L’Union pour la nation, "UN", a perdu presque tout ce qu’elle avait du gros gabarit.

De Léon Kengo wa Dondo au radiologue Pierre Anatole Matusila en passant par Oscar Kashala, ce n’est peut-être onéreux en nombre, mais cela enlève la qualité à la coalition pro-Bemba à laquelle son allié de la CDC de Kiakwama kia Kiziki a tourné le dos à l’Assemblée nationale. L’heure de la restructuration a sonné et Bemba a intérêt à en tirer toutes les leçons.
Les Bembistes ont compris qu’il est temps de procéder à une remise en cause profonde. Leurs stratèges réfléchissent depuis sur la restructuration de l’Union pour la nation, la coalition électorale qui a soutenu Jean-Pierre Bemba au second tour de l’élection présidentielle.
On n’en savait toujours pas quand ils allaient boucler les conclusions de leur réflexion. Une chose est sure, ils ne le feront qu’avec la présence du Chairman lui-même dont on ne sait pas encore à quand son retour à Kinshasa.
Quand viendra ce jour, Bemba constatera que nombre de ses affiliés d’hier ont, depuis, pris leur liberté. A commencer par le Dr Oscar Kashala qui n’a plus remis les pieds à Kinshasa alors qu’il fait montre d’une présence assidue à Libreville dans la cour présidentielle via des proches d’Omar Bongo.
Kashala endetté
Dans les milieux informés, presque personne ne paie un sou sur le come back de Kashala, attendu de pied ferme par des créanciers qui ont eu le tort de lui donner crédit en raison de sa personnalité. Les créances qu’ils réclament au cancérologue se chiffrent en centaines de milliers de dollars. Sur la liste des créanciers figure la société de gardiennage Delta Protection qui a assuré la garde rapprochée de Kashala pendant tout son séjour au pays.
L’entreprise s’était chargée aussi de la sécurité des installations de l’UREC, le parti de Kashala, tombé dans l’anonymat depuis sa défaite au premier tour de l’élection présidentielle. Kashala avait pensé rééditer l’exploit de Yayi Boni au Bénin.
Il s’est retrouvé avec une cohorte de courtisans à la recherche des sous pour financer leurs campagnes à divers échelons des élections. Lorsqu’ils se sont rendus compte que la grosse fortune de l’homme était surfaite, nombreux se sont ravisés pour tenter une reconversion dans l’un ou l’autre parti en vue.
Des notes salées
Les plus malheureux sont ceux qui avaient engagé d’énormes dépenses dans l’espoir de se faire rembourser. Leurs notes des frais n’ont jamais reçu de suite. Comme celle de la presse à laquelle l’UREC doit une grosse somme d’argent relative à la communication du candidat Kashala pendant la campagne présidentielle.
Et même avant, d’autant que le patron de l’UREC s’était lancé dans la course plusieurs mois avant les autres candidats. Avec lui, un autre docteur, Pierre Anatole Matusila, est aussi parti de l’UN, mais pour des raisons propres à lui.
Le radiologue s’est longtemps plaint que Bemba n’eut pas montré de l’empressement à redéfinir la coalition après sa défaite à l’élection présidentielle. Il en a déduit à une absence de leadership.
Depuis, il s’est replié dans ses activités de la société civile en attendant une lisibilité quant aux enjeux futurs. Le départ le plus fracassant a été celui de Kisombe Kiaku Mwisi intervenu après son élection comme vice-président de l’Assemblée provinciale du Bas-Congo. Kisombe n’a pas digéré que les Bembistes lui imputent la défaite de Fuka Unzola face à Mbatshi Mbatshia à l’élection du gouverneur du Bas-Congo. Il s’en est indigné et a claqué, traînant avec lui François Kimasi, le président de l’Assemblée provinciale du Bas-Congo, concerné par la même mise en cause.
Parmi les grandes figures tshisekedistes ralliées à Bemba pendant la campagne, seul Jean-Baptiste Bomanza reste fidèle.
La brave femme
Le vétéran Firmin Kama dont la présence avait donné à croire à l’appui d’Etienne Tshisekedi lors de la sortie de l’UN à la FIKIN, n’est pas allé plus loin qu’au lendemain de la proclamation des résultats de l’élection présidentielle.
Lui, l’ami personnel de Tshisekedi, n’avait trouvé, dès le départ, la considération conséquente à son rang. Surtout quand il a été question de financer la descente des « marketeurs » dans l’arrière-pays.
S’il avait pris un peu de patience, c’est grâce à Gaston Dindo qui a créé son propre parti, frustré de n’avoir rien obtenu du MLC. Il espérait un siège de sénateur. Celui-ci est tombé entre les mains d’Eve Bazaïba, l’ancienne Mère courage de l’UDPS, qui, elle, a carrément pris la carte de membre du MLC.

Elle aura eu le mérite de défendre le Chairman avec la même ferveur et la même conviction qu’elle le faisait pour Etienne Tshisekedi. Son émule est cette autre brave femme de Justine Kasa-Vubu qui est rentrée à Bruxelles où elle a fait la plume et le beau temps sous les couleurs de l’UDPS. Mais, cette fois-ci, elle se fait la gardienne du temple bembiste dans la capitale de l’Europe.
Deux autres femmes, les deux sœurs Nlandu, ont accompagné Bemba avec le même courage. La cadette Thérèse a même eu droit à un procès et une longue détention au CPRK avant d’être simplement acquittée. Elle est aussitôt partie à l’extérieur sans dire si elle confesse toujours la même foi. Quant à Wivine, rien n’est très sur. Autant pour Joseph Olenghankoy qui n’a plus fait connaître ses positions depuis décembre dernier.
Léon, Kengo, par contre, l’a fait lors de son investiture à la tête du Sénat. Il s’est fait élire comme indépendant et entend bâtir sa propre voie au centre. Ce n’est plus le même Kengo qui avait fait la plus belle présentation de Bemba à la veille du deuxième tour de l’élection présidentielle. Au niveau de l’Assemblée nationale, l’UN a connu une autre fissure.
Le groupe parlementaire de Kiakwama kia Kiziki ne lui est plus acquis depuis que des divergences ont éclaté sur ce qui est appelé communément « le massacre du Bas-Congo ». Dans l’entre-temps, Kiakwama s’est plus rapproché de Kengo avec l’appui de qui il a réussi à placer Mabaya Gizi au poste de questeur du Sénat. Lunda Bulubu qui eut le toupet de brûler la CEI pour proclamer la victoire de Bemba est perçu comme adhérent naturel au nouveau courant kengiste.
L’Union pour la nation se réduit désormais à deux groupes parlementaires à la Chambre basse, celui du MLC et l’ODR – Ordre des démocrates républicains – de Charles Bofassa Djema. La fidélité de ce dernier reste à toute épreuve. « Je suis dans l’UN et j’y crois. Nous allons travailler pour restructurer la coalition », déclare Bofassa au « Soft ». Tout compte fait, les départs pèsent aujourd’hui. S’ils ne sont nombreux, ils ont néanmoins enlevé beaucoup à la qualité à l’UN. A Bemba d’en tirer les leçons.
(Yes)Michel Mukebayi Nkoso/Le Soft International
Last edited: 02/06/2007 12:26:12