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Le ministre belge des Affaires étrangères Karel De Gucht en visite ces jours en RD Congo l’a constaté pour l’avoir expérimenté sur place : la démocratie s’installe, quoique péniblement en Rd Congo, les couacs qui ont fait grincer la machine ont été dépistés ; et désormais la majorité et l’opposition pourront faire bon ménage, dès lors qu’a été vidée la question handicapante de la milice de Jean-Pierre Bemba. Depuis qu’a été démantelée la garde rapprochée du leader du MLC avec les sanglants affrontements des 22 et 23 2007, une certaine impression d’évacuation de la chape de plomb sécuritaire qui enserrait la capitale dans une espèce de peur est très ressentie par la population de Kinshasa. Depuis ces malheureux événements, on se sent plus à l’aise qu’avant de se promener dans certains périmètres du centre de la ville, notamment aux abords du cimetière de la Gombe, en face de l’ex résidence officielle de Jean-Pierre ; ou encore du côté de l’immeuble Forescom, qui jouxte les installations des deux chaînes de télévision du « chairman ». Tant mieux, tant mieux : pourvu que l’embellie soit de longue durée, et que la quiétude des citoyens de la République démocratique du Congo ne soit plus sujette à caution par la boulimie de gens qui voudraient encore se croire au-dessus de la loi !

Pour en revenir à l’actualité du jour, qui est tributaire à la fois de la visite à Kinshasa du ministre belge des Affaires étrangères Karel De Gucht et de l’évacuation sanitaire vers le Portugal de M. Jean-Pierre Bemba, le sentiment généralement exprimé dans tous les milieux politiques de la capitale est celui d’une sortie de crise ressentie aussi bien dans le camp de la majorité que dans celui de l’Opposition.

En effet, toutes les personnalités qui se sont exprimé en sur les perspectives de la paix et de l’évolution du processus démocratique en RD Congo en marge de ces deux événements qui se sont déroulés presque au même moment en temps réel.

Hypothèses sur la sortie de Jean-Pierre Bemba ?

Bien que l’on s’est perdu en conjectures sur le sens de cette sortie du pays du président du MLC, les uns estimant qu’il s’agit, à sa demande, d’une évacuation sanitaire en bonne et due forme ; tandis que les autres affirment que si tel serait le cas, Jean-Pierre Bemba n’aurait pas tergiversé quatre semaines durant avant de solliciter par écrit l’aval des autorités du pays pour obtenir sa sortie hors des frontières nationales, de peur de voir cette blessure s’infecter, si tant est réellement qu’il avait une blessure au cou, comme on voulu le faire accroire. Puisqu’il a mis du temps pour solliciter cette autorisation, ceci laisse penser qu’il ne s’agirait alors vraisemblablement que de sa foulure du mois de décembre, qui avait nécéssité un précédent séjour au Portugal au début de cette année.

Jusqu’au moment où le « chairman » est monté dans l’avion mercredi 11 avril aux petites heures, on en était à ces supputations primaires. Il a fallu attendre que l’hôte belge de la RD Congo sorte de l’entretien qu’il a eu avec le Président Joseph Kabila pour en savoir réellement un peu plus sur le départ au Portugal de l’ex chef rebelle. « Le départ de Bemba est un éloignement temporaire pour décrisper la situation », dit Karel De Gucht. Un bout de phrase suffisamment expressive que pour qu’en extrapole le sens.

Sans avoir parlé d’un départ en exil pour l’homme du MLC, le chef de la diplomatie belge a levé un pan de voile sur ce mystère, et cela a éclairci la lanterne de l’opinion à ce sujet.

En effet, Karel De Gucht qui n’est pas venu à Kinshasa pour faire risette à ses hôtes congolais n’a pas eu la bouche pâteuse pour flétrir le comportement de l’ex vice-Président qu’il a condamné « d’avoir entretenu une milice », cela n’étant nullement compatible avec la démocratie ». C’est moins l’usage, par le gouvernement pour avoir usé de la force, considérée par l’Union européenne comme disproportionné, que la situation de l’heure qui a nécessité « l’éloignement temporaire » du concerné. On ne peut être plus clair. Aussi, cet « éloignement temporaire » peut être considéré comme répondant à une urgence – par qui : chi lo sa – dans un but précis : celui de « décrisper la situation ».

Lorsque le chef de la mission diplomatique portugaise affirme que son pays « avait accepté fin mars dernier d’accueillir M. Bemba, afin de contribuer à trouver une solution à la crise en RDC », on peut conclure que, entre Karel De Gucht et Alfredo Duarte Costa, c’est du pareil au même : l’autorisation de quitter le pays accordé à Jean-Pierre Bemba pour raisons médicales pour une durée de 60 jours convainc de moins en moins le public.
 Première indication donc.

Seconde indication.

 La clarification de la situation obtenue à ce niveau de la déclaration de l’homme d’Etat belge n’exonère cependant pas les observateurs de rechercher le sens plus ou moins exact à donner à l’épithète « temporaire » accolé au mot « éloignement », dont la durée reste évasive. Mais l’attente de toute précision utile a été de courte durée, puis mercredi 11 avril 2007, plusieurs avant que Jean-Pierre n’atterrisse à l’aéroport de Faro, à 300 km de Lisbonne à bord de son Boeing 727 privé, les parlementaires membres de son parti se sont retrouvés en réunion extraordinaire, à l’issue de laquelle ils ont fait une importante déclaration politique qui en dit un peu plus sur l’état d’esprit qui prévaut au sein de leur parti dans le contexte présent.

Certes, la déclaration crédite la sortie du « chairman » du prétexte de soins de santé dont requiert son état de santé, mais elle formule une volonté clairement exprimée de s’afficher désormais  comme « Opposition républicaine », qui pis est, « soucieuse de l’intérêt général et respectueuse de l’ordre public » ! Un engagement formel qui cadre avec le nouveau décor planté avec le départ – en exil ou pour soins médicaux, c’est selon – au Portugal. Est-ce à dire que la présence de Jean-Pierre Bemba interdit un tel engagement a priori ? Personne au MLC ne saura répondre à cette question.

La troisième indication éclaire un peu plus les précédentes. Car, à peine sorti du pays, et avant même d’atteindre le Portugal, le sénateur Jean-Pierre Bemba – à ne pas confondre avec Jeannot Bemba Saolona, qui est son père – est déjà dans le collimateur de la justice congolaise.

Celle-ci vient en effet, dans un courrier signé par le procureur général de la République destiné au président de la chambre haute du Parlement, demander l’autorisation de poursuivre l’ex vice-Président Jean-Pierre Bemba. La démarche  du procureur général de la République consiste à demander la levée de l’immunité dont jouit encore l’intéressé en sa qualité de sénateur.

La requête du PGR au Sénat : une épée de Damoclès sur la tête du leader du MLC !

La lecture de la lettre de la demande de la levée de l’immunité parlementaire adressée par le procureur général de la République au président du bureau provisoire du Sénat explique d’abord les faits pour lesquels l’ex vice-Président doit faire l’objet de la levée de son immunité parlementaire. Ensuite, à l’énumération des faits succèdent cinq qualifications desdits faits.

Et le PGR les étalent comme suit : des pertes en vies humaines, de nombreux blessés dont certains sont dans un état grave, la destruction des bâtiments publics et privés, et enfin des pillages.

Pour le procureur général de la République, tous ces faits réunis appellent les qualifications suivantes : atteintes à la sécurité intérieure de l’Etat, meurtres, vols à mains armées, vols à l’aide de violences et incitations des militaires à commettre des actes contraires à leurs devoirs.

Le procureur général de la République explicite sa démarche en affirmant que « tels que relatés succinctement, certains faits exposés ci-dessus peuvent être mis à charge du sénateur Jean-Pierre Bemba Gombo en tant que auteur intellectuel des infractions commises par des militaires chargés de sa sécurité ».

Il reste à savoir si le Sénat accèdera à cette demande et si l’intéressé acceptait, le cas échéant, à venir présenter ses moyens de défense contre ces accusations au terme de la villégiature de 60 jours qu’il va passer au pays du Tage.

En tout état de cause, le séjour à Kinshasa du chef de la diplomatie belge aura eu comme corollaire une décrispation totale de l’atmosphère de crise dans laquelle a baigné jusque là la RDC, même après les affrontements entre les éléments loyalistes des FARDC et les miliciens de Jean-Pierre Bemba il y a trois semaines. L’engagement souscrit par son parti de jouer désormais à l’Opposition républicaine quelques heures seulement après ce départ est porteur d’un message de cohabitation pacifique susceptible de donner au gouvernement Gizenga un cadre apaisé pour le démarrage de son programme d’action.

Clément Vidibio/MMC


Last edited: 14/04/2007 10:36:33

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