Mais qu’est-ce qui est vraiment à la base de l’émergence de cette nouvelle génération de musiciens qui sont venus semer les troubles dans la cour des grands ?

La musique congolaise moderne est en train de subir une mutation caractérisée par la montée en puissance de certains orchestres et individualités qui rivalisent ou font ombrage aux orchestres qui ont dominé le devant de la scène durant près d’une décennie sans partage. Cette nouvelle donne vient de mettre fin au règne du carré magique constitué de Viva la Musica, Quartier latin, Wenge maison mère et BCBG. La montée en puissance de jeunes artistes qui ont longtemps évolué aux côtés de grands artistes, leaders des ensembles musicaux susnommés, suscite pas mal des débats sur la naissance de la 5ème génération de la musique congolaise moderne incarnée par Alain Mpela, Fally Ipupa, Férré Gola, Jus d’été Mulopwe, Baby Ndombe et tant d’autres.
Le succès récolté par les albums des Marquis de Maison mère, « Miracle » ; Fally Ipupa, « Droit chemin » ; « Eluka makambo » de Jus d’été et le tout récent, « Sens interdit » de Ferré Gola démontrent à suffisance que la suprématie de ces quatre orchestres est menacée.
L’émergence de cette nouvelle génération d’artistes exprime la lassitude des mélomanes face aux œuvres composées à la va-vite qu’on leur offre en l’espace des mois en sacrifiant la qualité artistique au bénéfice du lucre. Poussés par les sponsors et grisés par les pactoles générés par les « mabanga », ces artistes ont adopté la loi du moindre effort et celui des gains faciles.
Aujourd’hui la guerre est déclenchée entre cette nouvelle génération et les 3ème et 4ème générations représentées d’une part par Viva la Musica et Quartier latin et d’autre part par les deux Wenge : Maison mère et BCBG.
L’on se souviendra des rôles joués par certains leaders de la 3ème génération pour déstabiliser les orchestres de la 4ème génération par les débauchages ou par les incitations à des scissions. Les noms de Papa Wemba et de Koffi Olomide ont toujours été cités sur les départs de musiciens et les scissions de orchestres phares de la 4ème génération.
Comme une génération a toujours chassé une autre, ces deux leaders tenaient leur survie et longévité grâce à des coups bas administrés en cachette à leurs jeunes frères. Les jeunes leaders de la 4ème génération ont aussi beaucoup de choses à se reprocher car ils se sont livrés à la loi de la facilité et à la poursuite rapide des gains matériels sacrifiant leurs collaborateurs.

Mais qu’est-ce qui est vraiment à la base de l’émergence de cette nouvelle génération de musiciens qui sont venus semer les troubles dans la cour des grands ?
On peut imputer cette situation à la lassitude des mélomanes de voir toujours les mêmes visages, les mêmes noms trôner sur la scène musicale d’où la nécessité d’un rajeunissement ou renouvellement des leaders musicaux. Pour mémoire, Viva a 30 ans d’existence, Wenge originel 25 ans et Quartier latin 20 et cela démontre que ces orchestres ont vieilli et que la nouvelle génération ne s’identifie pas totalement en eux. L’apport des sponsors et le goût du lucre ont fait que la qualité artistique n’est plus assurée ; l’essentiel, c’est d’empocher l’argent. La génération des adultes ne se retrouve presque plus en Papa Wemba et Koffi qui n’ont fait que suivre les jeunes pour survivre en copiant le Ndombolo, en incorporant les Atalaku et en s’illustrant dans les mabanga.
Depuis un certain temps, les mélomanes, jeunes et vieux à l’unanimité, ont changé leur façon d’apprécier la musique ; ils tiennent maintenant compte des beaux textes et des belles mélodies, qu’importe leurs auteurs. C’est comme ça qu’on a vécu l’émergence des artistes tels que Le Karmapa, Jean Goubald, Jus d’été, Fally, Férré etc.
D’autre part, il y a un problème organisationnel qui mine les ensembles musicaux : les artistes ne sont liés par aucun contrat et sont rémunérés selon la volonté et les humeurs de leurs patrons.
Pour parer à d’éventuelles défections, les patrons utilisent un effectif pléthorique qui, de fois, constitue un facteur de mésentente et de discorde au sein des groupes. C’est cette stratégie maléfique qui est aussi à la base de l’émergence de cette nouvelle classe ou génération d’artistes musiciens ; pour survivre artistiquement, les uns ont choisi de faire carrière solo, d’autres ont monté carrément leurs propres ensembles.
L’environnement musical actuel est caractérisé par cette mutation qui augure l’avènement d’une nouvelle génération en gestation qui, dans les jours à venir, modifiera la configuration du leadership de la musique congolaise. L’impulsion donnée par Fally, Férré, Jus d’été, Bill Clinton, Baby Ndombé et autres et les succès récoltés par l’album Droit chemin, Miracle et Eluka makambo viennent de remettre en cause la suprématie des quatre grands orchestres faisant partie du carré magique et ouvre la voie à l’émergence d’une nouvelle génération pétrie de talents qui essaie de revisiter la musique congolaise moderne.
Herman Bangi Bayo/AEM/MMC
Last edited: 28/02/2007 15:41:49