En principe, Louis Michel, le Commissaire européen au Développement et à l’Aide humanitaire, devrait arriver incessamment à Kinshasa en mission de conciliation au profit du retour au pays de Jean-Pierre Bemba et, par association d’idées, à la recherche des voies et moyens pour empêcher une possible connexion d’intérêts entre le leader du Mlc et le général dissident Laurent Nkundabatware.

Trois hommes d’Etat belges se bousculent au portillon de la République démocratique du Congo au cours des ces dix derniers jours : André Flahaut, Karel De Gucht et Louis Michel, respectivement ministre de la Défense pour le premier, ministre des Affaires étrangères pour le second, et, le troisième, Commissaire européen au Développement et à l’Aide humanitaire.
Si apparemment le premier justifie sa présence au pays de Joseph Kabila à la plaidoirie qu’il fait en faveur d’un partenariat militaire concret entre le Royaume de Belgique et la République démocratique du Congo et l’extension de ce partenariat à d’autres pays européens sur base des actions visibles et palpables, il se vérifie que cette vision procède de la volonté du gouvernement belge de contribuer à redonner à la RD Congo une armée de dissuasion forte capable de préserver l’intégrité nationale aujourd’hui menacée dans ses frontières par des promenades de santé effectuées sporadiquement par des éléments armés provenant des pays voisins.
De même qu’est constitué un souci partagé par le pouvoir de Kinshasa et la communauté internationale la porosité des frontières nationales qui expose depuis des lustres le pays à des actes de brigandages et d’exploitation des ressources naturelles du sous-sol congolais par des bandes des pillards et des milices armées opérant, en Ituri plus particulièrement, comme aux confins des deux provinces du Grand Kivu avec la participation intéressée des éléments de l’armée régulière qui échappent à la main mise de la haute hiérarchie militaire.
Quant à la présence de Karel De Gucht à Kinshasa, elle se situe sept mois après sa dernière visite en République démocratique du Congo. Le séjour kinois du chef sortant de la diplomatie belge l’a mis en contact avec plusieurs personnalités politiques de la République, particulièrement celles ayant dans leurs attributions les questions touchant à la sécurité, tout en se situant aussi dans l’opposition.

La démarche de l’homme d’Etat belge n’est sûrement pas sans relation avec la situation d’insécurité récurrente qui prévaut à l’Est de la RD Congo où, selon certaines sources crédibles, existerait la menace de plus en plus grandissante d’une nouvelle guerre. Les hauts faits d’armes des hommes de Laurent Nkundabatware, cet ancien général déclaré hors-la-loi par le gouvernement central pour ses actes de sédition répétés et ses défis permanents à l’endroit de ce même pouvoir central, ne sont guère étrangers aux inquiétudes qui étreignent les responsables de la communauté internationale, ceux-là même qui se sont donnés tant et tant de mal pour ramener la paix dans ce pays qui sort de près de vingt ans de chaos politico-administratif ponctué par deux guerres fratricides dictées par des velléités d’accaparement du pouvoir par les armes.
Ces deux guerres sont la preuve que le Dialogue intercongolais qui s’est tenu deux ans durant en Afrique du Sud n’a pas réglé la question des ambitions politiques des acteurs politiques congolais, ni non plus étouffé dans l’œuf l’obsession du pouvoir de Kigali d’aider à la création, à sa frontière avec la RD Congo au Kivu, d’un Etat féodal qui lui procurerait, de par son sous-sol riche en minerais stratégiques, les moyens de son développement pour la longue durée.
Laurent Nkundabatware est à cet égard l’instrument par excellence de l’exécution du plan de l’expansionnisme territorial du Rwanda au détriment de la République démocratique du Congo.
Jean-Pierre Bemba : le piège fatal d’une éventuelle connexion avec Nkundabatware !
Dans cette perspective, il ne peut pas être compréhensible que Jean-Pierre Bemba, qui a, à maintes reprises depuis sa débâcle politique et militaire, déclaré urbi et orbi sa volonté de ne plus rechercher la conquête du pouvoir par les armes, et de participer à la reconstruction nationale en s’installant dans une Opposition démocratique donnerait de sa personne une image de prosaïsme qui nuirait irrémédiablement à la poursuite de sa carrière politique.

Tant il reste vrai que s’il succombait aux sirènes de la conclusion d’un pacte d’association avec Laurent Nkundabatware, il va de soi qu’il commettrait la maladresse fatale qui le précipiterait dans les abysses de la violation de la Constitution. Rien, mais alors aucun parrainage politique national ni international, mis à part son extrême impatience à ne pas s’accommoder aux impondérables du temps – temps d’attente nécessaire à la venue de l’alternative s’entend - ne saurait le soustraire de l’opprobre qui l’attend s’il qui se terre dans les forêts de Walungu.
Car, sauf démenti de sa part, lui Jean-Pierre Bemba est un nationaliste, à la différence de Laurent Nkundabatware qui n’est qu’un laquais commis par un pouvoir étranger à une tâche spécifique : celle de démembrer une partie de la République. Et d’aller à l’encontre du principe sacré de l’intangibilité des frontières nationales héritées du découpage de l’Afrique en 1885 à la Conférence de Berlin.
Louis Michel n’aura sans doute pas manqué de lui déconseiller de tomber au piège de cette tentation de reprendre la route du maquis pour se venger de son mécompte électoral.
Clément Vidibio / MMC
Last edited: 17/07/2007 18:22:04