Pour le récompenser d’avoir donné ses terres à l’Eglise et ses deux fils à la « guerre où ils ont trouvé une mort glorieuse pour la France, le Haut–Commissaire décide de l’honorer de la médaille de l’amitié euro –noire.
La religion comme thème apparaît, pour la première fois en littérature africaine de langue française, dans le roman de l’écrivain camerounais Mongo Beti Le pauvre Christ de Bomba (Paris, Ed. Robert Laffont, 1956).
Dès sa parution, ce roman a heurté de front les autorités religieuses et coloniales du Cameroun qui l’ont fait interdire, considérant que la critique du système colonial y était trop violente pour qu’on puisse fermer les yeux. En fait, l’auteur met au centre de son oeuvre un missionnaire catholique, le Père Drumont, habituellement désigné par le sigle R.P.S (Révérend 1ère Supérieur, après vingt ans d’efforts apostoliques, découvre l’étendue de son échec. La colonisation y est ainsi contestée dans l’une de ses principales assises, le christianisme.
La même année, un autre écrivain camerounais, Ferdinand Oyono, public aussi Le vieux nègre et la médaille (Paris, Ed. Julliard, 1956). Ce roman décrit les tribulations du vieux Meka au sein de l’appareil colonial de son pays. Pour le récompenser d’avoir donné ses terres à l’Eglise et ses deux fils à « la guerre où ils ont trouvé une mort glorieuse pour la France », le Haut Commissaire décide de l’honorer de la médaille de l’amitié euro-noire à l’occasion de la fête du 14 juillet. D’où le titre du roman.
Mais, au fait, la médaille est un prétexte que se donne Oyono pour révéler, à sa manière, la nature des rapports qui existent entre colonisateurs et colonisés dans la petite localité de Doum, lieu de l’action. L’action des missionnaires n’est différente de celle de leurs congénères laïcs. Oyono insiste d’une manière particulière sur le rôle inhibiteur de la religion catholique, véritable « opium du peuple », facteur d’assujettissement et de duperie. Sous le fallacieux prétexte qu’elles « ont plu au bon Dieu », les missionnaires ont pris les terres de Meka. De plus, les ouvriers indigènes qui travaillent sur ces terres reçoivent pour tout salaire « le merci du prêtre, la communion ou la grâce et l’indulgence du bon Dieu ».
Pourtant, même la confession n’est pas gratuite de l’autre côté! Oyono évoque aussi la ségrégation raciale que pratique l’Eglise à la Sainte Table et au Cimetière. Bref, cet écrivain jette un doute systématique sur les bonnes intentions de ceux qui prétendent sauver l’âme noire de la damnation. L’écrivain camerounais met dans le même sac laïcs et missionnaires blancs et dénonce avec humour l’hypocrisie fondamentale des uns et des autres.
Toujours la même année, un troisième écrivain camerounais, Benjamin Matip, public son roman, intitulé Afrique, nous l’ignorons! (Paris, Ed. Lacoste, Coil. Voyages, 1956). Ce récit se déroule au Cameroun pendant la Deuxième guerre mondiale.
Comme Mongo Beti et Ferdinand Oyono, Benjamin Matip porte aussi dans son roman sa critique des Blancs à son paroxysme. C’est le cas, par exemple, de Zachée, Camerounais christianisé, qui s’en prend au Père William, bien que l’auteur s’en prend violemment à la religion protestante.
Professeur Alphonse Mbuyamba Kakonlongo/Le Potentiel
Last edited: 25/06/2007 16:55:37