Kinshasa a fait le plein. C’est le moins que l’on puisse dire au regard de la présence fort remarquée ces derniers jours des plus grands bailleurs de fonds en République démocratique du Congo.

Ils doivent se mettre d’accord sur les termes de partenariat pouvant favoriser l’accès aux facilités élargies et relancer le développement. Présentement, il est question d’appuis budgétaires au Gouvernement Gizenga.
La crème financière internationale s’est donnée rendez-vous à Kinshasa. Le Fonds monétaire international (Fmi) a ouvert le bal en dépêchant depuis mardi 27 février 2007 à Kinshasa un groupe d’experts pour prendre langue avec le gouvernement de la RDC. Il s’agit en fait de baliser le chemin pour un nouveau partenariat entre la RDC et le Fmi, dans la perspective de la signature d’un deuxième Programme économique du gouvernement au titre de la Facilité pour la réduction de la pauvreté et pour la croissance (FRPC).
Mais, cette signature suppose certains préalables, dont les plus importants demeurent la bonne réalisation du Programme relais de consolidation et l’assurance du gouvernement Gizenga à mettre de l’ordre dans la gestion des finances de l’Etat.
Le deuxième de la série est la Banque africaine de développement (Bad) qui a aussi dépêché à Kinshasa une mission en vue de jauger les intentions réelles du gouvernement Gizenga. Présente dans plusieurs programmes en cours d’exécution en RDC, la Bad a déjà débloqué une enveloppe évaluée à près de 350 millions en faveur de la RDC.
La question sensible de l’armée
Mais, la plus importante d’entre elles, c’est la Banque mondiale. Pour marquer la grandeur de son apport, la Banque mondiale a délégué en RDC son président. Arrivé à Kinshasa hier dans la soirée, l’Américain Paul Wolfowitz pense mettre à profit sa visite en RDC en vue de se fixer sur certains préalables dont la Banque mondiale va tenir compte dans le but de marquer réellement sa présence en RDC. Outre l’inspection de divers projets et programmes que la Banque mondiale finance en RDC, Paul Wolfowitz va s’intéresser plus particulièrement à la question de la mise en œuvre en RDC du Programme multi-pays de désarmement et réintégration (MPDR), exécuté dans le Programme national de désarmement, démobilisation et réintégration (PNDDR) que supervise, pour le compte du gouvernement congolais, la Commission nationale de désarmement, démobilisation et réintégration (Conader).
En privilégiant, lors de sa visite en Afrique centrale – Burundi et RDC – la mise en oeuvre du MPDR, le président de la Banque mondiale veut donc envoyer un signal fort quant à l’attention toute particulière que son institution accorde à la question de l’armée pour, sans doute, mieux sécuriser son apport. De cette manière, le grand préalable sur lequel la Banque mondiale fonde son assistance restera donc l’état de l’armée. Dans un pays post-conflit, comme c’est le cas pour le Burundi et la RDC, c’est sur cette question sensible que se dénoue tout le plan de financement des projets ou programmes de développement. C’est donc la prudence qui prévaut dans les rangs de la Banque mondiale. Financer le développement, oui. Mais s’assurer que l’armée ne fera pas tout sauter, c’est mieux. Il en a été le cas lors de son passage à Bujumbura, et il en sera ainsi pendant son séjour en RDC.
Or, sur place dans le pays, le processus que pilote la Conader piétine, et même patauge, laissant dans la rue tous les sujets au brassage qui se recrutent dans divers groupes et milices armés. Comment dès lors financer un programme de développement dans un environnement où les hommes armés circulent librement et font déplacer des millions d’hommes et de femmes ? La Banque mondiale pense tirer au clair cette question avant de délier le cordon de sa bourse. Il est fort possible qu’elle envisage d’apporter un appui budgétaire au Gouvernement, lequel doit le rassurer justement sur sa capacité de maîtriser les hommes armés. En ce qui concerne le Plan d’urgence, la Banque mondiale a déjà promis de donner 180 millions de dollars à la RDC, montant qui sera affecté à l’amélioration de la voirie urbaine de Kinshasa, au secteur de la santé et des écoles.
Corruption : des têtes vont tomber
Dans la suite du président de la Banque mondiale, il y a aussi le CommisSaire européen au Développement et à l’Aide humanitaire, Louis Michel. Dépêché dans la capitale congolaise pour le compte de l’Union européenne – l’un des principaux bailleurs de la RDC – Louis Michel devra se concerter avec le président de la Banque mondiale sur certaines questions liées à l’avenir de la RDC. Il s’agira sans doute du réglage du plan de financement de la reconstruction de ce pays.
Aussi, outre la question de l’armée à laquelle Paul Wolfowitz accorde une attention toute particulière, le dossier de la lutte contre la corruption devrait dominer les discussions entre le gouvernement congolais et le groupe des bailleurs de fonds (FMI, Banque mondiale, Bad et Union européenne).
La corruption, il en était question depuis 2005 lorsqu’à peine arrivée à la tête de la Banque mondiale, Paul Wolfowitz avait dépêché à Kinshasa une équipe du « Department of institutional integrity » pour enquêter sur des présomptions de corruption dans les opérations financées par la Banque mondiale en RDC. Réservées au seul président de la Banque, les experts de ce département ont rendu récemment publiques conclusions de leur enquête.
Paul Wolfowitz saisira cette opportunité pour livrer au gouvernement les conclusions de ses investigations et éventuellement la stratégie à mettre sur pied pour maîtriser ce fléau. Evidemment, des sanctions qu’il compte infliger aux responsables locaux mis en cause dans son rapport.

Déjà, à Washington, siège de la Banque mondiale, certains hauts responsables de la Banque ont perdu leurs postes. Il risque d’en être le cas en RDC où des responsables de certaines agences gouvernementales d’exécution seront sûrement atteints par ce tsunami qui s’est déclenché depuis Washington.
La stratégie pourrait être appuyée par les efforts de l’Union européenne à reformer la Justice congolaise. Car, pour le président de la Banque mondiale, il n’est plus question de verser l’argent des partenaires extérieurs dans les tonneaux des Danaïdes.
La part des Congolais
Il y a une chose qui métrite d’être soulignée. Depuis l’isolement diplomatique et économique de la RDC, isolement qui remonte à l’époque de Mobutu, les institutions financières internationales n’avaient jamais fait les premiers pas. C’étaient des responsables congolais qui effectuaient des périples euro-américains à la recherche des soutiens financiers. Des « Clubs d’Amis du Congo » s’étaient même constitués, mais rien n’est tombé dans la casserole congolaise.
Cette fois, c’est le mouvement contraire. Ce sont les partenaires extérieurs qui débarquent à Kinshasa, promettant de mettre la main dans la poche. Mais une fois de plus, ce ne sont pas des organes philanthropiques et n’ont pas d’état d’âme. Leur main tendue sera assortie de conditions : la transparence, la bonne gouvernance et la restauration de la démocratie.
Le gouvernement ne doit pas se faire d’illusion. Il doit montrer sa capacité à maîtriser les ressources internes, à faire preuve de beaucoup de compétence. Dès lors, les audits promis par le Premier ministre ne doivent en aucun cas demeurer des vœux pieux pour la consommation extérieure. Les Congolais doivent aussi, dans ce cocktail financier international, apporter les preuves irréfutables de leur contribution.
Freddy Monsa/Faustin Kuediesala/Le Potentiel
Last edited: 10/03/2007 12:35:17