Rentrera ? Ne rentrera-t-il pas au pays à la fin de ce mois après l’expiration du temps de séjour qui lui a été accordé par le Sénat pour se remettre de son bobo ? L’interrogation est à la une de quelques journaux parus à Kinshasa ce lundi matin 16 juillet et l’annonce de la mission qu’il a confiée à Louis Michel auprès de Joseph Kabila fait tiquer les sceptiques.

Sous des titres divers en rapport avec le retour hypothétique au pays du leader du Mlc, la presse kinoise rapporte ce lundi matin 16 juillet 2007avec des commentaires divers l’entretien que Jean-Pierre Bemba a eu vendredi 13 juillet dernier à Faro, à 300 kilomètres de Lisbonne avec le Commissaire européen Louis Michel.
Ces journaux font état du communiqué rendu public ce même vendredi 13 juillet à Bruxelles par le Commissaire européen qui, ambassadeur et ou avocat de l’ancien vice-Président congolais Jean-Pierre Bemba, a accepté de plaider pour la chapelle de ce dernier en faveur de son retour. Un retour qu’il redoute au regard de ce qui l’attend après les affrontements particulièrement meurtriers des 22, 23 et 24 mars 2007 à Kinshasa entre des éléments de sa milice privée et les soldats de l’armée régulière. Ces affrontements ont laissé à carreaux entre 150 et 500 personnes mis sur le dos de l’ancien vice-Président. A cause de son entêtement à refuser l’ordre que lui a enjoint la haute hiérarchie de l’armée de se séparer de sa garde militaire et de se contenter d’une unité de la police pour sa sécurité personnelle. Mais, en réalité parce qu’il a n’a jamais digéré sa défaite électorale, ni jamais accepté la victoire pourtant régulière de son concurrent.
Aldo Ajello, alors envoyé spécial de l’Union européenne dans la région des Grands Lacs, grand connaisseur du dossier congolais avait circonscrit les tumultes dérivant des affrontements militaires du mois de mars 2007 en en attribuant la responsabilité au « Chairman ».
A cet effet, on l’a entendu dire sans détour et sans mettre le bâillon : « Le malheur de Jean-Pierre Bemba est de ne refuser de reconnaître Joseph Kabila comme son vainqueur, et partant comme le Président de la République » ! Ce qui explique, a renchéri le diplomate européen, l’outrecuidance qu’il a eu à en remontrer à l’opinion qu’il pouvait mettre à mal les nouvelles institutions démocratiquement élues, notamment en donnant la mesure de sa puissance militaire.
On sait de quelle manière on lui a rabattu le caquet, et de quelle façon il a perdu de sa superbe sur le plan militaire.
Avec le dévolu qu’il a jeté sur Louis Michel pour jouer Monsieur les bons offices entre lui et celui dont il a effrontément affirmé qu’il « lui a volé la victoire », doit-on se résoudre à penser qu’il est aujourd’hui revenu à de meilleurs sentiments, et qu’il a enfin compris les leçons du mois de mars dernier, et qu’il a eu tort de se comporter comme du temps où il n’avait en tête que l’obsession de la conquête du pouvoir la force des armes ? Rien n’est moins sûr. Ce qui est plutôt sûr, c’est que, en acceptant la mission de médiation que lui a confié son mentor circonstanciel, Louis Michel commettrait une imprudence monstrueuse en pensant que le leader du Mlc a comme par un tour de passe passe renvoyé aux enfers ses vieux démons, et que le procureur général de la République a subitement perdu de vue que quelqu’un, et pas n’importe quel quidam devrait répondre des tueries qui ont suivi la décision de la haute hiérarchie des Forces armées de la République démocratique du Congo de retrait de ses éléments commis à la garde de toutes les personnalités, et leur substitution par des éléments de la police.
Tout la problématique du retour de Jean-Pierre Bemba au pays réside dans cette situation qui relève désormais du ressort de la justice, rien que de la justice.

En effet il est mal advenu à un homme qui, comme le Commissaire européen Louis Michel, d’oublier que grâce aux efforts inlassables déployés la communauté internationale et la contribution financière astronomique que cette dernière a consentie que la volonté de Joseph Kabila d’emmener la République démocratique du Congo aux élections, et qu’aujourd’hui ce pays fait bon gré mal gré le dur apprentissage d’entrer dans l’Etat démocratique. Or qui dit Etat de droit laisse postuler les prémisses de la séparation des pouvoirs.
Il reste à supposer qu’en acceptant de jouer les bons offices dans cette affaire, le Commissaire européen a bien fait de s’assurer des réelles bonnes intentions de l’ex vice-Président à l’endroit du nouveau pouvoir, et que derrière les boniments qu’il s’est laissés béatement raconter ne se cachent pas des coups fourrés qu’il pourrait utiliser dès que se seront dissipés les ennuis qui l’attendent au prétoire.
Déjà, la petite phrase contenu dans le communiqué diffusé par Louis Michel à Bruxelles le 13 juillet dernier est révélateur de la suspicion dont il convient d’entourer les véritables intentions de JP Bemba quand il affirme que celui-ci « prend l’engagement de reconnaître à la majorité présidentielle le bénéfice du doute … » ! Tel qu’affirmé, pareil engagement ne laisse planer aucun doute sur les convictions intimes de l’homme quant à la légitimité de celui qui incarne le pouvoir actuel.
Pays de droit longtemps confirmé dans sa pratique quotidienne de la démocratie, la France ne se fait pas du mouron à soustraire son tout dernier ex Président de la République Jacques Chirac ainsi que son dernier Premier ministre Dominique De Vilpain des griffes de la justice. Cette affaire qui relève de l’indépendance de la magistrature de préoccupe aucun Français comme l’affaire en concerne en République démocratique du Congo où un ancien vice-Président de la République va avoir maille à partir avec la justice de son pays.
Que la justice congolaise fasse la démonstration qu’elle veut instruire une affaire criminelle mise à charge d’un homme politique ne devrait nullement donner lieu aux interférences du genres de celles que va tenter de faire Louis Michel dont du reste on a de sérieuses raisons de croire qu’il n’a pas accepté de faire cette médiation sans en avoir mesuré les vrais paramètres ni circoncis les limites de son intervention. L’exemple de ce qui arrive en France à Jacques Chirac et à Vilpain devrait lui inspirer autant de tact que de prudence.
Et puis, s’accrocher comme fait Jean-Pierre Bemba aux conditions de sa propre sécurité comme il n’a cesse de l’exiger a l’air de cacher quelques appréhensions justifiées par l’exploitation qu’on peut être emmenée à faire au regard de l’insécurité galopante qui secoue l’Est du pays et, plus près de nous la capitale elle-même. Nous pensons enfin qu’avant d’accepter cette mission par trop superfétatoire, le Commissaire européen au Développement a tôt fait d’expliquer en long et en large à son interlocuteur tout le contour de la loi sur le statut de l’Opposition que le Parlement vient d’adopter, et qui est de nature à dissiper toutes les craintes, fondées ou supposées dont il se nourrit ; lui comme les membres de l’Opposition sur les garanties de sécurité que cette loi leur accorde.

Mais, après tout, quel est ce Congolais qui peut se targuer aujourd’hui d’être à l’abri des actions d’insécurité de quelques mauvais citoyens en rupture de ban avec les lois, et qui écument toutes les nuits dans les quartiers de Kinshasa, semant mort et désolation dans les familles ? C’est dire qu’il n’y a pas que les politiciens qui s’inquiètent au sujet de leur sécurité.
Si dans les pays de vieille tradition démocratiques personne n’est au-dessus de la loi, il ne doit pas en être autrement en République démocratique du Congo qui en est aux balbutiements de l’expression démocratique.
En France pour ne citer que ce pays, moins de trois mois après avoir quitté le pouvoir, les deux têtes du pouvoir français font l’objet des attentions soutenues des magistrats qui ont sorti des cartons certaines affaires judiciaires pendantes.
Et si le Congo « new deal » né de l’expression populaire des urnes a quelque compte à demander à un personnage qui en a à lui fournir urnes pour l’une ou l’autre raison, il convient de laisser la magistrature le droit d’user de son pouvoir en, usant de subterfuges comme du genre de celui qui a mis Louis Michel dans l’axe qui relie Joseph Kabila à son challenger au second tour de la présidentielle.
Certes, le Commissaire européen a accepté la médiation que lui a confiée Jean-Pierre dans un souci de contribuer à la réconciliation des deux hommes. Mais a-t-il sondé les dispositions réelles de son mandant au cours de l’entretien qu’il a eu avec lui il y a deux jours au Portugal où il vit en quasi exil non déclaré ?
Correspondance particulière/MMC
Last edited: 16/07/2007 18:12:01