Arbitrage remarqué par la ministre Lukiana du conflit de Travail qui a opposé la direction et le personnel de la chaîne de télévision Raga. L’arrangement trouvé du renvoi dos à dos des deux parties en conflit vaut opportunité de conformité à la loi.

La ministre du Travail et de la Prévoyance sociale, Mme Marie-Ange Lukiana Mufwankolo, vient d’administrer une indéniable démonstration de sa capacité d’opérer un assainissement serein de la situation cruciale qui prévaut dans le monde du travail congolais caractérisé par de nombreux conflits de travail dont la cause principale s’avère généralement le bafouage de la loi par toutes les parties opposés dans les différends en cause. L’occasion de cette démonstration aura été le remarquable arbitrage que la ministre vient de mener dans l’affaire qui a défrayé la chronique le week-end dernier dans les milieux de la presse à Kinshasa, notamment à l’entreprise de presse de la chaîne de télévision Raga.
Le conflit de travail en cause s’est tassé autour du scandale du licenciement par le directeur général de Raga, M. Parag Bhimjihany, sujet indien, du journaliste et président de la délégation syndicale de l’entreprise, ci-devant M. Fabien Lumbala. Le patron de l’entreprise lui reproche une faute qualifiée de lourde pour justifier le licenciement qu’il avait décidé, ce qui a révolté le reste du personnel congolais, particulièrement la délégation syndicale dénonçant un non respect de procédure légale en la matière. La réaction de revendication des droits lésés a été d’entamer une grève de travail par tout le personnel, et la conséquence en fut le blocage des activités de Raga.
L’opinion à Kinshasa était alertée par cette situation et la ministre du Travail décidera une prompte descente sur terrain pour trouver une rapide solution, afin de faire baisser la tension qui faisait déjà agiter une fange non négligeable du public kinois au sein duquel l’audience de Raga n’est pas à discuter. Mme Lukiana se fera accompagner de ses principaux collaborateurs experts en conflits du travail et à la tête desquels il y avait le Secrétaire général du ministère, M. Boniface Bola.
Aussitôt que la ministre a pris contacts avec la direction et les responsables attitrés du personnel, en l’occurrence les membres de la délégation syndicale, elle se mettra à l’écoute des plaintes exprimées par les uns et les autres. Edifiée par les déclarations respectives de ces parties au conflit dans les exposés des griefs que les uns nourrissaient contre les autres, la ministre Lukiana conseillera de débattre le problème posé dans l’esprit d’un dialogue franc en vue de trouver la solution la mieux appropriée à la situation, celle qui réconcilie les intérêts des deux parties. Elle indiquera à ce propos que l’employeur ne devait jamais se comporter en ennemi des travailleurs et vice versa.

S’agissant de la manière dont elle entendait résoudre le conflit, la ministre attirera l’attention des deux parties en soutenant qu’une autorité digne de ce nom ne pouvait jamais trahir sa conscience dans la remise de l’ordre là ou celui-ci cloche. La ministre déclarera en substance ce qui suit, à savoir : « Personne n’a la capacité d’acheter notre conscience car nous avons le devoir de travailler pour l’émergence et le maintien du dialogue social au sein de Raga. Personne ne peut être au-dessus de la loi. Tout le monde a l’obligation de respecter la loi, le Code du Travail, surtout que nous sommes dans un Etat de droit ».
Comme se remettant à la sagesse ancestrale qui recommande le conseil de la nuit – la nuit porte conseil, dit, en effet, l’adage – avant de trancher sur une affaire marquée par le réchauffement des esprits, la ministre du Travail invitera ses interlocuteurs au calme pendant le week-end, pour reprendre le dialogue dès le début de la semaine.
Priorité au dialogue social, pour la ministre Lukiana
C’est dans ce contexte que le n° 1 du secteur de l’emploi en Rdc a organisé une nouvelle rencontre lundi entre les protagonistes du conflit au sein de Raga. Mme Lukiana a reçu, en effet, ses interlocuteurs dans les bureaux de son cabinet du ministère du Travail et de la prévoyance sociale. Une longue séance de travail s’est ainsi tenue pour une large consultation et échange des points de vue des uns et des autres. Le directeur général de Raga, M. Parag Bhimjihany, s’est présenté en personne à cette rencontre pour le côté employeur. Pour la partie employés, il y avait, outre les membres de la délégation syndicale de l’entreprise à la tête desquels il y avait le journaliste Fabien Lumbala en sa qualité de président de cette délégation, le permanent syndical Fidèle Kiyangi pour le compte de la Confédération syndicale du Congo (CSC).
Un bon groupe de journalistes de plusieurs organes tant de la presse écrite que de celle radiotélévisée de Kinshasa ont accompagné leurs collègues en pourparlers, en attendant patiemment l’aboutissement de ces derniers. La fin des discussions commencées dans l’avant-midi n’est effectivement intervenue qu’à la fin de la journée. Il sera constaté entretemps la sortie du directeur général Parag bien avant la fin de la réunion, de quoi faire accroire à l’assistance au dehors composée des journalistes que les débats tournaient sans doute au vinaigre.
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Heureusement il n’y eut rien de tel, puisqu’à la fin de la réunion, on remarquera un net apaisement dans les esprits. La ministre posera pour une photo souvenir avec ses interlocuteurs avec lesquels elle partageait des sourires sereins. L’issue trouvée au conflit débattu sera en fait dévoilé par les syndicalistes, aussi bien le permanent de la CSC que le président de la délégation syndicale de Raga.
M. Fidèle Kiyangi de la CSC livrera le premier les résultats de la concertation organisée par la ministre du Travail et de la Prévoyance sociale en déclarant ce qui suit : « Nous venons effectivement des pourparlers avec Mme la ministre du Travail, mais avant de dire à quoi cela a débouché, nous aimerions d’abord remercier toutes les autorités du pays qui ont suivi avec intérêt la crise qu’il y avait chez Raga, et nous remercions tous les organes de presse qui ont soutenu par solidarité la délégation syndicale de Raga. Nous pensons que les autorités que nous venons d’élire (au pays) vont continuer sur cette lancée. Partout il y aura des problèmes, elles interviendront le plus rapidement possible, comme il en a été le cas avec Raga ».
Confiance aux autorités élus du pays
« Quant aux négociations proprement dites, il était question de parler du recours qu’avaient introduit les délégués syndicaux de Raga qui étaient licenciés sans préavis pour des fautes que l’employeur a jugées comme fautes lourdes. Mais après examen avec l’employeur ainsi que la ministre du Travail, on a constaté que les fautes étaient commises de part et d’autre. L’employeur violait le Code du Travail et les travailleurs, eux aussi, ont violé ce Code. Mme la ministre nous a invités tous au respect du Code du Travail. Mais qu’à cela ne tienne, étant donné les termes non courtois utilisés dans notre lettre, la délégation syndicale présentera ses excuses par écrit à l’employeur et va réaffirmer l’autorité de M. Parag comme directeur général de Raga ».
« L’employeur a accepté la réouverture du dialogue social pendant trois mois tandis que le licenciement sans préavis infligé à tous les délégués a été annulé. Mais qu’à cela ne tienne, le président de la délégation syndicale va tout de même, à titre symbolique, payer cette faute lourde, c’est-à-dire qu’il écopera treize jours de suspension pour ne pas servir d’exemple négatif, de sorte qu’on ne dise pas que, puisque chez Raga on avait fait ceci sans qu’on ait sévit, toute licence était désormais permise. Voilà pourquoi nous avons accepté la mesure prise contre le président de la délégation syndicale qui, du reste, s’est interdit de réfuter. Parce qu’il estime qu’il est conducteur de troupe, il accepte cela avec galanterie. Voilà, nous attendons donc maintenant que la ministre du Travail signe l’arrêté pour annuler la décision (de licenciement), et les amis pourront ainsi reprendre le travail demain ou après demain ».

Le président de la délégation syndicale Fabien Lumbala a lui aussi confié ses impressions à l’issue de la négociation sur le litige. « Nous devons dire, a-t-il déclaré en substances, que franchement nous acceptons la suspension. Quinze jours à la maison pour un responsable, je crois que ce n’est pas facile, mais, par la grâce de Dieu, nous serons en mesure de gérer cette période. C’est pour dire que, franchement, cette sanction ne nous offusque pas ».
« Au contraire, nous bénissons le Seigneur pour son assistance en cette affaire, et nous disons grand merci au Chef de l’Etat qui a entendu nos cris, et également au gouvernement de la République, par le biais de Mme la ministre du Travail et de la Prévoyance sociale qui a traité ce dossier avec beaucoup de dextérité et aussi beaucoup de sagesse. C’est la réponse à ma prière, oui : Seigneur, que le Saint-Esprit conduise les choses, parce que nous, on n’a pas d’argent pour influencer les choses, et nous avons encore à faire confiance aux autorités démocratiquement élus de notre pays ».
Fabien Lumbala conclura sa déclaration par les mots ci-après : « Merci à Mme la ministre, merci à toute la communauté de la presse de Kinshasa en Rdc, merci pour votre solidarité et votre savoir-faire. Le Congo regorge de têtes bien pensantes, des professionnels des médias pétris de talents, et vous avez fait preuve pendant toute cette période de votre solidarité. En tout cas merci. Nous continuons notre lutte dans le respect des lois du pays et nous allons sportivement présenter à notre employeur des excuses parce que nous avons été amenés, bien sûr, à dénoncer des choses. Et, effectivement, l’autorité est intervenue. Nous disons merci à Dieu. Il n’y a ni vainqueurs, ni vaincus ».
Daniel Nzuzi/MMC
Last edited: 05/06/2007 18:27:37