L’accusé principal au procès des présumés assassins du journaliste Franck Ngyke et son épouse incapable de justifier les messages ambigus de ses appels téléphoniques prétendus renseigner le deuil déjà levé du défunt.

Le tribunal militaire de la garnison de Kinshasa/Matete a poursuivi le vendredi 9 mars dernier l’instruction de la cause qui oppose les parties civiles « Famille Ngyke », La Référence Plus et l’Unpc contre les sous-lieutenants Joël Munganada, Didier Awatembine, l’adjudant Papy Munongo et Paulin Kusangila, tous prévenus dans la cause initiée pour élucider le double meurtre qui a frappé Franck et son épouse.
Lors de la dernière audience, consacrée principalement aux réactions sur les résultats de l’enquête supplémentaire menée par le ministère public, les parties ont commencé par juger ce travail d’insuffisant. Il devra être approfondi, à la demande de toutes les parties (parties civiles comme la défense). Ceci nécessite la comparution des personnes jugées utiles pour éclairer les zones d’ombre persistantes.
Nous leur poserons des questions que le ministère public ne leur a pas posées, a averti Me Kabongo Nzengu, le conseil de la famille Franck Ngyke. Dans le même ordre d’idées, l’on a déploré l’absence des PV d’audition de trois personnes dont les noms étaient repris sur la liste des personnes à écouter à titre de renseignant.
Cas de MM Théophile Mbemba, de Mavungu et aussi de Kabangu Obesse. Le représentant du ministère public a signalé que le premier a été entendu à un certain niveau, les Pv ne traîneraient quelque part. Quant au deuxième, il se trouverait à l’étranger. Le dernier serait toujours en cavale.
Les conseils ont semblé ne pas être très satisfaits de ces explications. Un d’entre eux, Me Kabongo a répliqué en ces termes : « Le ministère public doit chercher la collaboration de son collègue belge pour rapatrier Mavungu au pays.
Quant au Pv d’audition en retard de transmission après sa rédaction dans certaines conditions, il mérite d’être transmis à la hâte pour qu’on décortique ». Dans le même ordre d’idées, le conseil de la famille Ngyke a souhaité que l’instruction complémentaire puise tourner autour du rapport de Jed. Même si cela n’a pas été visiblement de l’avis du Tribunal.
Kasereka confond Joël
Après un jeu de questions-réponses habituel sur le contenu des appels nocturnes entre Joël et ses coaccusés à l’aide du téléphone du journaliste assassiné, le capitaine Gabriel Lukombi, président du tribunal militaire de la garnison de Kinshasa/Matete, comme pour confronter les différentes versions à la lumière de l’homme le plus cité dans cette instruction, a fait venir à la barre le lieutenant Kasereka Kambare, 29 ans, à titre de renseignant. Ce commandant de la 3è compagnie de l’unité de l’Etat major général a reconnu avoir perdu sa maîtresse en la personne de Dma Kayinda en date du 30 octobre 2005. Il s’est souvenu avoir informé son ami Joël Munganda le jour suivant, soit le 31 octobre.
Ce dernier a répondu présent le 1er novembre. Après la veillée mortuaire en compagnie d’un de ses frères, Joël a participé à l’inhumation le 2 novembre... La déposition du lieutenant Kasereka a été appuyée par la production d’un certificat de décès et d’un acte d’inhumation.
D’où la volonté du tribunal de savoir, de quel autre deuil Joël s’est trop préoccupé la nuit du 2 au 3 novembre 2005 pour contacter son oncle Paulin pendant 287 et 42 secondes de communication, Kasereka lui-même 66, -Didier 166... L’homme a donné sa langue au chat. Visible assommé et très crispé. Joël n’a pas convaincu le tribunal. Il s’est perdu dans les jérémiades sur la Sim utilisée pour ces entretiens avec l’accusé principal après les deux appels d’heures creuses avec son oncle.
Vers 2H30, pendant 66 secondes, les deux se sont parlés. Que se sont-ils dits? Kasereka dit avoir tout oubliés. Toutefois, sa présence à la prochaine audience a été vivement recommandée par le président du tribunal. Par ailleurs, en rapport avec le déroulement de cette affaire, le public a constaté la détérioration du climat au sein des coaccusés.
Le courant ne passe plus entre Joël et Didier. Ce dernier l’a accusé d’être rancunier et de l’avoir trempé dans cette affaire dont il est le seul à connaître les tenants et les aboutissants. « Que Joël dise la vérité au tribunal. Moi je ne connais rien. Autrefois, il m’a promis de m’en faire voir de toutes les couleurs pour la simple raison qu’au front – dans l’est- j’étais parmi ceux qui l’avaient incarcéré »…, a avoué, larmes aux yeux, Didier Awatembine. Le tribunal l’a calmé. Tout comme il a promis de ne dire que la vérité. L’audience prochaine a été remise contradictoirement à l’égard de toutes les parties présentes au procès à mercredi prochain. Sauf les représentants de l’Etat congolais n’ont pas été au rendez-vous. Et cela agace tout le monde.
(Th)Hilaire KAYEMBE/Le Potentiel