Course déjà engagée pour la présidence du Sénat entre des prétendants sérieux parmi lesquels émerge la figure de proue de l’ancien vice-président de la transition et compagnon de feu Mzee Laurent-Désiré Kabila, le ci-devant candidat Yerodia.

Si les candidatures ne sont pas encore déposées de manière officielle, Mabi Mulumba, She Okitundu, Yerodia Abdoulaye Ndombasi, Futa André-Philippe, Marini Bodho et Kengo wa Dondo ne cachent pas du tout leurs ambitions. Qui d’entre eux l’emportera ?
Plusieurs paramètres influenceront cette élection. Le premier est la difficulté que le PPRD et ses alliés auront à trouver un consensus autour d’un candidat de paix, aux ambitions politiques mesurées afin de rassurer le camp du chef de l’Etat.
Le deuxième élément, et non des moindres, porte sur la compétence et l’habileté à conduire une chambre haute pleine de personnalités expérimentées et autres politiciens de la deuxième République.
Le troisième paramètre a trait à la géopolitique, abondamment évoquée par la population, les partis politiques et autres plates-formes qui exigent un partage équitable du gâteau entre l’Est, l’Ouest et le Centre. Mais que représentent ces prétendants ?
She Okitundu passe pour l’homme du sérail. Ancien ministre des Affaires étrangères, il a été dernièrement le Directeur de cabinet du président de la République. Loyal, c’est un fidèle qui peut mériter de la confiance du chef de l’Etat. Seulement, le critère géopolitique pourra lui être opposé dans la mesure où le Kasaï Oriental est visiblement représenté dans les institutions de la 3ème République.
Yerodia Ndombasi est également l’homme du sérail. Il n’a jamais caché qu’il est l’ami personnel et compagnon de lutte de feu le président Laurent-Désire Kabila. Ancien vice-président de la République, c’est le « fidèle des fidèles ». Mais, on lui reproche des propos discourtois, l’intolérance dialectique, caractérisée par un discours peu conciliant.
Le professeur Mabi Mulumba présente quelques atouts. D’abord, de par son cursus professionnel : ancien Premier ministre, ancien président de la Cour des Comptes, c’est un expert avéré des questions économico-financières, très écouté des institutions de Bretton Woods. Il est soutenu par une élite qui pense qu’il peut relever la côte du Sénat. Originaire du Centre (Kasaï Occidental), il répond utilement au critère géopolitique. Mais, il est défavorise, selon certains animateurs de l’AMP, par son cursus politique au sein du PPRD qu’il n’a rejoint qu’à la veille des élections.
Futa André-Philippe est le Coordonnateur de l’AMP ancien ministre des Finances très écouté du président Kabila, il figure parmi les hommes qui ont pesé de tout leur poids dans la mise en place de la stratégie électorale qui a conduit à la victoire de ce dernier. Originaire du Kasaï Oriental, on lui reproche une certaine impulsivité qui pourrait être préjudiciable aux intérêts de sa famille politique.
Mgr Marini Bodho est le président sortant du Sénat de la transition. Homme de Dieu, on le classe aussi parmi les fidèles du chef de l’Etat. Nonobstant son bilan mitigé de la transition, des informations en notre possession signalent que certaines chancelleries souhaiteraient qu’il succède à lui-même pour préserver la concorde au sein de cette chambre haute pleine de caïmans. Originaire de la province Orientale, qui a voté massivement pour le candidat Joseph Kabila, la géopolitique joue également en sa faveur.
Le dernier mot à Kabila
Enfin, le sénateur Kengo wa Dondo. Plusieurs fois Premier ministre, ancien Procureur général de la République, ancien président de la Cour des comptes, l’homme dispose d’une expertise indéniable dans la gestion de la chose publique. Originaire de l’Equateur, il pourrait rejoindre l’AMP pour jouer le leadership de l’Equateur, malgré sa dernière prestation médiatique. Il passe pour un homme des Occidentaux mais par contre son soutien à Jean-Pierre Bemba pourrait lui être préjudiciable.
Ces portraits laissent présager une lutte âpre entre les différentes familles politiques. Les chancelleries, qui ne restent pas discrètes, exercent déjà leur lobbying auprès du carré influent du chef de l’Etat. Quand on sait combien Joseph Kabila tient à la paix, à l’unité et la stabilité des institutions, on ne doute pas qu’il reste insensible aux pressions de toutes parts. Le suspense demeure.
Cabale autour du gilet de Yerodia
Le seul couac sur lequel la Cour Suprême de Justice ne pourra ouvrir grandement les yeux, c’est celui de la tenue ville. De l’avis de beaucoup d’observateurs, l’énumération stricte des éléments devant entrer dans la Constitution de le tenue de ville, limite les libertés individuelles et verse dans le superfétatoire. Sans doute que ces dispositions du Règlement intérieur du Sénat ne passeront pas.
Les observateurs sont également étonnés de constater que le Règlement intérieur, à travers l’énumération des éléments de la tenue de ville érige celle-ci en une arme politique. On apprend de source autorisée que les adversaires de Yerodia Abdoulaye Ndombasi se saisissent de la clause du Règlement intérieur relative à la tenue de ville pour régler des comptes à l’ancien Vice-président de la République et coordonnateur de la famille politique de Joseph Kabila. En effet, Yerodia est pressenti président du Sénat. Les amateurs des sondages le donnent favori pour plusieurs raisons.
La première raison est que Yerodia est le représentant des survivants de Mzée LD Kabila. Ne pas le mettre dans les institutions, c’est donner l’impression d’exclure les Lumumbistes-Kabilistes-Mzéeistes. Beaucoup pensent que ce serait une dangereuse fracture dans cette famille politique.
La deuxième raison, c’est que les membres de l’Amp d’aujourd’hui, ceux du PPRD en particulier, savent comment Yerodia Abdoulaye Ndombasi est devenu Vice-président de la République après Sun City. Ils savent pour quelle raison la balance avait basculé en faveur de Yérodia alors que beaucoup de jeunes turcs du clan politique ne cachaient pas leurs ambitions. Les raisons qui avaient poussé Joseph Kabila à choisir Yerodia sont encore présentes et valables.
Dans l’esprit de beaucoup, le choix de Kabila est fait. Pour le contrer, on a mis en avant cette affaire de la tenue de ville.
Nos sources y voient une machination de certains membres de l’AMP qui connaissent les convictions de Yerodia en ce qui concerne la tenue. Cela saute aux yeux. Les règlements intérieurs ont toujours parlé de la tenue de ville définie comme tenue décente. C’est pour la première fois que l’on va jusqu’à énumérer cravate, veste et consorts.
Cette lutte au sein de l’Amp au sujet de la tenue de ville démontre que les gens ont des ambitions et que pour les satisfaire ils sont capables de tout.
Si on monte une cabale aujourd’hui contre Yerodia, qu’est-ce qui dit que demain on ne fera pas autant contre le chef de l’Etat.
Pour revenir à cette histoire de tenue de ville, il est bon de rappeler que dans sa tenue connue de tous les compatriotes, l’ancien Vice-président de la République a déjà été reçu au siège des Nations unies, chez l’Empereur du Japon, chez le Souverain pontife sans que cela ne meuve personne. La tenue de ville, dans l’entendement des Occidentaux où elle trouve son origine, c’est pour éviter que n’importe qui dans une tenue de sportif ou de touriste ne puisse créer de confusion là où il passera.
Qui peut oser affirmer que la tenue de Yerodia le dérange et en quoi ?
(Yes)Le Potentiel/La Prospérité
Last edited: 04/04/2007 16:33:23