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Face aux récents et douloureux incidents survenus à Kinshasa, une première réaction unanime de condamnation sans détours est enregistrée de la part de l’Assemblée nationale qui appelle aussi à des sanctions sévères. L’accalmie constatée après les affrontements meurtriers survenus le 22 et 23 mars à Kinshasa entre les soldats des Forces armées de la Rdc (Fardc) et les éléments armés de la garde du sénateur Jean-Pierre Bemba opposés à leur intégration dans l’armée régulière a permis aux institutions et autres sensibilités politiques du pays de réagir face aux incidents déplorés. C’est dans ce contexte que le président de l’assemblée nationale, M. Vital Kamerhe a convoqué samedi une réunion urgente de ce que la chambre basse du Parlement appelle sa conférence des présidents de l’institution parlementaire.

La rencontre intervenant dans le climat encore chaud des événements pendant que la ville se remettait du cauchemar qui a bloqué ses activités deux jours durant ressentait la crispation que contenaient les députés convoqués, en l’occurrence les présidents de différents groupes parlementaires accompagnés de cinq membres de leurs respectifs regroupements. Mais le nombre de la soixantaine de délégués attendus a vite été gonflé par plusieurs autres membres visiblement intéressés, ce qui traduisait l’importance de l’enjeu pris en compte. Et pour cause.

Profil bas de l’opposition

Comment en fait réagir devant la tragédie répétée du bellicisme avéré de la part du leader de l’opposition Jean-Pierre Bemba, surtout de la part de ses affidés députés du Mlc et du camp de l’Union pour la Nation Un ? Les concernés ne pouvaient évidemment éviter une rencontre susceptible d’hypothéquer leur position et s’y sont présentés avec le profil bas que la situation leur a infligé. On a vu tous les gueulards de l’opposition s’ingénier à camoufler leur embarras dans le cénacle où leurs pairs de la majorité présidentielle avaient toutes les raisons de bomber le torse devant la nouvelle incartade de Jean-Pierre Bemba qu’ils avaient toutes les raisons de vouer aux gémonies.

 Le président de l’Assemblée et ses collaborateurs du bureau de la chambre basse du Parlement se sont évidemment abstenus de gêner les députés du camp Un, mais ces derniers se rendaient bien conscients que l’heure était grave pour leur camp qui venait encore de perdre la face avec la grave part de responsabilité des événements incombant à leur leader. Ils ont donc commencé à suivre attentivement la conduite de débats par Vital Kamerhe proposant un projet de texte de déclaration commune à publier à l’issue de la rencontre. Le huis clos fut évidemment décrété pour faire échapper les délicats échanges à l’indiscrétion de la presse. Le temps pris par ces échanges ponctués par des apartés des deux camps en lice a démontré combien était difficile de convenir sur un texte commun. L’évaluation de la délicate situation en imposait. Si d’un côté la majorité présidentielle avait l’avantage de fustiger la responsabilité flagrante de Jean-Pierre Bemba sur les affrontements, la partie opposition par contre était bien mal à l’aise pour défendre sa position. Tellement les faits étaient accablants.

 Excentrique garde prétorienne de JP Bemba

Quand les incidents ont éclaté le jeudi en début d’après-midi, le public s’est bien rendu compte que ce sont les éléments armés du Mlc qui ont délibérément provoqué les forces régulières. Le spectacle offert par les combattants du Mlc sur la principale artère de la capitale, en l’occurrence le Boulevard du 30 Juin, entre le Rond-Point Mandela et le lieu où sont situés les immeubles Inss et Biac, était tout simplement exaspérant.

Les éléments de ladite garde prétorienne de Jean-Pierre Bemba sont apparus sous leur jour le plus hideux, en rebelles et sauvages de la pire espèce, tels des saltimbanques, narguant tout le monde, soldats des Fardc, policiers non armés et évidemment le public ébahi et atterré. Une étincelle suffisait pour tout faire sauter, et c’est ce qui survint d’ailleurs sans autre forme de procès. Un fou du roi dans les rangs de la soldatesque de Jean-Pierre a vite tiré sur un militaire des Fardc succombé sur place au moment de l’opération de relève du contingent des troupes qui ont longtemps été positionnés face aux provocateurs excentriques se gaussant jusque-là dans leur refus d’intégrer l’armée régulière. La détonation était sans appel entraînant la réaction des forces régulières ainsi narguées.

 Les affrontements survenus se passent de tout commentaire. Les bandes à Jean-Pierre Bemba ont tenté de résister à la foudroyante offensive que les troupes régulières leur opposèrent, mais c’était sans compter avec leurs armes régulières disproportionnées au lourd arsenal des unités Fardc et de la Garde républicaine. Les trublions rebelles acculés et désespérés de sauver leur vie dans les affrontements sans quartiers s’adonnèrent dans leur fuite désordonnée aux pillages et destructions méchantes que la ville a connus. Les troupes onusiennes qui se sont toujours évertuées à faire de l’interposition généralement taxée par la population de complicité avec Jean-Pierre Bemba s’étaient subitement évanouis dans la nature comme par enchantement.

Le représentant spécial du Secrétaire général de l’Onu en Rdc et patron des casques bleus généralement taxés de protecteurs de Jean-Pierre bemba et sa milice, M. William Lacy Swing, n’avait du reste plus eu de position ferme devant la tournure de la situation. Dans un premier communiqué de sa part la soirée du premier jour des affrontements, il invitera encore les belligérants au retrait à leurs positions initiales pour s’engager dans un cessez-le-feu unanimement considéré d’anachronique. A la fin des hostilités, le même patron de la Monuc félicitera les Fardc pour avoir maîtrisé la situation et repris le contrôle de la ville, c’est-à-dire y compris la poudrière de Jean-Pierre Bemba qui bénéficiait d’une sorte de protection des casques bleus.

Vae victis, malheur aux vaincus !

Le bilan non encore exhaustif des affrontements donne le chiffre officiel d’une soixantaine de morts et un peu plus d’autant de blessés. Les désolations sont dans tout le centre ville et les quartiers par lesquels les survivants passaient dans leur abandon des combats. Les opérations de ratissage que menèrent les forces régulières débusquaient quelques fugitifs solitaires pendant que plusieurs d’entre eux prenaient la sage voie de se rendre. Ce ratissage doit se poursuivre sous d’autres formes, tels des bouclages des quartiers pour bien nettoyer les derniers trublions.

 Voilà un tableau succinct de la situation qui hantait les esprits des députés réunis samedi autour du bureau de l’Assemblée nationale avec à sa tête son président, M. Vital Kamerhe. La cause étant entendue, que pouvaient encore se permettre les partisans de Jean-Pierre Bemba. La condamnation des incidents ne pouvait être contournée, de même que l’appel à la sanction. Les députés de l’opposition devraient apprendre à leur dépens le vieil adage romain de « vae victis » (malheur aux vaincus) pour tempérer désormais l’outrecuidance qu’ils ont souvent voulu affliger. D’autant que Kamerhe, soucieux de ménager la cohésion dans les rangs de l’Assemblée nationale, admonestait ses partisans pour ne pas humilier ce camp des vaincus, afin de l’amener par la persuasion à la position commune. Et c’est ce à quoi la réunion parvint au terme de ses âpres échanges.

M. Kamerhe a réussi à faire adopter une déclaration commune particulièrement incolore. L’Assemblée nationale, toutes tendances confondues, a adopté une position unanime sur la situation. Incroyable, mais vrai : les François Mwamba, Thomas Luhaka, Sesanga, Lusanga et consorts ont convenu avec les Banza Mukalay, les Lubaya, les Mbenza Thubi, sans compter les membres du bureau, à l’exception du premier vice-président Lutundula absent, de faire une déclaration commune condamnant indirectement la dernière et téméraire aventure guerrière de Jean-Pierre Bemba. Voici le texte de la fameuse déclaration.

Proclamation de gros et haut enjeu politique

Déclaration de la conférence des présidents de l’assemblée nationale à la suite des avènements du 22 et 23 mars 2007 à Kinshasa.

 La Conférence des Présidents de l’Assemblée Nationale a tenu, ce jour, une réunion élargie aux autres membres des Bureaux des Groupes Parlementaires et aux non-inscrits pour examiner les événements malheureux survenus dans la Ville de Kinshasa, en date du 22 et du 23 mars 2007.

A l’issue des échanges et discussions sur l’objet en exergue, la Conférence des Présidents fait la déclaration suivante à l’Intention de l’opinion tant nationale qu’internationale :

1. La Conférence des Présidents déplore profondément les affrontements armés qui ont opposé, dans la Ville de Kinshasa, du 22 au 23 mars 2007, les Forces Armées Congolaises à une partie de ses éléments affectés à la garde de l’Honorable Sénateur Jean-Pierre Bemba Gombo, ancien Vice-président de la République. La Conférence des Présidents partage la douleur et présente ses condoléances les plus attristées aux familles éprouvées ;

2. La Conférence des Présidents décide de la convocation d’une plénière en vue de débattre de la situation créée par les événements indiques ci-dessus ;

 3. La Conférence des Présidents condamne et appelle à la sanction des actes de pillage et d’indiscipline, de viol et de vandalisme qui ont émaillé le cours de ces événements douloureux, et déplore qu’en violation de la Convention de Vienne sur les relations diplomatiques, des Ambassades et des Missions Diplomatiques aient été l’objet d’attaques et de méchantes destructions ;

4. La Conférence des Présidents invite la population et particulièrement les acteurs politiques au respect des lois et des Institutions de la République ;

5. La Conférence des Présidents réaffirme sa volonté et son engagement à soutenir la poursuite du processus démocratique et la mise en place des Institutions de la République conformément à la Constitution et aux lois de la République ;

 6. La Conférence des Présidents recommande au Gouvernement de la République de prendre de manière urgente toutes les mesures nécessaires et appropriées pour venir au secours de la population en détresse, et de s’assurer que les gardes commises à la sécurité des autorités sont administrées et prises en charge par leurs hiérarchies selon les normes en la matière ;

 7. La Conférence des Présidents recommande au Gouvernement de la République et à toutes les Institutions de la République d’user chacun de son pouvoir pour privilégier la réconciliation, la concorde nationale et le dialogue permanent entre acteurs politiques et de créer rapidement les conditions pour que les militaires armés en divagation puissent être rapidement réintègres dans les rangs de nos Forces Armées ;

8. La Conférence des Présidents en appelle aux médias à faire preuve de professionnalisme dans le traitement de l’information en vue de favoriser la paix et la cohésion nationales ;

9. La Conférence des Présidents invite le Président de l’Assemblée Nationale à veiller au maintien du dialogue permanent entre les Honorables Députes et les animateurs des autres Institutions de la République.

Fait à Kinshasa, le 24 mars 2007.

Pour la Conférence des Présidents, le Présidents de l’Assemblée Nationale

Vital Kamerhe.

Acquis mal tombé pour l’opposition

Bien que ce texte ne tranche pas clairement sur la détermination de traduire en justice le leader du Mlc, comme cela est laissé entendre par d’autres sensibilités du camp présidentiel, mais les recommandations faites à l’exécutif quant aux dispositions à prendre à l’endroit de ceux qui doivent assumer la responsabilité des événements déplorés n’indiquent pas moins l’inclinaison à la sanction sévère qu’il sera difficile de contourner.

La plénière de l’Assemblée nationale convoquée lundi pour prolonger la démarche entamée samedi par la conférence des présidents des groupes parlementaires ne manquera pas de tirer de l’ombre les points contournés, et dans tout le cas le sort du leader semble y être scellé. Tout cela tombe bien mal encore pour l’opposition dont la chambre basse a été saisie d’une pertinente motion sur le projet de statut de cette opposition. C’est donc un autre sort qui va se ficeler dans une ambiance bien mal aisée encore pour ce camp qui devra appeler à une forte argumentation sinon astuces pour défendre sa cause. Tout cela à cause du faux pas, plutôt du faux bond que son leader a voulu se permettre maladroitement.

D.Nzuzi/MMC

Last edited: 26/03/2007 13:07:52

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