Le précieux billet de 500 Fc émis par la Banque centrale du Congo (BCC) il y a près de cinq ans, fait l’objet d’une grosse affaire qui alimente un réseau d’escrocs à main armée opérant à Kinshasa et dans quelques provinces du pays.

Ce réseau est en train d’être démantelé par les services spéciaux à la suite d’une escroquerie de 600.000 FC dont a été victime un dépositaire de pains et de boissons dans la commune de Masina. Selon les informations livrées à La Référence Dominicale par ce dépositaire prénommé Essale, un jeune homme de son quartier Mapela était venu le chercher par quatre fois à sa résidence mais sans le trouver. C’est à la cinquième fois que le garçon réussira à atteindre « Papa Essaie » au téléphone avec la bénédiction de son épouse qui a fini par lui donner le numéro téléphonique. Vendredi 25 avril dernier, alors que le dépositaire venait de boucler la distribution des pains à ses clients, le petit garçon la vingtaine révolue, se pointe et lui propose un marché facile mais rentable. Le garçon lui brandit deux billets de 500 FC et lui demande de les comparer et de déceler la différence. Papa Essaïe ne découvre pas la différence entre les deux. Son interlocuteur lui dévoile le secret dans le logos « 500 » à droite du billet. Dans le vrai billet ce logos est argenté et luisant tandis que dans le faux, le logo est presque sombre et mort. Le malin garçon poursuit sa manipulation en soulignant que ces faux billets ont été fabriqués à la BCC pour soutenir la campagne électorale présidentielle au premier et au second tour.
Mais ces faux billets issus de la planche à billets seraient en quantité industrielle à la banque centrale et seraient à la base du différend entre l’Hôtel des monnaies et ses partenaires de la Banque Mondiale et du Fond monétaire internationale (FMI), raconte le jeune homme. Et d’ajouter, la BCC est en train d’échanger ces faux billets contre les vrais moyennant des intérêts. A l’en croire, tout client reçoit en faux billets le double du montant versé à la BCC en vraies coupures. Par exemple, à celui qui apporte 1000FC en vrais billets, la BCC donne 2000 en fausses coupures. Fasciné par la facilité et la rentabilité de l’opération, le dépositaire s’est laissé séduire par le jeune homme et tente de savoir comment se déroule les opérations. « Il y a un Directeur de la BCC qui est chargé de ces opérations, indique le garçon. Il suffit de réunir au moins un million de FC pour qu’on l’appelle et il viendra avec l’argent nous rejoindre sur le boulevard Lumumba. Les deux interlocuteurs prennent rendez-vous pour samedi 26 avril soit 24 heures après. Le jour J, papa Essaïe emballe 600.000 FC et se met en route avec l’escroc pour rencontrer le Directeur de la BCC. Ce jour là heureusement, le garçon a tenté de téléphoner à ses pairs qui ont dû reporter le marché pour lundi 28 avril dernier. « Papa Essaie » regagne ses pénates avec son argent. Le lendemain, ils reprennent la route jusqu’à Pascal sur le boulevard Lumumba. Ils longent le macadam jusqu’au niveau de l’arrêt Bonamak au quartier III/Kingasani. C’est là que son compagnon fera signe au soi-disant directeur de la BCC qui s’amène avec une jeep Prado accompagné d’un jeune garçon et d’une jeune femme qui se mettra à rassurer « Papa Essaie » du sérieux de l’affaire. Le directeur demande qu’on vérifie le nombre de briques apportées par son client ce qui fut fait.
L’argent sera par la suite embarqué dans la jeep. Puis après, il sort un sachet rempli de fameux faux billets de 500 FC pour le confier à Papa Essaïe en lui recommandant de vérifier après son départ. Alors qu’il s’apprêtait à contrôler le contenu de son colis, une autre jeep surgit avec six personnes en civil, mais portant des armes légères. Ils menacent et tirent en l’air pour intimider les passants. En deux minutes, ils réussiront à récupérer le sachet avec tout le butin avant de disparaître avec le petit éclaireur. Papa Essaïe avec son ami resteront abasourdis et déçus. La scène se déroule lundi 30 avril 2007. Deux jours plus tard c’est-à-dire jeudi 03 mai, un autre garçon du quartier se pointe chez Papa Essaie lui réclamer de l’argent afin d’aller libérer le garçon qui l’a entraîné dans cette affaire et qui a été arrêté par les ravisseurs. Papa Essaie retient chez lui ce garçon apparemment très agité et alerte la police du quartier qui mettra finalement la main sur trois jeunes faisant partie de la pègre.
Des policiers dans le coup !
Curieusement, après être passés aux aveux, deux d’entre ces filous seront libérés quelques minutes après par l’OPJ moyennant une caution de 100 USD. Mais l’initiateur et le meneur de l’escroquerie a été conduit au CIRCO où il a été entendu par les services spéciaux qui ont reproché en outre à l’OPJ de minimiser un acte criminel et anti-patrie. C’est à partir de CIRCO que le dépositaire a été invité pour faire sa déposition. Certaines indiscrétions indiquent que le garçon incarcéré a fait dévoilé qu’il serait membre d’un vaste réseau de malfrats. Des policiers seraient mis à contribution à chaque opération, a-t-on appris. Les agents de sécurité ont lancé depuis hier samedi une vaste opération pour tenter de démanteler ce gang de tous les dangers.
Rappelons qu’il ne s’agit pas de la première opération du genre. Il y a près de deux mois, un tenancier d’une maison de communication publique a été roulé de la même façon au quartier II de la commune de Masina. Son escroc a réussi à la faire déplacer jusqu’à Matete où ils devraient rencontrer le fournisseur de vraies fausses coupures de 500 FC. Cette fois-ci, le tenancier de la cabine a dû perdre 200 USD pour obtenir le double en billets de 500FC. Il n’a pas fait cinq minutes pour voir une jeep d’hommes armés mais en civil lui arracher le sachet contenant ces faux billets. Force est de constater que dans tous les deux cas, ces hommes en armes n’arrêtent pas la victime de l’escroquerie mais se contente de leur butin ainsi que de leur complice qui facilite le coup. L’OPJ de Matete à qui avait été confié le dossier a fini semble-t-il par relâcher le malfrat.
Rex Yakorum/La Référence Plus
Last edited: 07/05/2007 18:30:16