Les débats sont clos et la cause prise en délibéré par le tribunal de garnison militaire de Kinshasa/Matete.

Et ce après la longue instruction (presque 8 mois) consacrée à juger les assassins présumés de Franck Ngyke et de son épouse Hélène Paka. Le ministère public, dans son réquisitoire du mercredi 4 avril dernier, a retenu la peine capitale contre les cinq prévenus dont un par défaut. Le tribunal pourrait rendre son verdict à cet effet le mercredi 13 avril prochain. Et ce, malgré le goût d’inachevé laissé par ce procès. Toutes les parties l’ont dénoncé à l’audience du mercredi 4 avril dernier.
Le tribunal militaire de garnison de Kinshasa/Matete saisi du dossier des assassins présumés de Franck Ngyke a négocié à sa manière le dernier virage de ce procès le mercredi 4 avril dernier en écoutant comme prévu les conclusions des parties civiles, le réquisitoire du ministère public (Mp) et la plaidoirie des prévenus. Au cours de cette audience, le Mp a requis la peine capitale contre les cinq prévenus. Il s’agit principalement des officiers des FARDC suivants : les sous-lieutenants Joël Munganda, Didier Awatembine, de l’adjudant Munongo Papy.
Outre ces éléments de FARDC du bataillon QG de l’Etat-major général, il y a deux civils : Paulin Munganda Pindi, l’oncle au chef de bande Joël et Kabungu Serge Obese, son ami. Les deux derniers cités sont accusés pour association de malfaiteurs et recel des biens. Un d’eux, Serge Obese, est condamné par défaut, car le Mp n’avait pas réussi à mettre la main sur lui.
Quant aux éléments des FARDC, ils étaient poursuivis pour association de malfaiteurs, meurtre et tentative de meurtre, vol d’armes, violation de consignes et extorsion.
Pour devoir de vérité
Peu avant ce réquisitoire qui n’a pas fait l’unanimité, les parties civiles au procès ont fait un plaidoyer que Me Kabongo Nzengu a intitulé « Pour un devoir de vérité ». Ainsi, intervenant pour la famille Ngyke, l’avocat a déploré cette précipitation à vouloir condamner coûte que coûte sans avoir éclairé les zones d’ombres visiblement persistantes.
Selon lui : « Franck et sa femme n’ont pas été tués pour un simple vol d’appareils cellulaires. L’occasion donnée au tribunal pour éclairer l’opinion est loupée à cause du pouvoir discrétionnaire du tribunal qui n’a pas voulu faire comparaître les personnalités citées à titre de renseignants.
Ces personnalités verbalisées mais dont les PV d’audition comportent des mensonges ne s’exprimeront peut-être jamais. Le conseil a regretté sincèrement : « On aurait pu les confondre ! C’est dommage à cause du pouvoir discrétionnaire du tribunal ». Ce regret, le conseil l’a émis également quand il a exploité une pièce versée au dossier.

La lettre de l’auditeur supérieur adressée au ministre de l’Intérieur en lieu et place du ministre de la Justice pour un rapport sur cette affaire à l’intention du chef de l’Etat. L’officier supérieur dit sans ambages : « Tenant compte de plusieurs considérations, l’affaire sous examen est délicate ». Et à l’avocat de se demander : « En quoi l’affaire est-elle délicate ? Est-ce parce qu’on a volé deux appareils ou c’est parce qu’il y a des commanditaires ? Personne ne le saura… ».
Revenant sur l’emploi du temps de Franck la veille de sa mort, Me Kabongo s’est interrogé sur le rendez-vous avec Mme Lukiana qui était pratiquement en séparation avec Franck depuis longtemps. « Une simple coïncidence ? On ne le saura jamais… Le tribunal ne saura jamais non plus pourquoi cette personnalité par des personnes interposées s’est empressée à venir évacuer la voiture de Franck par deux fois. Le tribunal ne saura jamais ce que Joël s’est dit avec le lieutenant Kasereka contacté après la mort de Franck à l’aide de son appareil. Et ceci après un long entretien avec son oncle, commissionnaire de son état…
Réquisitoire anticonstitutionnel
Pour leur part, les avocats des prévenus, après avoir suivi le réquisitoire du Mp, l’ont taxé de vide parce que anticonstitutionnel. « Pendant que la nouvelle Constitution de la RDC apporte des innovations en droits de l’homme en qualifiant la vie humaine de sacrée et en prévoyant que même en temps de siège personne ne puisse l’outrager, le Mp distribue des peines de mort sans commune mesure ».
La résistance au réquisitoire s’est poursuivie en ces termes : « Le tribunal n’a pas répondu à la question fondamentale qui est celle de savoir qui est le vrai auteur de ce double meurtre devant deux ou trois groupes de bandits suscités par les policiers pour rafler la cagnotte de 5000 Usd. Par ailleurs, ils ont condamné le comportement du Mp qui, de lui-même, a versé « pièce compromettante au dossier (la bande vidéo de Kashama Kuba) ».
Et après, Me Léon Mutshila, toujours pour le compte des prévenus, a fustigé « la rétractation pour raison de torture alors que la bande à Joël a aussi été torturée ». Selon ces avocats de la défense, le Mp n’a pas apporté des preuves de culpabilité. Même pour ce qui est du prétendu vol d’armes.

Le Pv apporté à ce sujet serait postérieur à la date de la commission des faits. Et à eux de conclure : « Rien ne tient debout. Un goût d’inachevé persiste ». Cependant, l’éloquence s’est refroidie quand il s’est agi de s’exprimer sur le téléphone cellulaire de Franck qui s’est retrouve entre les mains de Joël une heure après sa mort. Une manipulation a même été évoquée.
Quant à Joël, présenté comme le chef de bande, il a été invité à réagir au réquisitoire du Mp. Dans un énervement manifeste, il a lâché sèchement : « Je suis étonné de voir le Mp distribuer la peine de mort comme des gâteaux. Qu’on acquitte les amis présents ici pour un simple appel de ma part. Que le tribunal s’occupe de moi seul ».
A la suite de ces propos d’une spontanéité étonnante, ses autres coaccusés présents ont clamé, quant à eux, leur innocence et sollicité leur relaxation. Le verdict final sera connu éventuellement le mercredi 13 avril prochain, car le tribunal a clos les débats et pris la cause en délibéré.
(Yes)Hilaire Kayembe/Le Potentiel