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Les irrégularités et la corruption à grande échelle de plus en plus dénoncées dans les élections sénatoriales jettent un sérieux discrédit sur les élus à cette organe du nouveau Parlement qui risque d’être amené à invalider beaucoup de ses membres. La 3ème République semble loin d’enterrer les démons de son histoire qui la prennent encore en otage. Après une défaite sagement assumée par Jean Pierre Bemba et sa coalition” Union pour la Nation “ à l’élection présidentielle du 30 octobre 2007, c’est par la Commission électorale indépendante (CEI) que le scandale revient avec sa décision d’invalider Alex Kande et Dominique Kanku, tous deux candidats gouverneurs de l’UN, respectivement au Kasaï Oriental et au Kasaï Occidental, sur dénonciation de la CCU, le parti de Lambert Mende Omalanga, membre de l’AMP.

La CEI accuse ces deux candidats de l’Union pour la Nation de tenir une double nationalité en violation de l’article 10 de la Constitution qui stipule que “La nationalité congolaise est une et exclusive. Elle ne peut être détenue concurremment avec aucune autre...“. En effet, la CEI a demandé depuis jeudi dernier à l’UN de Jean Pierre Bemba de remplacer les deux candidats par d’autres qui pourront concourir à l’élection des gouverneurs et vice gouverneurs, prévue pourtant aujourd’hui.

Pour nombre d’observateurs, cette mesure de la CEI frise un combat d’arrière-garde parce que Dominique Kanku Kabengele et Alexis Kande Mupompa ont été élus députés nationaux au Kassaï après que leurs dossiers aient été jugés recevables à la CEI.

Souffler sur les braises

La même CEI a publié et déposé à l’Assemblée nationale la liste des députés nationaux élus aux législatives du 30 juillet 2006 avec les noms des concernés. Et ce n’est pas fini. Alexis Kande et Dominique Kanku ont été validés par la plénière de l’Assemblée nationale mais également par la Cour suprême de justice (CSJ) chargée de publier les résultats définitifs des élections et d’entériner la nationalité congolaise. Plusieurs questions sont dès lors possibles: la CEI a-il été à la hauteur de sa tâche ? Où a-t-elle été pour ne pas disqualifier les intéressés aux législatives? Pour qui roule la CEI réputée pourtant l’indépendante?

Que gagne cette institution en soufflant sur des braises qui s’éteignaient déjà ? Videra-t-elle les institutions élues de leurs animateurs à double nationalité? Pourquoi le 3ème Vice-président de la CEI, M. Crispin Kankonde s’est précipité de signer la décision en l’absence de son Président Apollinaire Malu Malu alors qu’il existe un premier et un deuxième vice-président de la CEI? Est-ce Kande et Kanku sont-ils les seuls dirigeants congolais naturalisés belges ou à détenir la double nationalité?

Loin de porter des accusations casuelles contre quiconque, il convient toutefois de souligner que la CEI ainsi que les fauteurs en eau trouble viennent, sans le savoir, de réveiller un démon nuisible pour la nouvelle République que tout le monde veut apaisée : le débat sur la nationalité ou la “congolité “.

L’opinion se rappelle encore qu’il a fallu aux parlementaires de la Transition plusieurs mois, beaucoup de gymnastiques et plusieurs plénières suspendues pour adopter les dispositions constitutionnelles relatives à la nationalité. Les guerres d’agression imposée à la RDC par la coalition rwando-burundo-ougandaise ainsi que les conflits tribalo-ethniques à l’Est du pays ont fait de la nationalité une question très sensible pour les congolais et qu’on ne doit  pas évoquer n’importe comment. Comme dirait une certaine sagesse, on ne parle pas du football dans un centre d’invalides.

Institutions élues ?

C’est la question que se posent les kinois,’témoins de la 2ème République dans leurs commentaires sur la disqualification de MM. Kande et Kanku. Cette élimination est la 2ème du genre depuis le début du processus électoral. Le premier cas est celui de Me Kalala, avocat pré la CSJ qui a été recruté comme directeur de campagne du Dr Oscar Kashala, candidat malheureux à la présidentielle du  30 juillet 2006.

Professeur à l’Université de Kinshasa de surcroît, Me Kalala a été renvoyé en la Belgique après avoir passé quatre jours dans les geôles des services de sécurité. Ses bourreaux lui reprochaient d’avoir cessé d’être congolais et d’être impliqué dans le canular des 32 mercenaires venus perturber le processus électoral. Mais Dieu saut sait.

Aujourd’hui, si la démarche de la CEI est sincère et exempté des manipulations politiciennes, il y a de quoi s’inquiéter pour la classe politique congolaise et les institutions politiques en place.

Quand on jette le regard rétrospectif dans la 2ème République, on aura remarqué que tous les dinosaures de l’ère mobutienne ayant subi la transhumance politique, la plupart de ténors de l’AFDL issus de la diaspora ont acquis une deuxième nationalité à côté de celle congolaise. Nombreux n’ont pas hésité d’amasser des richesses du Congo à l’étranger pour prévenir les mauvais jours à venir dans le pays de Lumumba.

Or la configuration actuelle de l’Assemblée nationale, du sénat et de certaines formations politiques en quête du pouvoir, démontre que ce sont les mêmes opportunistes qui ont les coeurs ailleurs qui reviennent en force aux affaires. Qui restera aux affaires si la double nationalité se muait en épée de Damoclès ? La CEI et la CSJ nous répondront sans doute dans un proche avenir.

(Th)

Martinez NGYALUKA/La Référence Plus

Last edited: 27/01/2007 14:53:14

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