« Je trouve intolérable que vous soyez là immobile ; que je vous parle et vous ne m’entendez pas ; que je vous regarde et vous ne me voyez pas. »
Monsieur le président,
C’est la plus pénible de mes harangues !
Vous voilà là dans une boîte,
Vous qui respirez la force et la vie.
Je trouve intolérable que vous soyez là immobile; Que je vous parle et vous ne m’entendez pas ; Que je vous regarde et vous ne me voyez pas.
C’est donc ça la mort ? Je refuse que vous soyez mort ! Nous refusons que vous soyez mort ! Parce que, Monsieur le président, vous voilà au terme, après un itinéraire riche qui nous a tous instruits à vous suivre partout où vous êtes allé, dans la montagne, à HEWA BORA, à WIMBI DIRA, jusqu’à KINSHASA, où vous avez entrepris ce que LUMUMBA avait commencé.
Et voilà qu’une larve s’insinue entre nos poitrines qui vous servaient de rempart, une larve dont on a voulu faire un BRUTUS et qui n’est en fait qu’une brute fabriquée par des brutes.
Je refuse que vous soyez mort ! Voilà pourquoi, parce que vous voilà dans les orbes des astres étincelants qui ont guidé notre enfance, vous voilà étincelant avec MAO, Oncle HO, avec Vladimir ILLICH et son successeur JOSEPH, avec les innombrables compagnons qui sont tombés pendant notre itinéraire.
Voilà MASENGO, voilà MULELE et enfin les voilà tous trépignant de joie de vous voir rejoindre le carré sacré de notre pays, de notre patrie, vous une étoile plus brillante encore. Voilà ce qui fait qu’on accepte que vous soyez là dans une boîte. Parce que vous avez une destinée plus brillante encore ; vous avez rejoint dans la survie tous ceux qui ont illuminé notre jeunesse.
Monsieur le président,
Qui donc est ce grand personnage que nous pleurons aujourd’hui ?
J’aurais souhaité que vous voyiez ça. De LUBUMBASHI à KINSHASA, des fleuves de larmes d’un peuple immense, qui jettent un démenti à ce qui sortait des cloaques des médias étrangers : que personne ne vous regrettera, que vous partez dans l’indifférence.
Eh ! bien voilà le fleuve des larmes ; il faut un BERLIOZ pour marquer les harmoniques de ces plaintes et hurlements qui, depuis deux jours, nous accompagnent, vous accompagnent partout où nous passons.
Monsieur le président,
Il faudrait aussi qu’on sache que vous avez la légitimité du peuple, elle est venue du peuple, elle est gardée par le peuple et elle est transmise à votre cher enfant, notre JOSEPH, sur qui nous portons toute notre affectation.
A vos enfants, à votre famille, sur qui nous portons aussi notre affection.
Je prie que vos enfants considèrent qu’avec nous, ils ont des tontons, des nouveaux papas.
Je souhaite que votre famille considère, que vos sœurs considèrent qu’avec nous, elles ont des nouveaux frères.
Monsieur le président,
Nous marquons ici le dernier mouvement d’une symphonie, de notre symphonie inachevée.
Kwa heri ndugu mupenzi
L’Avenir
Last edited: 16/01/2007 16:29:08