Jeudi 22 mars 2007, il s’en était fallu de très peu pour que la République démocratique du Congo bascule une fois de plus dans l’anarchie et dans le désordre. Par la faute – ou la volonté ? – d’un seul homme qui se veut réfractaire à l’ordre public et se prend pour le nombril du monde ; Jean-Pierre Bemba. La raclée mémorable administrée à sa milice surarmée sur le terrain provoque la grogne des ambassadeurs occidentaux accrédités à Kinshasa. Et pourtant !…

Combien il y a-t-il eu de victimes les 22 et 23 mars 2007 au cours des événements sanglants fomentés par la milice de Bemba qui a refusé de se faire désarmer par les éléments de l’armée régulière commise à cette tâche souveraine par le chef d’Etat-major général des Forces armées de la République démocratique du Congo ? De 200 à 600 personnes, indique le communiqué remis à la presse hier à l’issue de la réunion qui a regroupé hier mardi 27 mars 2007 les ambassadeurs des pays membres de l’Union européenne présents à Kinshasa.
On ne fera pas grief aux chefs des missions diplomatiques accrédités à Kinshasa d’avoir évalué à un cadavre près le nombre de victimes qui s’entassent dans la morgue de l’hôpital général qui refuse du monde à la suite de ce qui vient de se passer dans la capitale congolaise. Comme eux, nous déplorons vivement tous ces morts inutiles qui sont à mettre sur le compte de la boulimie du leader du MLC, Jean-Pierre Bemba, qui refuse jusqu’à ce jour de reconnaître son échec électoral au deuxième tour de la présidentielle, et qui, de ce fait même, méconnaît au Chef de l’Etat démocratiquement élu la qualité de Président de la République. C’est là que le bât blesse.
Aldo Ajello, l’ancien envoyé spécial de l’Union européenne dans les Pays des Grands lacs l’a si bien souligné dans l’interview qu’il a accordée ce mercredi matin 28 mars 2007 à Christophe Boisbouvier de Radio France Internationale (RFI) dans son analyse sur les tristes événements qui ont endeuillé la capitale congolaise le week-end dernier. Le personnage de Jean-Pierre Bemba qu’il a dépeint dans cet entretien suffit pour expliquer le soubassement des affrontements de triste mémoire entre les forces loyalistes et les hommes de JP. Bemba. De ce dernier, Aldo Ajello dit fort à propos qu’il se considère encore comme un chef de guerre qui n’a aucune obligation vis-à-vis du gouvernement ». Et cela, est vrai.
Comme est tout aussi vrai ce dit l’ancien envoyé spécial de l’Union européenne dans les pays des Grands lacs lorsqu’il parvient à situer dans le temps la genèse de ces incidents qui, selon lui, remonte à la période électorale au cours de laquelle, souligne-t-il avec force que « le ton utilisé par le camp de Bemba a été très dur, agressif et à la limite très insultant vis-à-vis du Président Joseph Kabila ».
Il en est ainsi venu à déduire que cette situation « a créé de ce fait une accumulation de frustrations et de tension qui ont explosé » le week-end dernier.
Les tenants de cette situation, tels que décris par Aldo Ajello sont absolument vrais, et ils sont connus et partagés par les ambassadeurs européens en poste à Kinshasa. Mais on ne doit maintenant que s’étonner qu’aucun d’entre eux n’aient jugé utile à cette époque-là de rappeler à l’ordre et à la raison Jean-Pierre Bemba et ses partisans sur les dangers que leurs entreprises de diffamation au vitriol faisaient courir à la réconciliation nationale, et sur les risques de l’inévitable conflagration qu’elles étaient capables de provoquer. Faute d’avoir eu le courage de prévenir les dangers que les appels répétés à la haine et à l’usage de la violence comme moyens d’expression politique, les ambassadeurs occidentaux accrédités à Kinshasa en sont aujourd’hui réduits à « déplorer la perte de nombreuses vies humaines », et à « fustiger le fait que les moyens mis en œuvre se sont avérés inadaptés au regard des objectifs visés ».

L’hypocrisie de l’attitude occidentale devient plus cynique encore quand celle-ci victimise le camp de Jean-Pierre Bemba et traite celui du gouvernement légal de bourreau ! Où donc étaient ces ambassadeurs lorsque ces cinglés, la face peinturlurée et portant arcs et flèches empoissonnées en bandoulière exécutaient des pas de danse guerrière qui en disaient long, sur le boulevard du 30 Juin, aux alentours de la résidence de Jean-Pierre Bemba ? Pourquoi ont-ils entrepris de faire reculer délibérément la démocratie pourtant en marche en République démocratique du Congo, alors que s’installent progressivement les institutions issues des urnes ?
Car en prenant l’initiative déplacée d’organiser une énième négociation politique entre les émissaires des deux camps, les ambassadeurs de l’UE ont failli à leur mission, qui est celle de veiller à ce que s’installe un pouvoir fort en RD Congo, étant entendu que les urnes ont clairement indiqué de quel côté se trouve désormais la légalité républicaine. Sur ce principe du moins, ils ne devraient pas transiger, et faire entendre raison Jean-Pierre Bemba qui se prend pour le nombril du monde.
Certes, Aldo Ajello « a réagi avec beaucoup d’indignation » aux derniers événements meurtriers de Kinshasa, mais en se gardant de flétrir le comportement récalcitrant et belliqueux du leader du MLC qui doit être tenu pour responsable de tout le grabuge survenu la semaine dernière, il déçoit par son laxisme.
Tant il reste vrai qu’on ne peut pas demander à un gouvernement d’user de la fermeté pour maintenir l’ordre public dans le pays, et en même temps faire la part belle aux mouvements insurrectionnels qui rechignent à accepter la dure réalité des urnes.
Si les événements sanglants que la communauté internationale déplore autant du reste que le gouvernement congolais ont comme déclic le refus de Jean-Pierre Bemba de laisser désarmer les militaires commis à sa garde – ce qui équivaut à un cas d’indiscipline avéré – il faut bien se dire que cette même communauté internationale doit se contraindre à battre la coulpe pour reconnaître sa part de responsabilité dans cette triste situation. Et pour cause.
En effet, comment ne pas épingler la couardise de messieurs les ambassadeurs accrédités à Kinshasa, de ce qu’ils ont tu le fait que le leader du MLC a eu le toupet d’installer en plein centre tout un camp militaire, encourageant par là la situation de pourrir petit à petit, et donnant de ce fait à Jean-Pierre Bemba l’assurance qu’il pouvait narguer l’autorité sans craindre, le cas échéant, un quelconque retour de la manivelle ! Certes, on peut reconnaître avec l’abbé Malu-Malu que « les violences qui ont été constatées par-ci par-là dans le chef de certains éléments des Fardc « sont dues à un problème d’indiscipline au sein de l’armée », mais on doit également estimer avec l’ex Président de la Commission électorale indépendante que si l’armée a utilisé à cette occasion un armement de guerre, c’est parce que l’on a trop laissé pourrir la situation d’insurrection en plein centre ville.

Au vu et au su du Comité international d’accompagnement de la transition (CIAT). En partant de ce constat, il faut simplement demander à tous ces messieurs de garder leurs larmes dans leurs yeux, puisqu’ils ont été incapables de démanteler le camp militaire érigé dans la résidence de JP Bemba, malgré le potentiel militaire impressionnant qu’ils ont déployé à la base aérienne de Ndolo, sous la dénomination de EUFOR.
Il faut donner raison à ceux qui avaient dit que l’EUFOR était venu faire du tourisme en République démocratique du Congo, puisqu’elle est rentrée « at home » sans rien avoir fait de significatif. Les événements des 22 et 23 mars derniers en donnent la preuve.
Ceci étant, il nous faut nous demander jusques à quand l’Occident continuera-t-il à souffler le chaud et le froid dans les politiques internes des pays africains et à dicter à ceux-ci la manière dont ils doivent comprendre et appliquer les préceptes de la démocratie.
Il nous faut également nous demander où veulent exactement en venir ces ambassadeurs accrédités à Kinshasa. Quand on sait qu’à Bruxelles, Karel de Gucht et Louis Michel ont félicité le gouvernement de la manière dont il a mâté l’insurrection ; quand on a entendu Mme Brigitte Girardin, ministre français de la Coopération déclarer à Kinshasa où elle est venue pour signer avec son homologue congolais un important accord financier le 23 mars dernier – soit un jour seulement après ces événements – qu’elle « est venue apporter le soutien de la France aux nouvelles institutions démocratiquement élues », on ne peut que faire le constat suivant : il y a une nette contradiction entre le communiqué lu hier mardi par les ambassadeurs, et les propos tenus dans leurs capitales respectives sur ces mêmes événements par leurs ministres de tutelle.
Dans tous les cas, nous persistons et signons : ils ont fait montre de couardise dans la gestion de leurs responsabilités au sein du CIAT. Si bien que ce qui est arrivé peut leur être incombé, pour tout ou pour partie.
KHAL/MMC
Last edited: 31/03/2007 12:32:46