L’amiral Baudouin Liwanga, qui a géré la Ville de Kinshasa depuis l’entre-deux tours de l’élection présidentielle jusque mardi 20 mars 2007 a cédé le tablier à André Kimbuta, gouverneur élu.

Une succession qui ne sera pas de tout repos dans un système de démocratie qui lui impose de composer avec une assemblée urbaine qui lui fait grise mine d’entrée de jeu, pendant que les Kinois piaffent d’impatience !
Kinshasa a tourné mardi 20 mars 2007 une nouvelle page de son passé avec la passation du pouvoir entre l’amiral Baudouin Liwanga, qui a dirigé jusque là les rênes de la capitale après le premier tour de la présidentielle 2006, et le gouverneur élu André Kimbuta.
Sans vouloir revenir sur le bilan du partant, qui a été essentiellement axé sur les questions touchant à la sécurité des personnes et de leurs biens pendant cette période post électorale caractérisée par une montée vertigineuse des périls et des violences politiques, l’opinion des citoyens de la première ville du pays est unanime pour reconnaître que Baudouin Liwanga n’a pas eu du tout un gouvernorat de tout repos, confronté également qu’il a été aux problèmes sociaux lancinants qui assaillent la population depuis des décades et qui ont pour appellation le transport urbain, celui-ci étant lui-même connexe au délabrement avancé de la chaussée, l’insalubrité doublée par l’absence de moyens logistiques d’évacuation des immondices, les constructions anarchiques, l’obscurité récurrente dans plusieurs quartiers de la capitale, le délabrement accentué d’une chaussée et d’une voirie urbaines passées de mode, etc.
Ce qu’on peut dire de lui, c’est qu’en sept mois d’activité à l’Hôtel de Ville de Kinshasa, Liwanga en a vu de toutes les couleurs certes,mais il a fait le plus qu’il pouvait faire pour mériter la reconnaissance de ses administrés ; quand bien même, à son corps défendant et par obligation, il a envoyé les caterpillards de la cellule de démolition de l’Hôtel de Ville raser le lotissement illégal de Socopao érigé sur la propriété de l’Onatra.
Ainsi donc, hier, au terme de sa mission, il est sans doute parti avec le sentiment d’avoir accompli un travail inachevé, mais il a la satisfaction d’avoir passé la main à un André Kimbuta qui n’ignore pas l’ampleur de la tâche qui l’attend.
A preuve, ce Kinois de longue date qui arrive aux affaires à la tête de l’Exécutif de la capitale a d’entrée de jeu annoncé les couleurs en égrenant les sept points focaux du programme d’action qui va être le sien.
A défaut d’inventer de nouveaux objectifs pour circonscrire son plan d’action, André Kimbuta cible les mêmes chantiers que ceux sur lesquels son prédécesseur a concentré ses efforts ; l’enseignement et la santé, l’accès à l’eau potable et à l’électricité, la formation citoyenne, la protection civile, la réinsertion des jeunes, l’incontournable bonne gouvernance, et enfin, la salubrité et la réhabilitation des infrastructures. A tout considérer, le programme du nouveau patron élu de la capitale ne fait que s’insinuer dans les attentes les plus profondes d’une population de Kinshasa qui a accueilli avec scepticisme sa déclaration d’intention au moment où il a pris hier mardi 20 mars 2007 le bâton de commandement de la ville.
Un scepticisme qu’il faut rechercher moins dans ce que l’homme est issu de la famille politique présidentielle, qu fait que les Kinois sont fatigués d’entendre les belles promesses des politiques : ils veulent juger l’homme sur pièce.
Ils veulent d’un parangon de Moïse Katumbi Chapwe qui, lui aussi fraîchement élu gouverneur du Katanga a réussi une fracassante entrée sur la scène politique nationale et provinciale en posant des actions de masse spectaculaires.
Oui, allons droit au but pour dire tout haut ce que les Kinois disent tout bas : c’est d’un André Kimbuta façon Moïse Katumbi que les populations de Kinshasa veulent voir à l’œuvre dans leur ville-province.
Pour une protection civile efficace : décréter une mobilisation civile nocturne des jeunes dans les quartiers !
Bien avant même qu’il ne s’attaque à bras-le-corps aux problèmes auxquels il ne pourrait trouver des solutions dans l’immédiat parce que leurs solutions proviendront d’une synergie avec celles attendues de la part du gouvernement, bien plus particulièrement les problèmes de la santé et de l’enseignement, leur gouverneur doit trouver un onguent drastique pour mettre fin au banditisme nocturne des éléments communément appelés « incontrôlés » qui truandent les gens à longueur de nuit.
Gouverneur qui détient par-devers lui une légitimité acquise par les urnes, André Kimbuta doit se faire obligation d’associer dès maintenant ses administrés à la protection civile pour faire échec aux tueurs qui infestent la ville et créent une insécurité permanente aux quatre coins de Kinshasa. Pour ce faire, il lui suffit de décréter une mobilisation tous azimuts des jeunes dans tous les quartiers pour des veillées nocturnes, munis de sifflets et autres artifices sonores susceptibles de dissuader les malfrats qui opèrent nuitamment et empêchent les paisibles citoyens de dormir à poings fermés. L’expérience avait été menée avec bonheur sous le règne finissant du maréchal, lorsque Kinshasa était soumis au siège nocturne des « Hiboux » de qui l’on sait ! En tous les cas ; la criminalité nocturne orchestrée par ces tueurs à gage avait été enrayée de fort belle manière de cette manière.
André Kiambuta doit exhumer cette recette salutaire.
Les Kinois ne lui sauront que gré de la ressusciter. D’autant plus que l’entreprise Malta Forrest est actuellement dans un programme de l’électrisation a giorno de toutes les grandes artères de la ville.
Salongo hebdomadaire de samedi : une autre recette pour venir à bout de l’insalubrité
Kinshasa ressemble à une poubelle de grande dimension, toujours pleine, mais rarement évacuée par les éboueurs.
Les efforts maintes fois déployés par l’autorité urbaine pour rendre la capitale propre se sont avérés insuffisants.
Il est ridicule qu’une ville de plus de cinq millions d’habitants ne dispose que d’un ou de deux camions affectés au ramassage des immondices, là où les besoins de salubrité de la ville nécessitent l’achat d’un charroi ad hoc de plus de quinze unités roulantes ! En attendant que la bonne fortune ne permette à l’Exécutif urbain de se procurer ces véhicules destinés à la salubrité publique en quantité suffisante, il ne coûterait rien au gouverneur de la ville, après concertation avec l’Assemblée provinciale, de s’intéresser au système qui avait, sous la Deuxième République permis aux grandes villes du pays de venir à bout de l’insalubrité.
Le « Salongo » hebdomadaire obligatoire qui a été instauré à cette époque a notamment permis à la ville-province de retrouver chaque samedi, et pour une semaine, sa parure originelle d’antan. Il ne fallait pas être sorcier pour trouver cette formule originale qui s’impose aujourd’hui avec acuité au tandem Kimbuta-Bifiba Zola, si tant est qu’il veuille réellement arracher Kinshasa à son insalubrité chronique.
André Kimbuta dans le rôle de « père des Shégués » !

Qu’il le veuille ou pas, le gouverneur élu de la ville-province de Kinshasa, André Kimbuta hérite bien malgré lui d’un lourd héritage social, celui que constitue le phénomène des enfants de la rue, communément appelé « shégués ». Sa qualité de premier citoyen de la ville l’astreint à s’investir pleinement pour résoudre tant soit peu cette problématique qui constitue une plaie sociale purulente.
Les nouvelles autorités élues de la capitale, tant de l’Exécutif que de l’Assemblée provinciale doivent se pencher sur cette question aux solutions de laquelle elles devraient solliciter la contribution des grandes agences des Nations Unies, dont l’Unicef.
Dans une approche de résorption de ce phénomène, elles doivent veiller à ce que les plus petits de ces enfants en rupture d’affection familiale, qui n’ont pas encore atteint 15 ans, soient récupérés dans des programmes scolaires dans des villages à créer à leur intention. Dans cette optique, la Ville aurait la latitude de confier ces jeunes à des institutions de bienfaisance, soit à des ONG sérieuses présentant des cahiers de charges crédibles.
Quant aux adultes, l’approche la plus objective est celle qui leur proposerait une incorporation volontaire dans les bataillons des Bâtisseurs, après un casernement pour apprentissage professionnel à Kanyama Kasese, au Katanga.
Le concours d’assistants sociaux sera nécessaire pour préparer psychologiquement ces jeunes gens à accepter la seule formule la plus réaliste pour leur réinsertion dans la vie active. Les élus du peuple de Kinshasa ont, avec cette question des « Shégués », l’un des plus grands défis à relever pendant leur mandat. Les deux organes, législatif pour l’Assemblée provinciale, et exécutif pour le gouvernorat sont contraints de transcender leurs clivages politiques pour résoudre cette équation sociale.
Clément Vidibio / MMC