« L’affaire Férré Gola n’en est pas une. Il s’agit tout simplement de méthode de travail. Je n’ai pas été d’accord avec les siennes et je le lui ai fait savoir. C’est mon droit ».

Le produit fini d’une chanson est l’œuvre des arrangeurs qui y mettent leur touche. Mais on parle peu de ces artistes qui donnent à l’œuvre musicale sa forme ou mieux sa saveur finale avant sa consommation par le mélomane. Parmi ces artistes, Maïka Munan Mondomi dont le talent est indiscutable. Lauréat 1984 du prix « Découverte Rfi », ce Congolais est l’un des plus grands guitaristes du Continent africain. Non seulement qu’il sait manier parfaitement cet instrument mais il est aussi auteur, compositeur et chanteur. Il a commencé sa carrière aux côtés de Tabu Ley Rochereau avant de côtoyer d’autres célébrités africaines comme Papa Wemba, Koffi Olomide, ou Youssou N’Dour, Salif Keita, Bonga. Les œuvres dans lesquelles il et intervenu ont laissé des traces indélébiles dans les cœurs des amoureux de l’art d’Orphée. Inutile de les citer. Dans une interview accordée à Digitalcongo.net, il a accepté volontiers de parler de la musique congolaise en général et particulièrement de sa carrière, de la dégringolade de cette musique et de l’avenir de celle-ci.
Multi média Congo (MMC) : Salut Maestro
Maika Munam(Mkm) : Salut Boni Tsala
MMC : Parlez- nous un peu de votre carrière d'artiste, d'arrangeur. A quand remonte vos débuts en tant qu'arrangeur. Vous avez d’abord commencé comme musicien. Si oui, dans quel groupe ?
Mkm : Je vous remercie de me donner l’occasion de donner mon point de vue sur l’évolution de la musique en Rdc mon pays. Si je dois parler de ma carrière, ce sera d’abord ma carrière d’artiste- musicien : auteur- compositeur- interprète.
Comme tout enfant congolais de mon époque, je suis un autodidacte de la musique. Je suis venu très tôt à la musique en m’initiant tout seul à la technique de la corde pincée qui a débouché sur l’initiation à la guitare mon instrument principal .Je
n’ai pas joué dans beaucoup de groupes au Congo car parallèlement, je continuais mes études. J’ai fait partie du groupe Les Copains Noirs de Lubumbashi puis de l’Afrisa du Seigneur Tabu Ley par qui j’ai rencontré les artistes majeurs de la musique congolaise.
Avec ce groupe j’ai beaucoup voyagé et appris tellement de choses .Ils étaient très pro. Notamment mes premiers enregistrements en studio. Mon parcours musical est jalonné de rencontres qui m’ont été très bénéfiques par la suite .Je suis reconnaissant aux saxophonistes Albino Kalombo que je considère comme mon premier encadreur et Nsimba Simbard qui avait un studio d’enregistrement à Kingabwa à cote de chez moi .Ce dernier me permettait de manipuler ses machines pour me familiariser avec cet univers.J’ai émigré en France à la fin des années septante pour y entamer la deuxième partie de ma carrière. Ici aussi j’ai eu beaucoup de rencontres, des collaborations tant au niveau du continent que d’ailleurs. J’ai produit et réalisé sept albums solos à ce jour. Le dernier en date est « Congo Masters ».Ce qui me parait au vu de ma carrière mais cela s’explique par le fait que je m’occupe aussi d’encadrer d’autres artistes.
MMC : Comment se porte la musique congolaise en Europe, en France particulièrement ?
Mkm : Je crois sans chauvinisme que la musique congolaise est l’une sinon la plus importante du continent. Elle à même un statut particulier dans le monde. Le diamant et le cobalt sont épuisables mais pas elle. C’est une de nos grandes richesses. Cela ne veut pas dire dormons sur nos lauriers.
Cette musique traverse une très mauvaise période qui à mon sens est passagère et les causes en sont multiples. Premièrement la situation générale du pays depuis des décennies. Deuxièmement l’économie de l’industrie musicale (salles de concert, studios performants….etc.). Troisièmement les réseaux de distribution sont inexistants. Et enfin quatrièmement « la vapeur inversée » : le disque congolais est devenu un produit d’importation puisque produit, enregistré et fabriqué à l’étranger.
MMC : Quel est selon vous l'avenir de cette musique ?
Mkm : L’avenir de cette musique est dans les mains de ses acteurs qui ont hérité d’un capital inestimable : le travail abattu par les pionniers qui eux n’avaient de modèle devant eux.
MMC : On accuse cette musique de monotone, quel est votre point de vue à ce sujet en tant qu'arrangeur ?
Mkm : Par manque de promotion, nous ne parlons ici que d’une partie de la musique congolaise, celle qui est restée visible au détriment des autres qui souvent ne déméritent pas .Il faut reconnaître que nous avons sombré dans la facilité et nos œuvres s’en ressentent. Nos concurrents évoluent et nous avons à doubler de créativité pour garder notre leadership.
MMC : Et en tant qu'arrangeur, ne pensez-vous pas que vous avez une part de responsabilité dans cette situation de «crise » une sorte de perte d'identité que connaît notre musique ?
Mkn : J’accepterai une responsabilité collective quant à cet état de choses mais personnellement, j’estime modestement être parmi les artistes qui défendent la qualité et le professionnalisme dans ce métier depuis au moins vingt ans.
MMC : Selon une certaine presse, vous avez donné une fin de non recevoir à l'album « Sens interdit » de Ferre. Si c'est vrai, quelles sont les raisons qui vous ont poussé à adopter cette attitude vis-à vis de cet artiste ?
Mkm : L’affaire Ferre Gola n’en est pas une. Il s’agit tout simplement de méthode de travail. Je n’ai pas été d’accord avec les siennes et je le lui ai fait savoir .C’est mon droit.
Notre pays est une République démocratique, fin de chapitre !
MMC : Et S'il vous était demandé de faire une lecture critique sans complaisance de l'album « Sens Interdit » de Ferre avec un regard d'arrangeur ou d'y apporter une correction, de comparer cet album à Droit chemin de Fally Ipupa
Mkm : Cet artiste a un grand public à qui il destine ses œuvres .Ce dernier est souverain pour en juger. Moi je garde mon opinion pour la bonne cause.
MMC : Pourquoi selon vous beaucoup d’artistes musiciens congolais meurent-ils pauvres ?
Mkm : Nos artistes meurent pauvres car ils ne jouissent pas du tout du fruit de leur travail .Des gens malveillants, criminels piratent nos oeuvres dans l’impunité totale .Sur dix supports vendus, sept sont pirates .Comment comptez-vous les enrichir ?
MMC : Le marché de la musique congolaise est actuellement envahi par des œuvres que d’aucuns qualifient de terre à terre artistiquement parlant. Quel message alors adresserez- vous aux jeunes artistes qui très nombreux viennent s'improviser dans ce domaine ?
Mkm : Si les œuvres qui envahissent le marché sont terre à terre qui les consomme ? Si les textes sont immoraux, nous en sommes tous les premiers consommateurs et je n’ai vu aucune pétition venant des parents, des intellectuels ou des étudiants pour protester. Au contraire j’en ai vu grimper dans les arbres pour danser et mimer les gestes que je vous laisse imaginer.
Nous devrions aider les jeunes talents à se faire connaître du public et les encadrer pour qu’il y ait une émulation permettant de sortir de la monotonie criante que vous dénoncez. Je crois d’ailleurs qu’il y a un nombre incalculable de talents dans toutes les provinces du Congo qui ne se sont pas encore exprimés .Ce pourquoi je crois en l’avenir.
MMC : Qu'attendez-vous pour investir dans le domaine de la musique dans votre propre pays,par exemple en construisant des studios ou en mettant à la disposition des orchestres des équipements de musique ?
Mkm : C’est tous ensemble que nous ferons quelque chose dans ce domaine .Je ne suis pas un homme d’affaires pour investir dans l’industrie musicale. Néanmoins, j’ai une infrastructure qui me permet de m’impliquer dans une production professionnelle sans aucune crainte.
Si un ou plusieurs hommes d’affaires pensent pouvoir investir dans ce domaine, je suis prêt à apporter mon concours dès la première minute.
MMC : Maestro, un mot pour conclure cet entretien
Mkn : Le mot de la fin : Je crois que nous pouvons nous- mêmes restaure la première industrie de la musique : construire par exemple des salles de spectacles, les équiper et non pas compter sur les bars uniquement. Ce sera à mon sens le premier pas en attentant les gros studios dont nous rêvons tous au Pays. Encore Merci pour votre questionnaire. Maïka Munan : ( HYPERLINK "mailto:maikamunan@hotmail.com" maikamunan@hotmail.com, 0033632122125)
Boni TSALA/MMC
Last edited: 04/05/2007 17:32:48