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Ministre des Hydrocarbures, M. Lambert Mende Omalanga, a conduit la délégation congolaise à l’atelier qui s’est déroulé, du 26 au 28 mars 2007, à Gisenyi, au Rwanda, sur les possibilités d’exploitation du gaz méthane dans le lac Kivu. Aussitôt rentré au pays, il s’est confié à la rédaction du Potentiel. Au cœur de cet entretien, l’accord signé entre Kinshasa et Kigali. « la RDC a un important gain à tirer de l’exploitation du gaz méthane du lac Kivu », a affirmé le ministre hier matin dans son cabinet de travail sis immeuble Cohydro, à Gombe. Décryptage.

Lambert Mende : Que prévoit le protocole d’accord signé entre Kinshasa et Kigali à propos de l’exploitation du gaz méthane du lac Kivu ?

Le protocole d’accord signé entre mon collègue du Rwanda et moi-même porte en fait concrétisation de toutes les études et recherches qui ont été menées particulièrement au Rwanda. Parce que la République démocratique du Congo se trouvait en retard dans la manifestation de son intérêt pour l’exploration et l’exploitation du gaz méthane du lac Kivu.

Nous avons décidé de remettre toutes les recherches à niveau étant donné que même si c’est dans la partie rwandaise que ces recherches étaient initiées, le gaz méthane sur le lac Kivu reste une propriété commune entre les deux pays. Donc, nous devons en partager les résultats.

Lambert Mende : Qu’avez-vous convenu exactement ?

Nous avons convenu dans ce protocole d’accord que, rien, en ce qui concerne les données techniques, scientifiques, environnementales ou autre, de ce que l’une des parties, c’est-à-dire que ce soit le Rwanda ou la République démocratique du Congo, a pu engranger, ne doit rester propriété exclusive de cette partie. On doit partager toutes ces données.

C’est tout à fait à notre avantage, nous qui sommes un peu en retard, que, avec l’appui de nos partenaires extérieurs, nos voisins aient compris cela et que nous ayons convenu de mettre maintenant en place une équipe scientifique mixte de quatre experts congolais et de quatre experts rwandais qui vont superviser cette mise à niveau. Ils vont siéger ensemble à Gisenyi, au Rwanda, avec tous les scientifiques qui ont accumulé des données technologiques, scientifiques et de faisabilité sur l’extraction du gaz méthane. Et pendant le temps qu’ils jugeront nécessaire, ils vont nous en informer.

Lambert Mende : Que va faire cette équipe par la suite?

Cette équipe mixte, c’est-à-dire le groupe de travail d’experts, va faire rapport aux deux gouvernements sur les possibilités et l’état d’avancement des investissements. Parce qu’il y a des gens qui sont déjà en train de forer dans la partie rwandaise.

Du côté congolais, nous sommes approchés par pas mal d’investisseurs qui veulent déjà s’y mettre. Mais, tout cela doit faire l’objet d’une surveillance en termes de régulation et de mesures d’environnement et de sécurité pour que l’exploitation ne soit pas source de gêne pour notre écosystème ou de notre biodiversité.

Donc, ce travail va commencer dans un mois. Nous allons procéder à un recrutement, à un appel d’avis d’intérêt aux scientifiques congolais dans différents domaines. Ce sera de pétrochimistes, de géologues pour la surveillance sismique de l’activité du lac. Ce sera de biologistes pour voir un peu comment la vie aquatique peut être influencée par les activités d’exploitation et d’exploration.

Dans un mois, ils vont se rencontrer et ils vont pouvoir nous faire rapport. Et en ce moment-là, l’exploitation industrielle comme telle pourra commencer,

Lambert Mende : Que peut-on attendre de cette initiative ?


Tout d’abord la mise à disposition des populations riveraines du lac, que ce soit Bukavu, Katana, Goma, Kalehe ou d’autres agglomérations congolaises, et bien sûr rwandaises, notamment Gisenyi et autres, d’un surplus d’énergie électrique. Avec le gaz méthane, vous le savez, on peut produire de l’électivité.

Nous savons qu’il y a une grande maladie au Congo en général et dans cette partie du pays en particulier, c’est le déficit en énergie électrique. C’est donc une des premières réponses.
Le barrage hydroélectrique de Ruzizi ne fournit plus ce dont les populations ont besoin aussi bien pour leurs besoins domestiques qu’industriels.

Nous avons donc là une possibilité à terme de produire à peu près 500 mégawatts d’électricité. Et quand vous comparez cela avec les besoins d’une grande ville comme Goma qui sont de 20 à 25 mégawatts, on voit tout le gain qu’il y a à tirer de ce projet.

Il y a également un impact environnemental et de sécurité publique certain surtout lorsqu’on sait que le gaz méthane qui s’est accumulé dans les profondeurs du lac Kivu constitue aussi un danger pour les populations. Le lac Kivu, à l’instar de deux autres lacs au monde - et c’est une exclusivité mondiale, le lac Nyos, le lac Mununu au Cameroun, peut exploser un jour avec cette accumulation de gaz qui ne fait que se régénérer d’année en année.

Si l’on évacue le gaz méthane et qu’on lui donne cette destination économique, en même temps on va s’assurément éloigner le danger d’explosion du lac et préserver les vies humaines autour du lac. Parce que le lac Nyos lorsqu’il a explosé, il a fait 1.600 victimes dans une agglomération qui ne comptait même pas 2.000 habitants.

Vous voyez les proportions entre le lac Nyoss, un tout petit lac au Cameroun, et le lac Kivu qui est une véritable mer intérieure. Lorsque vous comparez avec les millions d’habitants qui sont autour du lac Kivu, ce projet devient donc une priorité d’environnement et de sécurité publique qui intéresse à ce titre les Nations unies et l’Union européenne qui étaient avec nous et qui ont marqué leur intérêt a sponsoriser aussi ce projet, mais dans l’approche de sauver des vies humaines et sauver l’écosystème autour du lac Kivu.

(Th)

Marcel Lutete/Le Potentiel

Last edited: 03/04/2007 16:27:40

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