A travers les différents textes examinés, le prêtre autochtone est présenté sous un jour sombre aussi bien du temps de la colonisation que sous le soleil des indépendances.
Pour ces trois écrivains donc, il n’existe presque pas de distinction entre les missionnaires et les conquérants européens. Les prêtres, les pasteurs et les colonisateurs, croient, ont joué des rôles complémentaires lors de la conquête et de la colonisation du continent africain. C’est l’idée qui se dégage, par exemple, de ces vers de L.S. Senghor: « Ils sont venus Civilisation
Bible sur le bras Fusils en mains
Les morts se sont entassés
L’on a pleuré
Et le tam-tam s’est tu
Silence profond comme la mort »
En littérature congolaise de langue française, la peinture de la religion chrétienne se manifeste, pour la première fois, sous la plume de V.Y. Mudimbe dans son roman Entre les eaux (Dieu, un prêtre, la révolution) (Paris, Présence Africaine, 1973). Pierre Landu, dans ce texte, est un prêtre de l’Eglise catholique romaine fortement occidentalisé qui se sent écartelé entre des exigences contradictoires. Sa vocation de prêtre et le désir de servir son peuple vont le pousser jusqu’à entrer dans un maquis des rebelles. Ne réussissant pas à s’adapter à ce monde trop brutal, il revient vers le couvent. Un roman qui est consacré au prêtre autochtone est l’Ecclésiastique de Luamba N.K. (Paris, La Pensée universelle, 1975).
Le Révérend Père Léon, curé de la paroisse de Polombou, vit dans un luxe qui scandalise les fidèles chrétiens. De plus, il entretient des relations coupables avec une jeune fille fiancée, Thérèse, tout en continuant de prêcher la chasteté et la pauvreté du haut de sa chaire. Et même lorsqu’il sera nommé évêque à la fin du roman, le curé de Polombou ne changera rien à sa conduite.
Analysant aussi ces deux romans congolais dans sa dissertation doctorale titrée la conversion au christianisme dans le roman africain de langue française (Belgique, Université catholique de Louvain, Faculté de Philosophie et Lettre, 1985), la soeur Tshibola Kalengayi écrit « A travers les différents textes examinés, le prêtre autochtone est présenté sous un jour sombre aussi bien du temps de la colonisation que sous le soleil des indépendances ».
Professeur Alphonse Mbuyamba Kankolongo
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