L’affaire Bemba qui a failli remettre en cause la démocratie congolaise méritait qu’on la gère avec promptitude pour avoir la chance de la juguler rapidement. C’est ainsi qu’une délégation conduite par le Chef d’Etat major de la force terrestre, le Géné­ral Amissi Gabriel s’est rendue à Gbadohite et à Gemena au nord de la province de l’Equateur. La mission avait pour but de désarmer les éléments du détachement de protec­tion présidentielle de Jean-Pierre Bemba qui station­naient dans cette partie du territoire national. Il res­sort du constat fait sur place que le matériel mili­taire saisi dans ces deux localités est d’une valeur de plusieurs millions de dollars, représentant un arsenal militaire pouvant soutenir une guerre de cinq ans.

Les experts de la Monuc et des Fardc évaluent le poids minimum de ces effets de guerre à 20 tonnes pas moins ! A Gbadolite 230 soldats du DPP ont été recensés et désarmés; 82 ont opté pour l’intégration au sein des forces armées de la République Démocrati­que du Congo Fardc, et 138 ont choisi d’être démobilisés. Du côté de Gemena 150 militaires re­censés et désarmés volontairement se sont ré­partis équitablement, 75 choisissant de continuer à servir sous le drapeau et l’autre moitié demandant à rejoindre la vie civile.

Pour le gouvernement de la troisième république, le défi est une fois de plus, énorme. La priorité des priorités est de rapatrier ces armes à Kinshasa dans les plus brefs délais. On se souvient du bras de fer qui avait opposé en son temps l’ensemble du gouvernement 1+4 à Jean Pierre Bemba à propos de cet arsenal qui était censé revenir a l’Etat. Le minis­tre de la Défense de l’épo­que, Adolphe Onusumba avait proposé d’échanger ces armes contre 1 million de dollars, déclenchant la furie du chef du Mlc, qui demandait en guise de condition pour la rétroces­sion de son butin, une bagatelle de trente millions de dollars.

Les vio­lons ne s’étant pas accordée, l’affaire s’était termi­née en queue de poisson, sur fond de bagarre ratée entre le Ministre Onusumba et le « Chairman », ce qui avait alimenté la rumeur dans les milieux du pouvoir à Kinshasa. Ni les élections auxquelles il avait souscrit ni l’appât du gain n’ont réussi à faire abdiquer Bemba de sa ligne se­crète de conduite, à sa­voir l’envie de se servir un jour de ces armes pour se hisser encore davantage au sommet du pouvoir.

Mais contre le vent ou la tempête de l’histoire, Un fruit finit toujours par tom­ber. Jean Pierre Bemba ne reverra plus son arsenal, mais dans un pays aussi envié qu’est la RDC et où les seigneurs de guerre ont fait des émules, ne pas transporter rapidement ces armes à Kinshasa serait tenté le diable. Le gouver­nement  est interpellé de la plus pressante des manières afin qu’il agisse avec diligence.

(Ern.)

L’Avenir