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Cinq questions à Denis Sassou Ngouesso

Kinshasa, 06/03/2007 / Politique
1. Votre mandat à la tête de l’Union africaine est achevé. Vu le nombre de crises que vous avez eu à gérer, ça n’a pas dû être de tout repos… Denis Sassou Nguesso : Effectivement. Mais je m’y at­tendais. Mon arrivée à la tête de l’Union africaine, lors du Som­met de Khartoum, s’est effec­tuée dans les conditions que vous connaissez: plutôt heurtées. Puis sont venues les crises, récurren­tes ou nouvelles. Darfour, Côte d’Ivoire, Somalie, Tchad, Cen­trafrique, élections en Républi­que démocratique du Congo, cycle de Doha, sida, etc. Cer­taines sont toujours pendantes, d’autres ont été résolues. Je sa­vais que le chemin ne serait pas facile et j’avais prévenu: je n’ai pas de baguette magique et on ne peut pas tout régler en une année.

Le Potentiel : 2. Soulagé de passer la main, et avez-vous été tenté de rempiler?

Denis Sassou Nguesso : Je n’ai fait que mon devoir, pour­quoi voudriez-vous que j’éprouve soulagement ou regret? Le pré­sident Kufuor me succède en 2007, tout comme le président Kaunda m’avait succédé en 1987. Le mandat est d’un an, ni plus ni moins. A titre personnel, non. Ni à Khartoum en 2006 ni à Addis-Abeba cette année je n’ai d’ailleurs été demandeur de ce poste. Je sais que la rumeur en a couru. Pure spéculation. Vous savez, c’est une mission, pas un plaisir. C’est même plutôt épui­sant.

Le Potentiel : 3. N’avez-vous pas l’impres­sion d’avoir négligé le Congo et les Congolais pendant que vous étiez par monts et par vaux?

Denis Sassou Nguesso : Il est vrai que lorsque j’étais en Russie, en Chine, à Cuba ou aux Etats-Unis, je n’étais pas à Braz­zaville. Les journées n’ont mal­heureusement que vingt-quatre heures. Mais l’éloignement ne m’a jamais empêché de prendre des décisions et de donner des instructions. Le Congo, que je sache, n’est pas tombé en panne.

Le Potentiel : 4. Comment expliquer aux Congolais que, dix ans après votre retour au pouvoir, la capitale vive encore à l’heure des coupures régulières et des délestages interminables ? Sans parler de l’intérieur…

Denis Sassou Nguesso : L’électricité ne tombe pas du ciel. Brazzaville a deux sources d’approvisionnement: le barrage d’Inga en République démocratique du Congo, qui fournit l’essentiel, et celui du Djoué, à titre d’appoint. Or Inga connaît de sérieux problèmes techniques qui font qu’à Kinshasa même la distribution est souvent pertur­bée.

A fortiori donc, à Brazza­ville. En attendant que le barrage d’Imboulou sur lequel s’activent les Chinois et ses 120 mégawatts entre en fonction en 2009, un plan de mise à niveau transitoire est en cours d’exécution. D’ici au mois de mai prochain, la centrale thermique de Brazzaville sera opérationnelle. Jointe au barrage du Djoué, sa production devrait suffire. Même schéma à Pointe-­Noire où une autre centrale ther­mique va prendre le relais du bar­rage de Moukoukoulou, actuel­lement en révision. A terme, les accords que nous avons conclus avec des firmes chinoises et sud-africains visent à établir un vé­ritable boulevard énergétique Sud-Nord.

Le Potentiel : 5. Continuons avec les urgences. A chaque saison des pluies, des quartiers entiers de Brazzaville sont transfor­més en cloaques et l’état de la voirie est souvent lamen­table. A quand un mini “plan Marshall »  pour la capitale?

Denis Sassou Nguesso : Soyons francs: en ce qui con­cerne ce dossier, comme à pro­pos de la flambée de choléra que nous venons d’évoquer, se pose un vrai problème de civisme de la part des populations urbaines. Quand nous traçons une avenue moderne, telle l’avenue Marien ­Ngouabi, bordée de profonds ca­niveaux pour évacuer les eaux, et que les riverains y jettent leurs ordures, que se passe-t-il ?

Denis Sassou Nguesso : A chaque pluie, l’eau déborde des canaux bouchés et se répand sur la chaussée. Le revêtement se fissure, les nids-de-poule de­viennent des cratères. Et l’on revient à la case départ. D’où notre décision de ne pas laisser la gestion de ces problèmes aux seules municipalités de Brazza­ville et de Pointe-Noire.

Le gou­vernement va prendre le taureau par les cornes. Désormais, le ra­massage des ordures, qui est lar­gement déficient, et le nettoyage de nos deux plus grandes villes seront du ressort de sociétés pri­vées ou de sociétés mixtes. Et j’ai rendez-vous fin mars avec Donald Kaberuka, le président de la Banque africaine de dé­veloppement (BAD), pour met­tre en place le financement glo­bal de l’assainissement de la capitale. Mais tout cela, il faut le savoir, coûte très cher. Et sans civisme, c’est un travail de Sisyphe.

Tirées De Jeune Afrique, n°2407, du 25 février

(Th)

Le Potentiel

Last edited: 06/03/2007 13:19:06

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