqu’on analyse la riposte du Ministère de l’Intérieur telle qu’elle s’est dégagée d’une émission sur une chaîne de télévision privée jeudi dans la soirée. Une émission qui a semblé -c’est un euphémisme - être une remise en cause du rapport de la Commission Lumbala.
C’est vrai qu’à sa décharge, Vital Kamerhe est brillant, sans doute même trop brillant. Un style tout en flegme, jamais tranché mais qui s’adapte à chaque situation. Un dialecticien talentueux qui sait prendre les députés à l’usure. Comme sur ce rapport Kahemba trop attendu et qui n’a été débattu, comme par hasard, qu’à la clôture de la session, laissant du coup au gouvernement le loisir d’asséner ses propres vérités tout au long des vacances parlementaires sur un terrain médiatique évacué par les députés.
Vital Kamerhe, c’est enfin un style qui sait allier la fermeté et l’humour. Qui ne dédaigne pas les digressions. Qui sait détendre et provoquer, au point de s’attarder sur les embrassades de certaines députées avec leurs collègues, ou de se gausser de cette vérité crue selon laquelle chacun de nous « a toujours son appareil ». Il faut vraiment le faire et Vital Kamerhe a justement réussi l’incroyable tour de force de faire admettre à nos députés- mais y croient-ils ? - qu’une commission mixte au sein de laquelle siégerait une RDC divisée ou affaiblie aux côtés de l’Angola et de la Belgique, qui s’étaient déjà si bien entendus du temps du défunt CIAT, était de nature à préserver les intérêts de la RDC ou de faire triompher le point de vue de l’Assemblée nationale.
A juste titre, la pratique politique enseigne que pour contourner une question qui embarrasse, la meilleure procédure est de créer une commission. Après tout, qui donc aurait besoin d’une crise dans la situation actuelle de notre pays ? Sans doute pas Vital Kamerhe dont le brio et la fidélité sont le gage le plus sûr d’une carrière politique qui promet. Ni les députés qui se sont, après tout, joyeusement défoulés. Ni aucun Congolais, en désespoir de cause convaincu que le nationalisme n’a jamais nourri son homme.
Déjà des manifestations anti-Angola
Les expulsions massives des Congolais du sol angolais dont on assiste ce dernier temps, ne cessent de défrayer la chronique. Nombreux sont les esprits qui sont choqués suite aux actes de viol, torture, extorsions, expropriations que les militaires et policiers angolais infligent aux Congolais expulsés de leur territoire.
L’Ong la Voix des Sans voix pour les Droits de l’Homme (V.S.V.) s’est insurgée contre cette flagrante violation des Droits de l’homme à travers un double sit-in organisé hier, au Palais du peuple et à l’ambassade de la république d’Angola à Kinshasa: Bandeau blanc autour de la tête, sifflets suspendus entre les lèvres, drapelets et banderoles à la main, les défenseurs des Droits de l’homme ont fait un sit-in remarquable d’abord au palais du peuple puis, à l’ambassade angolaise.

Sur les banderoles et drapelets, on pouvait lire : « VSV exige toute la lumière sur les expulsions sauvages et barbares des Congolais de l’Angola, le bilan des morts, des blessés et des disparus », « Nous exigeons l’expulsion de Monsieur Joao Batista Mawete, l’ambassadeur d’Angola en RDC pour banalisation de mauvais traitements infligés aux Congolais expulsés », « Non à l’occupation d’une partie du territoire de Kahemba par l’armée angolaise » etc.
Après plus d’une heure de manifestation au Palais du peuple, le président de la VSV, Floribert Chebeva et ses collaborateurs ont été reçus par le président de l’Assemblée nationale Vital Kamerhe, a qui, ils ont remis un mémorandum, après lecture par Mme Thérèse Mujinga.
Dans ce document, la VSV a relevé la coïncidence de ces expulsions à qui interviennent qu’au moment où la communauté tant nationale qu’internationale cherche à régler le dossier Kahemba. Pour cette Ong, quelles que soient les raisons avancées par le gouvernement angolais, rien ne peut justifier les traitements cruels, inhumains, dégradants et autres atrocités que l’Angola continue d’infliger aux ressortissants congolais. Enfin, la VSV a exigé à Vital Kamerhe la mise en place d’une commission d’enquête internationale indépendante pour établir les responsabilités des parties, en vue de tirer une fois pour toutes les conséquences politiques, diplomatiques, économico-financières et judiciaires.
Pour sa part, le président de l’Assemblée nationale a salué la démarche pacifique de VSV. Car, il estime que nous devons privilégier le dialogue. M. Kamerhe a promis toutefois, d’adresser une lettre au Premier ministre pour que toute la lumière soit faite. Par ailleurs, il a laissé entendre que des mesures humanitaires seront prises en faveur des compatriotes expulsés d’Angola.
Un autre mémorandum a été lu devant l’ambassade d’Angola et fut réceptionné par l’ambassadeur Joao Batista Mawete lui-même. Pour ce diplomate, ces expulsions ne visent pas que les Congolais, mais tous les sujets étrangers vivants dans les zones minières.
(Th)Kenge Mukengeshayi- Freddy Kilubi/Le Phare
Last edited: 20/07/2007 15:25:10