Les cinéphiles kinois qui ont visionné pour la première fois le film « Les Habits neufs du Gouverneur » de Ngangura Mweze ont apprécié cette œuvre réalisée depuis 2005.

Le film « Les habits neufs du Gouverneur » du congolais Dieudonné Ngangura Mweze a reçu un accueil favorable des cinéphiles qui ont assisté mercredi au Centre Wallonie-Bruxelles (Cwb) de Kinshasa à sa grande première, en présence de son réalisateur ainsi que de quelques acteurs et membres de l’équipe technique qui ayant concouru à la réalisation de cette œuvre.
Les applaudissements nourris ayant sanctionné la fin de la projection sont un témoignage de spectateurs qui ont félicité le réalisateur, en dépit de quelque problème- banal d’ailleurs- en ce qui concerne la lumière du film(et non de la salle). Le réalisateur qui a aussi fait le même constat va certainement donner les plus amples explications à ce sujet au cours d’un point de presse qu’il animera dans les tout prochains jours à Kinshasa.
Mais avant le début de la projection, le directeur adjoint du Cwb, M. Bren Tshibanda a souhaité la bienvenue aux spectateurs en soulignant l’année 2007 a été décrétée année du cinéma dans cette structure de rayonnement culturel en donnant la parole aux cinéastes congolais.
Hier, a-t-il rappelé, c’était le tour de Balufu et aujourd’hui nous recevons Ngagura Mweze. « Nous avons déjà sélectionné une vingtaine de films à travers le pays et nous tendons vers l’organisation d’une semaine de cinéma congolais. », a dit Bren Tshibanda.
Pour sa part, Ngagura Mweze à remercié les spectateurs. Vous êtes le premier public (congolais) de ce film. C’est très important, a-t-il insisté en remerciant et en présentant aussi les membres de son équipe. « Merci pour le travail abattu car on sait quand le film commence mais on ne sait pas quand il se termine », déclaré le réalisateur de « Les habits neufs du gouverneur ».
Celui-ci a aussi précisé que cette œuvre est un film musical dans lequel il n’y a pas de dialogue de manière formelle. Mais, les dialogues sont exprimés par des paroles de la musique. (Comme dans une opérette, dans une composition de Alain Makaba). Ngagura Mweze a aussi annoncé quelques uns de ses projets dont un documentaire déjà en préparation.
Hommage à la « Rumba Congolaise »
Adaptation de la célèbre histoire « Les habits neufs de l’empereur » de l’écrivain danois Hans Christian Andersen, est un hommage à la « Rumba Congolaise », style musical qui soutient le film du début à la fin. Cette musique peut être considérée comme l’une des grandes richesses nationales et le genre musical le plus connu et le plus apprécié en Afrique. Elle est également sur le plan national l’élément fédérateur de toutes les populations congolaises.
Interprété par les stars de la musique congolaise moderne tels que Papa Wemba, Bébé Tshanda, Félix Wazekwa, Marie Misamu, Adolphe Doiminguez Dominguez, Simaro Lutumba, Emeneya Kester, Reddy Amisi, Madilu Barly Baruti, Dieudonné Kabongo …ce film de 85 minutes est l’histoire de Feli, (rôle incarné par le musicien Félix Wazekwa) un fonctionnaire marié à Mopaya (rôle joué par Marie Misamu) et qui devient le Gouverneur de Zerbo, une riche province. Mopaya est originaire de Krowa, une autre province mais qui est en conflit avec le Zerbo.
L’Histoire
Papa Fox qui est le chef de la Sécurité du Palais du Gouverneur joue de la machination en faisant entrer dans ce palais duex larons (King Kester Emeneya et Reddy Amisi). Ces derniers qui se font passer pour des tissérands-tailleurs confectionnent pour le Gouverneur un tissu « invisible aux sots et aux dirigeants incompétents » et avec lequel il se présente au stade où la population habituée à la flatterie applaudi le Gouverneur pour sa tenue qui pourtant le rend ridicule. C’est seulement son fils Petit Prince (Bébé Tshanda) qui va faire remarquer à son père son état de nudité.
Outre le thème central de la corruption du pouvoir plusieurs autres thèmes se dégagent de ce film. Il s’agit de la réconciliation, du conflit.
«Les habits neufs du gouverneur » qui est le premier long métrage de Ngangura Mweze a été réalisé en 2005 ».
D’où, la nécessité de promouvoir cette œuvre qui est susceptible de contribuer à la paix et au dialogue entre les peuples surtout dans le continent africain, plus particulièrement en Rdc, un pays qui est dans sa phase de réconciliation d’abord avec lui-même et ses voisins. Sur le plan interne, il est prévu une tournée de ce film à Kinshasa, Lubumbashi, Mbandaka, Kisangani, Goma et Bukavu.
Les autres projections
Ce vendredi 28 juin, il est prévu une soirée de gala suivie de la vente des support Dvd au Grand Hôtel de Kinshasa (Ghk) ; du 1èr au 30 Juillet: projections publiques à Kinshasa tandis que du 15 au 31 Juillet ce film ira à l’assaut de Kisangani, Bukavu et Goma.
Selon les commentaires, « Les habits neufs du Gouverneur » a été fort apprécié par le public populaire africain comme en témoigne le très chaleureux accueil au Cameroun (Festival Ecrans Noirs), au Bénin où il a obtenu le prix du public (Festival International du film de Ouidah) et au Maroc (festival du cinéma africain de Khouribga, prix de la meilleure musique).
Le réalisateur
Dieudonné Ngangura Mweze est né en 1950 à Bukavu. De 1970 à 1975, il étudie la réalisation cinéma à l’Institut des Arts de Diffusion (Iad) à Bruxelles. De 1976 à 1985, il est chargé des cours dans trois instituts supérieurs à Kinshasa : Institut National des Arts (Ina), Institut de Sciences et Techniques de l’Information « Isti » ( actuellement Ifasic) et Studio-Ecole de la Voix du Zaïre (Sevoza)
En 1980, Il réalise un documentaire “Chéri-Samba” (26 min), portrait d’un jeune peintre populaire de Kinshasa, suivi en 1983 par “Kin-Kiesse ou les Joies douces amères de Kinshasa–la -Belle”, un regard amusé et amusant sur l’ambiance de la capitale congolaise. “Kin-Kiesse” obtint le prix du meilleur documentaire à Ouagadougou (FESPACO ‘83), à Hammamet (Cirtef ‘83), et fut sélectionné pour Input’86 à Montréal.
En 1985, Mweze Ngangura achève l’écriture d’une première version du scenario “La vie est belle”(80’), grâce a un stage organisé par le Ministère Français des Relations Extérieures, et en 1986, il effectue un stage à la Commission des Communautés Européennes dans le cadre de “Contact-Magazine”, un magazine télévisé destiné aux pays AcpP (Afrique- Caraïbes-Pacifique). Depuis 1986, Mweze Ngangura travaille comme cinéaste indépendant. Sa maison de production congolaise “Sol’œil-Films” a co-produit “La Vie est Belle”, long-métrage qu’il a co-réalisé avec le cinéaste belge Benoît Lamy, qui fut un succès populaire en Afrique. Depuis lors, il a créé Films-Sud sprl en Belgique, où il vit actuellement.
En 1992, il réalise “Changa-Changa , Rythmes en Noir et Blanc”, documentaire réalisé à Bruxelles et où musique et rencontre interculturelles s’enrichissent mutuellement.
En 1994, il réalise « Le Roi, la Vache et le Bananier, chronique d’un retour au royaume Ngweshe », un documentaire de 60 minutes plusieurs fois primé et l’année suivante, « Lettre à Makura : les derniers Bruxellois », un regard d’un ethnologue africain sur les marolliens, la plus ancienne communauté bruxelloise.
En 1997, il réalise “Le Général Tombeur” un documentaire de 26’ relatant I’histoire de Bukavu depuis l’expédition du général Charles-Henri Tombeur en 1914-18 jusqu’aux événements actuels, c’est la mémoire d’une ville charriée par un bateau.
En 1998, son long métrage “Pièces d’identités obtint le grand prix Etalon de Yennengas qui récompense tous les deux ans le meilleur film africain au Fespaco (Festival Panafricain du cinéma de Ouagadougou). En 2000, il réalise “Au Nom de mon Père, un documentaire (50 minutes) sur un jeune infirmier congolais qui ne rêve que de rentrer chez lui au Congo.
Boni Tsala/ MMC