Pour le n° 1 de l’Intérieur, il faut prouver et avoir des arguments solides pour confirmer un fait ou une information.

L’incursion angolaise en territoire de la RDC fait couler beaucoup d’encre et de salive, à cause de son caractère étrange et inattendu, de la part d’un pays dont les relations avec son voisin sont au beau fixe. Les archives historiques sont formelles et les hommes de la commission partis enquêter à Kahemba, l’ont fait voir aux Angolais sur place là-bas, et ils seront aujourd’hui même à Kinshasa pour déposer les conclusions de leurs recherches. Avec un peu de bonne volonté, les deux pays vont résoudre à l’amiable ce litige, sans aller jusqu’à une confrontation stérile qui annihilerait les efforts de développement. De toutes les façons, jamais la RD Congo ne sera amputée d’un morceau de son territoire, dixit le ministre de l’Intérieur, Denis Kalume.
Quand elle commence à sourdre, elle avait l’air d’une rumeur distillée par ce qu’on appelle communément à Kinshasa « Radio trottoir », en raison de l’excellence des relations qui unissent la République démocratique du Congo et l’Angola. Deux semaines plus tard, la rumeur est devenue information, mais une information qui suscite de l’embarras à Kinshasa.
Et pour cause ! Aucun observateur sérieux ne pouvait de bonne foi imaginer un litige entre les deux voisins qui ont lié leur sort ensemble au cours des cinq dernières années, pendant la guerre dont la RDC a été victime de la part de ses voisins de l’Est.
Une nouvelle rocambolesque
La nouvelle est tombée comme une foudre en territoire de Kahemba, dans la province de Bandundu, où des soldats angolais ont débarqué, lourdement armés avant de commencer à refouler les habitants de onze villages congolais occupés à l’intérieur des terres sur plus de dix kilomètres. Comme cela se fait avec une armée étrangère d’occupation, les éléments entrés en République Démocratique du Congo ont planté sur le sol qu’ils avaient déblayé, le drapeau de leur pays, comme le signal d’un séjour prolongé.
Au début à cause de la stupéfaction, les Congolais se sont perdus en conjectures. Les uns affirmaient qu’il s’agissait d’éléments incontrôlés, des enfants perdus, issus de la défunte Unita de Jonas Savimbi, de l’ancienne Dsp de feu maréchal Mobutu qui erraient en pleine forêt. D’autres prétendaient presque en dépit du bon sens, qu’il était là question des militaires angolais n’obéissant pas à leur hiérarchie depuis Luanda. Les hypothèses ont continué à défrayer comme ça la chronique, de plus en plus farfelues, jusqu’à il y a quelques jours.
Etant donné qu’au mutisme embarrassé de Kinshasa, les Angolais répondaient par un silence assourdissant, on s’est résolu en haut lieu de vouloir approcher la vérité ; d’autant que le très affable Joaô batista Mawete, ambassadeur plénipotentiaire d’Angola en Rdc et doyen du corps diplomatique accrédité dans ce pays était aux abonnés absents. Une commission d’enquête fut dépêchée à Kahemba et ses environs, pour faire la lumière sur cette rocambolesque affaire qui était perçue comme une provocation. Elle fut rejointe par une délégation similaire partie d’Angola.
Cette commission composée des députés provinciaux de cette circonscription de Kahemba vient de terminer son inspection du site à l’origine de la controverse, et ses conclusions formelles défient toute l’imagination débordante qui a traversé les cerveaux des compatriotes ces derniers jours, comme pour repousser ce qu’ils redoutaient comme réalité. Cette dernière est que le territoire de Kahemba est bel et bien occupé par des militaires de l’armée régulière angolaise, les Fapla. Parmi les bornes inspectées, la borne 21 est, semble-t-il, au centre du contentieux et les doutes subsistent quant à sa réelle délimitation.
Quelle qu’elle soit, la vérité finira par éclater
D’après les informations données à la presse par le ministre de l’Intérieur, M. Denis Kalume Numbi, les émissaires partis à Kahemba arrivent aujourd’hui à Kinshasa pour rendre compte au gouvernement des évènements, au regard de la lecture des caries et des archives de l’Institut Géographique du Congo qu’ils avaient amené avec eux. Tout y est, de l’emplacement de ces bornes au chemin qui y mène ; les accords avaient été signés en bonne et due forme entre les colons portugais et belges en 1893. Les Angolais qui étaient là-bas à Kahemba sont aussi attendus dans la capitale de la RD Congo, le mardi.
A ce moment on va confronter les données et tout rentrera dans l’ordre. Une fois le litige aplani, on pourra enfin avoir de part et d’autre de la frontière une immigration contrôlée, au lieu des fluctuations actuelles. Au sein de l’opinion, on fait état d’une éventuelle remise en question des frontières héritées de la colonisation, par l’Angola. Si cela se confirme, il y aura de quoi se poser des questions, car les deux pays ont toujours vécu en intelligence depuis leurs indépendances respectives.
Mise à part la parenthèse idéologique de l’époque, de la guerre froide, le début des années nonante a vu se renouer des relations absolument transparentes, embellies par la convergence de vues des présidents Laurent Désiré Kabila et Edouardos Santos, et plus encore entre ce dernier et le successeur du M’zée, le président Joseph Kabila. La coopération s’est poursuivie de façon soutenue quand la RD Congo est sortie de la guerre d’agression de 1998, contre laquelle l’Angola s’est opposée de toutes ses forces. A l’actif de cette entente cordiale, la formation militaire apportée généreusement par Luanda à Kinshasa.
La Police Nationale Congolaise est l’une des principales bénéficiaires de cette coopération constructive. Le camp de Mbakana, à 145 kilomètres de Kinshasa où sont formés des unités antiémeutes et antiterroristes de la PNC est un exemple vivant des relations de bon voisinage entre les deux pays. Plusieurs fois, des éléments de cette police ont séjourné en Angola pour acquérir une formation qui a fait ses preuves dans le maintien de la paix pendant la période électorale qui s’est passée en 2006. Toutes ces attentions de part et d’autre infirment la thèse d’une conjuration délibérée de la part de l’Angola contre la République Démocratique du Congo.
Voire… Selon le ministre congolais de l’Intérieur, l’incursion angolaise en RD Congo ne procèderait en fait que d’un simple contrôle des frontières terrestres de ce pays pour s’assurer que le tracé n’a pas été modifié. Néanmoins, ce n’est pas la première fois que l’Angola manifeste des velléités irrédentistes. En 1956, c’était pareil au même endroit. En fait, les Angolais ignorent le tracé réel matérialisant la frontière entre leur pays et la RDC. Celle-ci se situe à hauteur du 7ème parallèle sud entre la rivière Loange et Lushiko, correspondant aujourd’hui à l’emplacement des bornes 20, 21, 22 et 23, selon les accords belgo portugais de l’époque. Ils prêchent donc le faux pour connaître le vrai. Avant cet épisode-ci, il l’avait aussi fait avec son voisin du sud, la Namibie par l’inspection des bornes autour de la bande de Caprivi et le Delta de l’Okavango.
Partout où on entend les bruits des bottes, la sérénité s’éloigne momentanément ; aussi est-il à craindre des possibles bavures des soldats qui ont fait irruption en RDC, avant que la solution soit trouvée à ce problème. Une solution qui, selon les observateurs, s’apparente à celle entre le Cameroun et le Nigeria à propos de la péninsule de Bakassi. Car de même que ces deux pays se disputent les richesses pétrolières de cette surface, l’Angola convoiterait les richesses minières qui se trouvent aux environs de la rivière Kakamba en territoire congolais, où est planté un poteau indicateur depuis 1972.
Ironie du sort, ce genre de problème soulevé par l’Angola peut se retourner contre lui, au cas où il s’avère que la portion du territoire qu’il croit être le sien peut ne pas l’être. Espérons que l’affaire se réglera à l’amiable et que les deux pays n’iront pas demander l’arbitrage de la Cour Internationale de La Haye.
(Yes)L’Avenir
Last edited: 13/03/2007 17:01:18