Les derniers affrontements survenus  dans le Bas-Congo avec mort d’hommes continuent à susciter des interrogations quant aux vraies raisons d’une manifestation politique de protestation voulue au départ pacifique, mais qui a finalement dégénéré. Déjà, le fait que l’on ne dénombre presque pas de résidents de Matadi tant parmi les morts que dans les rangs des blessés, cela paraît accréditer la thèse d’une opération montée à partir de Kinshasa. Sur ce point précis, le ministre de l’Intérieur, Denis Kalume Numbi, a parlé d’un commando venu d’ailleurs, des événements planifiés à partir de Kinshasa.

La face cachée de Bundu dia Kongo


Plus qu’un simple mouvement politico-religieux, le Bundu dia Kongo ressemble plutôt, à en croire certains observateurs, à une organisation politico-militaire visant la renaissance d’un Etat du Kongo central dénommé l’Union fédérale du Kongo ou les Etats-Unis du Kongo.

Vu sous cet angle, Bundu dia Kongo semble avoir été la plaque tournante d’une opération qui aurait bénéficié de forts appuis politiques et logistiques des acteurs politiques connus a Kinshasa et d’autres organisations. C’est de la sorte que l’on parle des résidus de l’Unita en Angola et du mouvement politico-religieux du pasteur Ntoumi au Congo Brazzaville qui seraient en contact  avec Bundu dia Kongo en RDC.

Dans le secteur de Ka-kongo, au territoire de Lukula, district du Bas-fleuve, on signale la présence d’un centre d’entraînement militaire de Bundu dia Kongo. On y aurait même trouvé, en manuscrits, des documents accablants portant au sujet d’un cours sur le maniement d’armes de guerre. Voilà qui vient renforcer les desseins de cette secte et les moyens mis en œuvre pour les réaliser. On y trouve aussi un croquis de description d’armes pour leur maniement ainsi que des dépliants vantant l’existence de l’Etat du Kongo central et donnant des indications claires sur la manière d’y parvenir. La seule voie pour accomplir ces desseins, concluent les observateurs, ce serait la violence. Des interrogations qui en disent suffisamment long.

Au cas où le ticket Fuka Unzola-Muanda Nsemi passerait à la tête de la province, qu’adviendrait-il du Bas-Congo et à l’unité nationale avec les visées de Bundu dia Kongo et son projet sécessionniste avec le « Kongo dietu » qui constitue tout un défi lancé à l’Etat ? Apparemment, relèvent les observateurs, les méthodes politiques de certaines formations politiques semblent trouver du répondant du côté de Bundu dia Kongo.

Les 3.000 personnes qui seraient parties de Kinshasa à bord de plusieurs camions pour atteindre la ville de Matadi en prévision des affrontements déplorés corroborent la thèse d’une connivence entre le Bundu dia Kongo et des acteurs politiques bien connus à Kinshasa.

Qu’est-ce qui expliquerait vraiment que, pour avoir perdu les élections, Ne Muanda Nsemi recoure à des méthodes très peu recommandables et que deviennent l’affaire personnelle de Bundu dia Kongo qui n’était pourtant pas partie prenante aux élections ? Lorsqu’on y ajoute le fait que nombre de personnes mortes à Matadi, Boma et Muanda n’y résideraient même pas et que certains détenus ne parleraient aucune langue du Bas-Congo dans ces villes où les corps traîneraient encore dans les morgues, on comprend bien pourquoi le Bas-Congo n’a compté que très peu de deuil par rapport aux personnes tuées. Chose curieuse et étonnante pour les cultures de la province du Bas-Congo où les morts ont droit à une sépulture honorable. En alignant Ne Muanda Nsemi au poste de vice-gouverneur du Bas-Congo, n’était-il pas question d’instrumentaliser son mouvement politico-religieux ?

D’aucuns se souviendront que si le pasteur Kuthino Fernando n’avait pas fourré son nez dans la politique, allant jusqu’à donner l’impression de s’être facilement laissé manipuler, il n’aurait pas eu droit à un modeste appartement au Centre pénitentiaire et de rééducation de Kinshasa mieux connu sous l’appellation d’ex-prison centrale de Makala. Me Thérèse Nlandu semble aujourd’hui complètement abandonnée par ceux qui tiraient les ficelles hier jusqu’à la pousser à la faute. Et si demain, Ne Muanda Nsemi se retrouvait dans les mêmes conditions, faudrait-il parler d’un complot contre le Bas-Congo ou simplement d’une manipulation bien programmée ?

Il revient donc au peuple Kongo de tirer des leçons qui s’imposent et d’éviter, à l’avenir, de servir de tremplin aux ambitions de certains acteurs politiques. Car, au bout du compte, la principale victime de cette violence n’est rien d’autre que le peuple Kongo qui en a payé le lourd tribut. Réagissant à la thèse de la répression policière, le ministre Denis Kalume s’est demandé pourquoi cette même police, félicitée, hier, pour avoir sécurisé les élections, se retournerait aujourd’hui contre la population. Encore que, précisait le ministre de l’Intérieur, ce sont les policiers qui ont été assaillis dans leurs positions par des « manifestants » très visiblement surexcités.

Des honneurs après avoir fait couler le sang

Bon nombre des compatriotes, révoltés par les nombreux morts enregistrés lors de derniers affrontements dans le Bas-Congo, n’en reviennent pas de voir des honneurs qui sont réservés à Ne Muanda Nsemi par certaines autorités du pays. Dans l’opinion, certains vont jusqu’à exiger la levée de l’immunité parlementaire de Ne Muanda Nsemi pour l’aider à répondre de ses actes.

Surtout que la RDC risque de noircir ses relations avec ses voisins, l’Angola et le Congo-Brazzaville, à travers l’implication des milices de ces pays aux côtés de Bundu dia Kongo et Ne Muanda Nsemi.

Forum des As