Le scandale de l’expulsion sans ménagement par l’Angola des Congolais des localités querellées du territoire de Kahemba dans la province du Bandundu, populations livrées à ce jour à l’errance, interpelle les bonnes consciences.

Des milliers de Congolais ont été chassés de 11 villages, dans le Sud du Bandundu à la frontière de la République démocratique du Congo avec l’Angola, par l’armée de ce dernier pays. Ces déplacés qui ont depuis gonflé la masse de la population dans la localité de Kahemba risquent de devenir des apatrides. Alors que les experts des deux parties, congolaise et angolaise, sont descendus sur le terrain pour décanter cette situation aux allures d’une revendication territoriale par l’Angola, un des 11 villages semble déjà reconnu angolais par la République démocratique du Congo.
Selon le conseiller Smith Kabengele du ministère de l’Intérieur, Shaibamba est un village angolais. Ce conseiller qui intervenait dernièrement sur une radio périphérique affirme que ce village se situe en dehors des bornes qui limitent le territoire de la République démocratique du Congo. Sans aller plus loin dans les déclarations de ce conseiller sur ce media, la question qui se pose à cette frontière rappelle un autre conflit territoire au Sud de ce pays aux dimensions continentales avec la Zambie.
Dans les années 80, des experts de ces 2 pays ont fini par établir la vérité en reconnaissant noir sur blanc que le territoire en litige était bel et bien zambien. La similitude entre ces deux situations qui se manifestent à plus de 20 ans d’écart serait plus étendue si la situation dans le territoire de Kahemba n’impliquait pas des populations en plus des intérêts économiques contrairement à la première. A Kahemba, des hommes sont chassés des milieux qui étaient devenus les leurs alors qu’au Katanga le différend portait sur des mines de cuivre. De par le sacro-saint principe à la base des frontières héritées de la colonisation, telles que tracées à la Conférence internationale de Berlin en 1885 et qui a fixé les populations dans différentes aires sur ce continent, une profonde problématique risque de surgir. Ces populations déplacées, tout comme nombre d’élus de cette province ne reconnaissent pas ouvertement, s’ils le font en privé, que les terres d’où ils sont chassés appartiennent à l’Angola.
Au contraire, ils vont plus loin en affirmant que leurs ancêtres ont occupé ces terres depuis des lustres. Dans cette optique, ces déplacés reviendront au pays propriétaire de la zone qui pose actuellement problème dont ils seront finalement citoyens. Et si l’aveu de Smith Kabengele sur Shaibamba touche tout ou une autre partie de ces villages, ces Congolo-angolais seront purement des apatrides suite aux dispositions constitutionnelles en Rdc. Dans ce dernier pays, la nationalité est exclusive et non associative. On est Congolais ou on ne l’est pas. Or, lorsque l’Angola a chassé ces habitants de Shaïngi, Kolobenge, Shakadjata, Kandala, Shamufuka, Shawno, Kambangonji, Kambatanda, Kabengele et de Shashidi il les considérait Congolais.
Pour tout village qui tombera de l’autre côté de la frontière, il revient à ses habitants qui sont nos compatriotes de reconnaître humblement que eux ou leurs ancêtres ont franchi la frontière par expansionnisme. Des mouvements des populations sur le continent noir n’ont jamais pris fin en réalité. Malgré la présence ou plutôt l’existence de ces lignes de démarcation « imaginaires « tracées par les Blancs, des véritables migrations n’ont pas cessé pour autant sur ce continent. Et dans tout cela, la grande valeur de l’homme est de demeurer fidèle à ses origines, la nationalité, quand bien même l’on est à l’étranger. De par leurs manifestations d’appartenance à la Rdc, les « apatrides » de Kahemba sont nos frères.
Pourquoi le dossier Kahemba suscite-t-il tant de passion
L’histoire nous apprend que la République Démocratique du Congo partage des frontières avec neuf pays. Ce sont les mêmes populations qui habitent de part et d’autre de la frontière. Parlant la même langue et partageant la même culture, ces peuples ignorent la frontière tracée par les colonisateurs. Ils se côtoient, se fréquentent et établissent des liens conjugaux sans tenir compte des frontières.
C’est le cas pour les peuples vivant le long de la frontière entre l’Angola et la Rd Congo. Du Katanga à Muanda, les populations frontalières vivent à cheval entre les deux pays. C’est ainsi que durant la guerre entre l’Unita et Mpla, ces populations ont payé un lourd tribut. Les militaires angolais minaient les abords de la frontière et beaucoup de gens sont morts.
Vers 1976, les populations des villages frontaliers du territoire de Kimvula dans la province du Bas Congo, tels que Kibuki, Kikielo, Kimpondo, Kimombo, Kikuati, Kimpengi ont été déplacés et réinstallés à plus de cinq kilomètres à l’intérieur du territoire national. Il était difficile pour les populations de part et d’autre de la frontière de vivre, car, ils étaient dépouillées presque de tous les moyens de survie.
Les Angolais ne pouvaient plus s’approvisionner en produits de première nécessité (sel, savons, poissons salés, habits, etc). Certaines familles angolaises avaient retiré leurs enfants des écoles congolaises.
Les Congolais ne pouvaient plus entrer en Angola. Ils avaient perdu champs, produits agricoles et mêmes des sources d’eau. Des clans étaient divisés, des manages disloqués à cause de cette séparation foncée. Jusqu’à ces jours, des populations sont toujours isolées de la frontière. Bien que le climat actuel de paix entre les deux pays favorise le déplacement des personnes et de leurs biens.
Seulement le déplacement des populations dans le territoire de Kimvula n’avait pas été fort médiatisé, peut-être parce qu’il n’y avait pas de diamant dans cette partie de la Rd Congo.
Il est étonnant que le cas des populations de Kahemba suscite beaucoup de passion. Il devient un motif de marketing politique. On ignore que les populations frontalières se déplacent et s’installent où elles veulent, sans tenir compte des limites géographiques tracées par la colonisation. L’Angola et la Rd Congo ont-ils intérêt à retracer les frontières en plein 21ème siècle ?
Pourquoi, certaines personnes n’accordent aucun crédit aux conclusions de différentes commissions d’enquête envoyées sur place à Kahemba ? Il vaut mieux se taire quand on à rien à dire sur le sujet que débiter des mensonges dans le seul but de gagner l’âme du peuple.
PM/Ferdinand Kato/L’Avenir
Last edited: 20/03/2007 15:19:06