Il faut dire Zaïko LL est un groupe stable. Nyoka Longo doit seulement faire appel aux anciens pour encadrer les jeunes. Ils sont tellement nombreux que l’on ne sait pas qui fait quoi.
Lors de notre dernière rencontre à Paris, Bopol Mansimina, le directeur artistique et réalisateur du nouvel album Rencontres de Zaïko LL s’était refusé à tout commentaire préférant attendre la fin des travaux avant de se prononcer. L’album étant fin prêt, l’intéressé a, enfin, accepté volontiers de nous accorder une interview par téléphone que nous vous proposons de lire ci-dessous.
AFRIQU’ECHOS MAGAZINE (AEM) : Jossart Nyoka Longo a fait appel à vous pour la réalisation du nouvel album de Zaïko LL. Comment est née cette collaboration ?
BOPOL MANSIAMINA (BOM) : Je connais Jossart Nyoka Longo depuis 1969. Lorsque j’étais dans Continental, ce dernier fréquentait mon petit frère Bavon qui était membre du comité de soutien de Zaïko. C’était dans les années 1970 – 1971. Jossart venait chez nous, tout comme feu Teddy Sukami, Manuaku etc. J’avais entre 21 et 22 ans et étais déjà très populaire. Les musiciens de Zaïko venaient me demander conseil et soutien moral. Depuis plusieurs années cependant, je n’avais plus aucun contact avec Nyoka Longo. Lorsqu’il m’a appelé pour me proposer de superviser les travaux de ce nouvel album, je n’ai donc pas hésité un seul instant à donner mon accord de principe. Au départ, il était question de les assister ; de voir aussi comment ils travaillent. C’est après le deuxième contact et une série de négociations qu’il m’a confié la direction artistique…
AEM : Le style de Zaïko était-il adapté au vôtre ?
BOM : Après avoir auditionné la maquette qu’il m’a envoyé contenant 4 titres avec de très belles mélodies, des titres signés par Nyoka Longo, Gégé Mangaya, Prince Bela et Tony Dee, j’ai décidé de m’investir à fond. Il n’y avait, certes, pas de paroles…Trop de guitares. N’empêche, les 4 titres de Zaïko m’ont flashé, d’où ma décision de venir travailler avec eux. La présence de Tony Dee m’a davantage conforté et mis en confiance. Les 6 autres titres qui m’ont ensuite été envoyés, dont celui de Lola Mwana, un titre du style de Vox Africa, de la rumba pure, mon style préféré, m’ont également convaincu.
Je vais vous dire franchement que la nouvelle musique congolaise, je ne l’écoute pas à la maison ; je l’écoute surtout dans les ngandas. Certes, Zaïko LL fait partie de ma jeunesse, cependant, moi j’ai opté pour une autre direction avec Ray Lema, Dizzy Mandjeku, Dr Nico… Dans Continental, nous étions des jeunes gens de 18 à 20 ans, mais nous étions beaucoup plus bercés par la musique internationale que par la musique congolaise. Notre oreille musicale nous a permis de mieux apprendre et de pratiquer de la bonne musique, malgré notre jeune âge, tout en respectant les principes de la rumba car, la musique est universelle, avec les mêmes accords…
AEM : Que pensez-vous, personnellement, de Nyoka Longo en tant qu’artiste ?...
BOM : Tout le monde veut faire quelque chose, Nyoka est un gars que je respecte beaucoup. Malgré de nombreux coups bas, il a tenu bon et a toujours réussi à remonter la pente. La plupart de ceux qui sont partis se sont cassé la gueule, mais lui, il n’a pas pété les plombs…Alors, c’est quelqu’un que j’admire beaucoup ; je lui ai d’ailleurs dit : si tu as besoin de moi, n’hésite surtout pas, je suis là…
Je n’assiste pas aux concerts de musique congolaise à part celui de Zaïko à Bruxelles le 8 avril 2007. Le premier, c’était le concert de l’Empire Bakuba, avec Dilu Dilumona, alors que j’avais entre 18 et 19 ans.
… Et du groupe Zaïko LL ?
BOM : J’ai toujours suivi l’évolution de Zaïko qui, comme je l’ai déjà souligné, fait partie de ma jeunesse. Même quand j’étais à Lomé, je ne cessais de leur apporter mon soutien. Dindo Yogo, Manuaku Waku et les autres ont bénéficié de mes conseils. C’est clair que les nombreux départs enregistrés ont fortement entamé le groupe. Malgré tout, Nyoka Longo a toujours su relever le défi !
AEM : Vos impressions, vos remarques sur le travail réalisé ?
BOM : La présence de Petit Poisson, que je connais de longue date grâce à Tamar son petit frère qui a joué avec moi dans Continental, de Gégé Mangaya que j’ai connu quand il évoluait dans Thu Zaïko, pour équilibrer les choses …C’est cette musique congolaise que j’aime ! Je ne cours pas derrière les artistes ou de l’argent. J’ai notamment fait mes preuves avec « Doublé doublé » (Nyboma), « Muana Djambala » (Théo Blaise Kounkou), « L’Eau » (Madilu)… Il faut dire Zaïko LL est un groupe stable. Nyoka Longo doit seulement faire appel aux anciens pour encadrer les jeunes. Ils sont tellement nombreux que l’on ne sait pas qui fait quoi. C’est donc une question d’organisation …J’ai d’abord observé avant d’intervenir. Zaïko LL regorge de très bons musiciens. Le jeune Tshanda interprète le Dr Nico, alors qu’il n’a même pas 30 ans, cela m’a beaucoup épaté et m’a rassuré. J’étais tellement content et fier de lui que je l’ai mis à l’aise, il a joué avec ma guitare… Le petit gars s’est éclaté.
J’ai également beaucoup apprécié la voix de Lola Mwana, qui est également un excellent musicien puisqu’il joue de la guitare et de la batterie, ainsi que le talent indiscutable de Gégé Mangaya avec sa guitare acoustique. Comme on le sait, Gégé Mangaya est d’ailleurs un grand qui, avec Thierry Mantuika, a apporté beaucoup de souffle à l’OK Jazz de Franco. J’ai donc été très content de travailler avec lui, et aussi avec Petit Poisson que beaucoup de gens ont plutôt tendance à oublier…
AEM : Vous nous avez pourtant dit déplorer une certaine indiscipline qui règne dans le groupe…Et que vous l’avez constaté au concert de Bruxelles tout comme au studio !
BOM : Avec les guitaristes, des musiciens, pas de problèmes ; mais certains chanteurs sont entrain de casser le groupe. J’ai d’ailleurs eu maille à partir avec ces chanteurs qui ne cessaient de murmurer à mon sujet et sur mon dos : « de quoi ce Vieux là se mêle-t-il ? » Je m’étais d’ailleurs préparé en conséquence. Je l’ai toujours dit : « Quand tu ne me parles pas en face et que tu ne prouves rien, cela n’a aucun impact ». Je les ai toutefois pardonnés… Tony Dee a fini d’enregistrer en dix minutes, c’est là une preuve que, malgré son âge, il est loin d’être fini comme le pensent certains de ces chanteurs de la nouvelle génération. Je tire un chapeau à Prince, qui a fait un excellent solo vocal, à Lola Muana qui a interprété son titre en solo, ainsi qu’à Adamo et à Thuro.
J’ai dû intervenir dans l’exécution de certains titres, vérifier. C’était une expérience nouvelle pour moi qui, souvent, travaille avec des professionnels : Notamment avec des Cubains, avec Ricardo Lemvo… Il y avait de la cacophonie au niveau des paroles, au niveau des guitares, et il fallait mettre de l’ordre dans tout ça. J’ai trouvé par exemple que 3 guitares (solo, mi-solo, rythmique) dans un morceau, c’était excessif. Nyoka Longo est certes un bon chanteur mais malheureusement, il n’est pas musicien pour le comprendre. Il a lui-même besoin d’un bon instrumentiste pour travailler. C’est le cas de Sam Mangwana, de Rochereau, de Joscky Kiambuluta… Un musicien, c’est celui qui sait jouer d’un instrument : par exemple Nono avec ses maracas, Nzenza Nlandu qui joue du ngongi.
AEM : Au niveau de la discipline, notamment sur scène après ce que j’ai vu au concert de Bruxelles, c’est vrai, j’ai dit et répété à Nyoka Longo : tu es le chef, tu dois t’imposer !
BOM : Comment voulez-vous qu’il parvienne à discipliner ces jeunes alors qu’il ne les paie pas régulièrement et qu’ils se sentent en quelque sorte libres ? Ils doivent tout de même se débrouiller pour subvenir à leurs besoins… Ce n’est pas facile en effet avec un groupe de 25 musiciens en Europe ! C’est justement là le problème ! Franco pouvait se le permettre car il était supporté par l’Etat. Avec 25 artistes, il n’est pas possible de jouer dans des festivals. Et l’on ne sait même pas qui fait quoi ! Ils ont beau être nombreux sur le podium, mais ils ne sortent que la musique de 8 personnes ! Faire voyager et supporter 25 musiciens, ce ne sont que des dépenses inutiles. J’ai posé à Nyoka Longo, la question de savoir avec combien de musiciens, il avait voyagé au Japon. Il m’a répondu qu’ils n’étaient qu’une dizaine ! Or, on sait combien l’album « Nippon Banzaï » a cartonné ! C’est d’ailleurs leur album le mieux réussi, et le plus connu…
Zaïko a besoin des vrais musiciens, de ceux qui sont prêts à se sacrifier et non pas de ceux qui ne viennent que pour l’argent. Beaucoup de nos musiciens sont morts pauvres, mais ils ont laissé des œuvres, et c’est ce qui compte le plus. Quand j’étais Chez Rochereau je suis, moi-même, resté plusieurs mois sans être payé, mais je me suis tout de même accroché, car j’aime la musique. Si je pratique ce métier, ce n’est pas pour devenir milliardaire, mais plutôt parce que j’aime bien faire ce que j’aime. Ce n’est pas seulement pour acheter une belle voiture…
AEM : Nyoka Longo est très entouré et a beaucoup de conseillers, parmi lesquels des amis. Qui devrait-il écouter ?
BOM : Je l’ai effectivement constaté avec Nyoka Longo et Madilu. N’importe qui cherche à leur parler ; voire ceux qui ne s’y connaissent rien en musique ont leur mot à dire par le simple fait d’être un ami ! Le comble est que ces mêmes personnes vont ensuite les critiquer sur leur dos. Je n’ai jamais entendu des Maliens par exemple critiquer les artistes de leur pays ! C’est bien dommage !
AEM : Comment voyez-vous l’avenir de Zaïko Langa Langa ?
BOM : Zaïko Langa Langa restera, il sera éternel, mais Nyoka doit reculer pour mieux sauter, ça ne sert à rien de courir. C’est une grande responsabilité, Nyoka doit prendre ses responsabilités, tout en sachant que dans la vie il y a des hauts et des bas. Il y a plein de musiciens à Paris. Il doit dorénavant faire appel aux anciens, en cas de besoin. Heureusement qu’il l’a fait pour cet album avec Malage au chant, Popolipo à la guitare solo et Nono Monzuluku aux maracas. Il doit aussi penser aux anciens musiciens, lors des recrutements. On ne peut pas progresser sans recourir à ces vieux, sans profiter de l’expérience de ces gens-là. Chacun doit apporter sa pierre à l’édifice.
AEM : Qu’attendez-vous de cet album de Zaïko Langa Langa ?
BOM : Par ses mélodies et paroles, le Vieux Tony Dee m’a beaucoup épaté ; ses deux titres sont d’ailleurs parmi les meilleurs. Nyoka Longo, bien sûr, Gégé Mangaya, Montingiya ont signé des œuvres qui vont beaucoup marquer ! Adamo, Lola et Prince avec leurs chansons mélancoliques et mélodieuses ont, eux aussi, été excellents.
Quitte aux mélomanes d’apprécier.
À mes amis de Zaïko, je tiens à dire ceci : Nous sommes des artistes et non pas des ennemis. La musique, avant de la proposer au grand public, il faut bien la travailler. C’est ce que nous avons fait !
Jossart Muanza/AEM /MMC
Last edited: 11/05/2007 19:06:48