D’aucuns se sont mis à rêver – suprême illusion – d’effacer le tableau, pour repartir à zéro ! En espérant de bénéficier, une énième fois de la complicité de la communauté internationale ! Ceux-là, ce sont ces indécrottables nostalgiques du pistonnage politique et du partage équilibré et équitable par arrangements négociés !

Unanimement, la communauté internationale qui a déployé des centaines d’observateurs sur le terrain électoral congolais l’an dernier a reconnu que les deux scrutins se sont déroulés tel qu’elle a souhaité, dans la démocratie, en toute liberté et dans la transparence. Une réussite inattendue, dans un pays qui venait de sortir d’une longue période de conflits internes et d’agressions par ses voisins.

Des imperfections, on en a dénombré par-ci, par-là, mais dans l’ensemble, elles n’ont guère eu d’incidences sur les résultats globaux des élections. Que ce soit pour la présidentielle que pour les législatives, on peut donner pour avérés les pourcentages représentatifs des différents partis et organisations politiques qui constituent aujourd’hui la configuration de l’Assemblée nationale issue des urnes.

Une configuration qui fait que dans l’hémicycle, il y a d’une part la Majorité présidentielle, et de l’autre, une Opposition qui paraît n’avoir accepté de jouer son rôle de contre-pouvoir que du bout des lèvres. Alors qu’en réalité, à la suite des casseroles qu’elle n’a cessées de ramasser, elle hurle à l’unisson avec tous les autres loups qui n’ont pas trouvé leur compte dans les prébendes  électorales : la requalification du processus, simple tautologie qui camoufle en réalité une velléité de remettre en cause tout le processus de transition et des élections pour retomber ainsi dans la case de départ.

Les événements des 22 et 23 mars derniers qui ont fait dans la capitale des dizaines de victimes sacrifiées sur l’autel de la vanité humaine et du mépris de la soumission aux lois de la République ont certes ému la communauté internationale, et les déclarations pour le moins tendancieuses faites sur ces événements par certains ambassadeurs occidentaux ont émoustillé tous ceux qui appellent de tous leurs vœux cette platonique remise à zéro de la pendule. Les Azarias Ruberwa
et autres laissés pour compte du tsunami électoral ne sont pas en reste.

Pour n’avoir pas trouvé place dans le gouvernement Gizenga au poste du ministre de la Justice, l’ancien vice-Président de la République a pris la mouche et décidé tout de go que désormais, à Dieu ne plaise passait-il à l’opposition. C’est son droit le plus strict. Surtout qu’il entrait dans ce cénacle des déçus des élections, a-t il prévenu et c’est tout à son honneur, « une opposition démocratique, excluant tout recours à la violence, ni synonyme du désordre et de l’injure, mais réfléchie et capable de relever les failles du gouvernement dans tous les secteurs ».

Cette Opposition-ci est pourtant celle qu’a acceptée de réaliser le chef du MLC, mais qui n’arrive pas à transcender ses réflexes et ses comportements de campagne électorale, incompatibles avec les exigences d’une Opposition réellement républicaine.

Il va de soi que l’offre de l’ancien chef rebelle de Goma a été repoussée aussi bien du côté de l’Union pour la nation (UN) que de celui de l’Union pour la démocratie et le progrès social (UDPS) d’Etienne Tshisekedi pour des raisons évidentes de leadership que de stratégies de combat.

En effet, si à l’UN la violence ne paraît pas clairement être affichée comme moyen de lutte ; l’insulte, l’intox et la manipulation par contre sont au menu quotidien des actions menées contre le nouveau pouvoir. Quant à l’UDPS, sa rhétorique ne se nourrit pas des insultes et des injures de bas étage, mais la propension au recours aux violences physiques au cours des manifestations de rues est devenue une seconde nature, point n’est besoin de s’en cacher !

Toutes ces raisons suffisent pour expliquer le refus opposé à la main tendue des deux composantes de l’Opposition que sont l’UN et l’UDPS. Dans le chef du parti de la 10 ème Rue à Limete, la proposition de Azarias Ruberwa est d’autant plus rejetée que son parti, le RCD a fait partie intégrante du système 1+4 qui a été dénoncé avec une rare virulence par l’UDPS comme étant « un conglomérat de dirigeants mis en place à la faveur des négociations de Sun City », et dont elle a prédit l’échec « dans la mission de conduire le processus de Transition à celui des élections ».

Une dernière divergence entre l’ancien mouvement rebelle reconverti en parti politique et la formation d’Etienne Tshisekedi découle incontestablement de cette donne essentielle de la perception que les deux entités font des prémisses relatives au processus de Transition et à celui des élections.

Dès lors que les deux parties se situent aux antipodes de toute conciliation sur l’appréciation de ces deux processus, il devient aléatoire d’envisager une possible convergence d’intérêts qui fasse accepter l’offre de Ruberwa par les jusqu’au-boutistes de l’UDPS.

D’autant que, l’ancien vice-Président en charge de Politique, Défense et Sécurité n’envisage nullement la mise à zéro de la pendule démocratique en marche, en dépit des balbutiements liés aux pesanteurs passagères du moment, alors que le parti de Limete ne jure que sur la remise en cause de toutes les institutions découlant du processus électoral ! Moralité : entre Ruberwa et Tshisekedi : la nuit et le jour !

De même d’ailleurs entre le MLC et le RCD qui ne peuvent moralement coucher sur le même lit sans en ressentir les inconvénients politiquement parlant. Si le premier ne peut se guérir de son lexique blasphématoire à l’endroit du premier citoyen de la République et de sa famille politique, Azarias Ruberwa par contre est un aristocrate qui sait expurger son parler de toutes les incongruités qui en avilit la portée. Difficile, dans cette perspective, de voir une cohabitation durable et opérationnelle lier deux entités qui biglent sur une question d’éthique aussi capitale.
 
A tout considérer, il apparaît plus que probant que la communauté internationale ne se laissera pas emporter par les chants des sirènes de ceux qui, par dépit ou par mépris, cherchent à tout prix à mettre en péril les laborieux acquits glanés par la jeune démocratie congolaise qui balbutie encore sans doute, mais qui sont suffisamment convaincants pour mériter d’être encouragés par les bailleurs de fonds internationaux.

Les diplomaties occidentales ont à ce sujet l’obligation morale d’encourager les différents opérateurs politiques de la Majorité comme ceux de l’Opposition à se sentir solidaires dans le combat de la réduction de la pauvreté, qui s’inscrit comme prioritaire dans les objectifs à atteindre durant ce millénaire.

Clément Vidibio/MMC