Douche froide dans le camp présidentiel cette nuit de vendredi 11 au samedi 12 mai 2007 à la suite de l’élection de Léon Kengo wa Dondo à la présidence du Sénat. Une compétition qui s’est déroulée sur fonds d’un enjeu plus que stratégique : celui de savoir à qui conférer le titre de deuxième personnalité de la République après le Président Joseph Kabila !

L’enjeu d’enlever le perchoir de la chambre haute du Parlement a été perdu cette nuit par la plate-forme politique présidentielle qui est incroyablement passée à côté de la plaque ; coiffée au poteau de superbe façon par un candidat soi-disant indépendant : Léon Kengo wa Dondo, personnalité politique de proue qui a marqué de son empreinte plusieurs années du régime du Maréchal Mobutu dont il a été trois fois le Premier ministre.
Cette dimension dinosaurienne de l’outsider de Léonard She Okitundu, porteur du dossard de l’Alliance pour la majorité présidentielle (Amp) n’a certainement pas été prise au sérieux de ce côté-ci, alors que la mauvaise gestion des ambitions des différentes composantes de la plate-forme présidentielle avait fini par laisser entrevoir des fissures béantes dans un édifice qui menaçait ; au fur et à mesure que l’on s’approchait du jour « J », de s’affaisser sous le poids des frustrations mal contenues si mal assumées qu’elles se sont muées – personne ne peut dès lors se montrer surpris dans la maison kabiliste où l’on a vraiment pris goût de naviguer à vue après la retentissante victoire obtenue à la présidentielle.
Ainsi ; mal ou pas du tout réveillé du long sommeil dans lequel l’a enfoncé le triomphalisme excessif découlant de ses précédentes fortunes électorales, l’AMP s’était laissée enivrée par le parfum on ne peut plus capiteux de l’invulnérabilité. Jusqu’au mépris, on est en droit de le penser, des conséquences inhérentes aux retours de flammes lorsqu’elles sont incandescentes ! L’élection de Léon Kenga wa Dondo est l’un de ces inattendus retournements de situation qui donne magistralement la mesure de ce qui peut survenir dans une coalition politique en rupture de cohésion interne : une pierre lancée en plein milieu du cadre n’eut pas fait un effet différent que ce qui est arrivé à la coalition des 14 partis et organisations politiques qui soutiennent le Président de la République ? On peut le dire sans peur de se faire démentir : ce qui est arrivé dans cette nuit de vendredi et qui a causé des insomnies à plus d’un kabiliste est la résultante des politiques centripètes et centrifuges qui bouillonnent autour du « Chef ». Elles justifient à n’en point douter aujourd’hui les inquiétudes combien prémonitoires manifestées par Maman Olive Lembe Kabila au cours de la campagne électorale. Ne se plaignait-elle pas; à bon droit ; de « l’entourage présidentiel » en question qui doit avoir le courage d’assumer la déconfiture de vendredi. Trop de complaisances ; trop de revendications sur fond de chantage ; trop ; trop et trop de toutes sortes de comportements irréfléchis qui démontrent que les intérêts personnels des uns ont élu domicile dans cette chapelle AMP transformée en un lieu de cultes orgiaques qu’en un lieu propice pour l’éclosion des valeurs de bonne gouvernance et de réflexions assidues pour la gestion des ambitions et la conservation du pouvoir.
Puisque cette vision a été la cadette des soucis des dirigeants et des membres de l’AMP, les voilà aujourd’hui fort bien marris ; se morfondant d’avoir, à l’instar du corbeau de Lafontaine lâché le fromage convoité par le renard !
Bien sûr, l’occasion a été belle pour crier à l’achat des consciences dans le camp des perdants du jour : l’argumentation est si dérisoire qu’il résiste peu ou pas à la véracité des faits réels qui sous-tendent la défaite du camp présidentiel face à ce « mobutiste » de premier plan qu’est Kengo wa Dondo. Les espèces sonnantes et trébuchantes ont peut être été utilisées pour ramollir 15 à 20 consciences du côté de l’AMP : nul n’a le droit d’empêcher les observateurs avertis de se livrer à une arithmétique élémentaire pour constater que Kengo ne pouvait en toute bonne logique fonder ses espoirs légitimes que sur les 20 voix des sénateurs de l’UN ; sur 10 de celles de ses pairs Indépendants et enfin sur les 8 voix des honorables sénateurs du Rcd. Soit un total de 38 voix sur 108 membres que compte la chambre basse du Parlement.
Et quand bien même l’on ajouterait à ce nombre l’une des deux voix des abstentionnistes – la seconde étant celle de Jean Pierre Bemba aujourd’hui absent du pays – cela ne lui aurait crédité tout au plus qu’un total de 39 voix contre 69 au candidat de l’Amp. En principe les choses devraient se passer de cette façon. Mais c’était compter sans ce que les caciques de l’Alliance appellent en essuyant les larmes la traîtrise de quelques-uns de leurs amis. Corrompus ? Nous nous refusons de l’affirmer : ce serait faire la part belle aux vrais fossoyeurs de la majorité présidentielle qui se situent à tous les niveaux de l’Alliance aujourd’hui lézardée.
.jpg)
Trop de naïvetés conjuguées dans le camp présidentiel ont fait qu’on n’a oublié de ce côté-ci qu’on avait un pouvoir à gérer en vue de le conserver jalousement. En tous les cas, tout se passe comme s’il n’existe dans ce camp aucun visionnaire capable pour prévoir que Kengo n’est pas un parvenu sur l’échiquier politique national et qu’il importait de ne se frotter contre lui qu’avec d’infinies précautions. Sous-estimer cette dimension de l’« homme de la rigueur » équivalait à un suicide politique, sinon à une perte irrémédiable de sa position de la gestion sans partage de l’Etat. Le camp présidentiel l’a expérimenté à ses dépens lors de l’élection du président du Sénat ; ils s’en mordront les doigts !
Sur un tout autre registre, une grande partie de l’opinion estime que la prise par un membre influent de l’Opposition du perchoir de l’une des plus grande institution du pays est un signe patenté de la solvabilité de la démocratie en République démocratique du Congo. L’Occident qui n’a cessé, depuis l’avènement de la Troisième République, de se faire du mauvais sang en raison de l’accaparement exclusif du pouvoir par le camp présidentiel doit maintenant avoir perdu le leitmotiv de ses récriminations véhémentes à l’endroit du pouvoir en place à Kinshasa. Tout compte fait, si l’on peut penser que si l’élection de Kengo wa Dondo à la présidence du Sénat face au candidat de ce pouvoir a créé l’effet d’une surprise dans le camp des perdants, bien des observateurs estiment plutôt qu’elle constitue malgré tout une victoire de la démocratie dans notre pays. Et pour le camp des perdants, l’occasion est sûrement donnée de méditer utilement sur les désagréments qu’il y a, a posteriori, à manquer du sens d’anticipation politique.
Clément Vidibio/MMC
Last edited: 14/05/2007 16:51:18