La détention prolongée de certains chefs de guerre de l’Ituri a poussé les concernés à faire passer un message sous forme de mémorandum au ministère de la Justice pour solliciter leur jugement par la CPI.

Détenus au CPRK voici bientôt deux ans, les leaders politico-militaires de l’Ituri viennent une fois de plus de donner de la voix. Floribert Ndjabu, Djokaba Lambi, Germain Katanga, Mbodina Iribi, Lema Bahati, Philémon Manono, Goda Sukpa et Masudi Bin Kapinda ont jugé utile de tirer la sonnette d’alarme.
Dans un mémorandum adressé au ministre de la Justice et Garde des sceaux, avec ampliation aux principales autorités politiques du pays, aux institutions internationales et autres organisations de défense des droits de l’homme, ils réclament d’être jugés par une juridiction jouissant d’une crédibilité incontestable. Et d’expliquer : « Notre préoccupation n’est pas de plaider pour une impunité qui, du reste, est un fléau contre lequel une lutte rationnelle doit être menée pour l’intérêt supérieur de la République, mais d’exiger l’accélération de la procédure devant une institution judiciaire légitime jouissant d’une crédibilité moins contestable ». En occurrence, ils demandent à être traduits devant la Cour pénale internationale où, expliquent-ils, ils seront tous égaux avec leurs alliés d’hier et bourreaux d’aujourd’hui.
Pour rappel, les 26 et 27 février 2005, la DEMIAP lançait un coup de fil et ramassa au Grand Hôtel Kinshasa les Généraux Germain Katanga et Godas Sukpa. En même temps, à la cité, c’est Floribert Ndjabu, le leader du mouvement politico-militaire FNI, qui était également appréhendé et placé, comme les deux premiers, en résidence surveillée. Le tout, sous prétexte de leur assurer la sécurité contre le courroux de la MONUC après le carnage des neuf casques bleus bangladais le 25 février de la même année dans la localité de Café en district de l’Ituri.
Le même mobile conduira aussi à l’assignation en résidence surveillée de Thomas Lubanga et Béde Djokaba Lambi, respectivement président et porte-parole de l’UPC. Le 9 mars 2005, la DEMIAP passe de nouveau à l’œuvre et reprend F. Ndjabu, les deux généraux et leurs visiteurs du jour (Iribi, Mbodina, P. Manono, Masudi et Lema) pour les transférer au CPRK après une nuit dans son amigo. Tandis que le 19 mars, soit 10 jours plus tard, Thomas Lubanga et son compagnon seront à leur tour transférés à la même prison. C’est par la presse que les neuf détenus apprendront que leur arrestation suivie d’incarcération étaient liées à l’assassinat des casques bleus.
Détention prolongée
Incarcérés le 10 mars pour les uns et le 19 mars 2005 pour les autres, Ndjabu et consorts totalisaient 117 jours de détention lorsque débarquait pour la première fois un magistrat de l’Auditorat général pour interroger quelques uns d’entre eux. En effet, c’est le 5 juillet 2005 que Floribert Ndjabu, Masudi et Iribi ont été soumis aux premières auditions sans qu’il ne leur soit relevé le motif de leur arrestation. Les deux généraux (Katanga et Sukpa) ont à leur tour attendu 300 jours pour être interrogés le 20 janvier 2006 par un colonel, officier qui n’était du reste pas de leur rang.
Pour sa part, c’est seulement le 7 décembre dernier que l’autre prévenu, Philémon Manono, a été auditionné, après 638 jours de détention. « Un cas scandaleux, qui suscite même une indignation », souligne-t-on dans le mémo. Quant au prévenu Djokaba Lambi, c’est le 22 mars 2005 qu’il avait été entendu pour la première fois, avant d’être encore auditionné deux autres fois, sans que les raisons de sa détention prolongée ne lui aient été signifiées.
Bref, les leaders politico-militaires de l’Ituri qui croupissent à l’ex-prison de Makala déclarent que la gestion judiciaire de leur personne est aux antipodes des prescrits de la loi. Il en est ainsi du Code de justice militaire, qui dispose au ministère public d’une marge de temps qui ne dépasse pas 12 mois pour qu’il accomplisse ses devoirs d’instruction. Or dans le cas d’espèce, les 8 détenus totalisent déjà 23 mois dans une nébuleuse judiciaire et politique dont la qualification est accidentellement apparue comme « crime contre l’humanité » dans la requête pour fin de prorogation de leur détention établie par l’auditeur général le 18 avril 2006.
« Il n’est pas honnête de faire croire à l’opinion nationale et internationale que ceux qui ont été arrêtés sont ceux là qui ont mis l’Ituri à feu et à sang », affirment Ndjabu et ses compagnons. Selon eux, cette approche viciée vise, par un simulacre de justice, à incriminer les uns pour disculper les autres et occulter ainsi toute la vérité autour de cette curieuse affaire des crimes de l’Ituri. Aussi sont-ils convaincus que l’indépendance et l’impartialité de la justice congolaise sont sujettes à caution. D’où leur demande d’être jugés par la CPI.
(Yes)G.K./Le Phare
Last edited: 20/02/2007 14:16:38